La saga PROVENSAL : Salomon, à Cornillon avant la fuite

Cornillon-sur-l’Oule (26) est un petit village situé dans la Drôme provençale. C’est là qu’était installée la famille huguenote PROVENSAL, comme nous le confirment les actes notariés passés devant les notaires des villages voisins de Cornillac et Rémuzat.

Avant la fuite, les PROVENSAL étaient une famille aisée de rentiers d’origine noble (j’aurai l’occasion de développer ce point dans un prochain article), qui possédaient plusieurs domaines. Nous allons nous intéresser ici plus particulièrement à Salomon PROVENSAL (~1651-1694), qui est le dernier représentant de cette branche ayant vécu à Cornillon.

L’émancipation

Salomon PROVENSAL naît vers 1651. Il est fils de Jacques PROVENSAL et d’Isabeau FAURE. Il se fait émanciper le 22 janvier 1675.

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Emancipation de Salomon PROVENSAL à Cornillac (en-tête et signatures) – 1675 – cote 2 E 6373 – vues 115 à 117 – AD26

L’émancipation se fait dans la maison de Anthoine COULLONP. C’est Anthoine de GAREIN, docteur ès droit, juge ordinaire de Cornillon, qui officie ; il est assisté pour cela de son greffier et de Me GIRAUD, notaire de Cornillac.

« Sieur Salomon Provensal dudit lieu aage d’environ vint cinq ans lequel ayant la presance du sieur Jacques Provansal son père a icellui requis et tres humblemt supplié le voulloir esmanciper & icellui mettre hors de la puissance paternelle et par ce moyen lui donner pouvoir d’acquerir a soy contracter et disposer de ses biens a la vie & la mort & faire tous actes et procedures qui lui seront necessaires sans son authoritté tout ainsi que peut faire un fils esmancipé et hors la puissance paternelle et par mesme lui donner tous les biens qu’il s’est peu acquerir par le passé par son industrie et qu’il ce pourra acquerir a l’advenir. »

Jacques PROVENSAL, le père de Salomon, répond favorablement à cette requête : « led sieur Jacques Provansal père inclinant pour l’amittié & affection paternelle qu’il porte audit sieur Salomon Provansal son fils la esmancippé & mis hors sa puissance paternelle […] lui ouvrant en signe de ce les mains qu’il avait jointes. »

Cette émancipation est une étape importante pour Salomon. En plus de lui donner les fruits de son travail personnel, ses parents décident de lui faire une donation plus importante : « ledict sieur Jacques Provansal et damoiselle Izabeau Faure père & mere dud sieur Salomon […] pour cause legitime & pour l’amittié & affection paternelle qu’ils portent a leurd fils […] ont donné par donnation d’entre vifs pure simple & irrevoquable en faveur & a cause de la presante esmancipation aud Salomon leur fils presant acceptant & a ses père & mere humblemt remerciant scavoir est ladite damoiselle Faure les deux mille livres d’augman & jouyaux donnés a ladite Faure en cas de survie par son contract de mariage passé avec led Sr Provansal le second febvrier mil six cent quarante quatre et ledict Jacques les six cents livres de contraugmant a lui donnés par mesme contract en pareil cas de survie et tous deux ensenblemt donnent a leurdit fils lesd sommes arrivant a celle de deux mille six cents livres sous la reserve des fruits de ladite somme pandant leur vie. »

Salomon reçoit donc la somme coquette de 2600 livres de la part de ses parents, ce qui représenterait 58000€ de nos jours d’après le convertisseur de monnaie ancienne.

Mon hypothèse est que cette émancipation aura précédé de peu le mariage de Salomon PROVENSAL.

Son mariage avec Lucrèce CRAPONNE du VILLARD

Salomon va épouser Lucrèce CRAPONNE du VILLARD, du village voisin de la Motte Chalancon (26). Malheureusement les archives de ce village n’existent plus (ni les actes de mariage protestants, ni les archives notariales) : je dois donc abandonner l’espoir de mettre la main sur leur contrat de mariage.

Un jeu de recoupements (grâce à un frère) m’a tout de même permis de confirmer l’identité des parents de Lucrèce : il s’agit de Paul CRAPONNE du VILLARD (de la Motte Chalancon) et Madeleine BERNARD (originaire d’Orpierre (05)).

Le père de Lucrèce possédait une boutique à la Motte, comme nous l’apprend le contrat de mariage de son fils Louis avec Eve SIMOND (en date du 9 juin 1682 à Nyons (26)), mais je ne sais pas quel type de marchandises il y vendait.

Craponne
Blason des CRAPONNE du VILLARD

Le blasonnement des CRAPONNE du VILLARD est le suivant : « Ecartelé au 1 & 4 d’azur, à trois pals d’argent ; au 2 & 3 de gueules, à la bande d’or, chargée d’un chien courant de sable » (d’après L’armorial de Dauphiné par G. de Rivoire de la Bâtie).

L’incroyable richesse des actes notariés

On retrouve à de nombreuses reprises Salomon PROVENSAL dans les registres des notaires de Cornillac puis Rémuzat entre 1671 et 1686. Et je vais me limiter ici aux actes où Salomon est réellement partie prenante, en excluant les nombreux autres où il agit comme témoin ou auditeur des comptes de la communauté !

Salomon PROVENSAL était notamment propriétaire de plusieurs métairies ou « granges » : il arrentait ces domaines à des particuliers contre rémunération, le plus souvent en nature (il se partageait avec le métayer les grains, fruits, animaux, œufs, laine, etc.) mais aussi parfois en argent.

  • L’achat d’une terre

Le premier acte dans lequel j’ai rencontré Salomon (chronologiquement) est daté du 28 décembre 1671 à Cornillac. Le jeune Salomon, âgé d’une vingtaine d’année, achète conjointement avec son père une partie de terre appelée Bruchot et contenant deux eymines de semence, à David BREYNAS de Cornillon, pour une somme de 37 livres 7 sous. Sur cette somme, 22 livres 7 sous leur étaient dues par le vendeur tant pour « argant que bled quils lui avoient baillé. » Les 15 livres restantes seront versées directement par les PROVENSAL à François BREYNAS, frère du vendeur, « a bon conte des droits maternels quil peut avoir & pretendre. »

  • L’arrentement d’une grange à Cornillon

Le 27 février 1674, Salomon et son père arrentent à Jacques et Claude EIGUENT père et fils « leur grange de la Chaume terroir dud lieu avec tous les fonds quils ont della la riviere doulle » et plusieurs autres terres, ainsi que « le bastimant quils ont dans ledit lieu appellé Chevallon » pour six années. Les terres sont plantées en fèves, consigal, froment et jarousse. Ils baillent également « deux trenteniers et six bestes lannes ou chabvres » en échange desquelles ils percevront chaque année une livre de fromage par brebis et deux livres par chèvre, et la moitié de la laine. Enfin les EIGUENT recevront 72 livres pour acheter une paire de bœufs (à moins que les PROVENSAL n’arrivent pas à vendre ceux en leur possession le jour de la fête de Pâques, auquel cas les EIGUENT les prendront), et une carte de sel par an pour donner au bétail.

2019-07-29 Cornillon (34)
Cornillon-sur-l’Oule – Collection personnelle
  • L’arrentement d’une grange à Cornillac

Le 22 novembre 1675 à Rémuzat, Salomon et Jacques PROVENSAL arrentent à Antoine CHANOUSSE « leur bien et grange de Cornilhac sous la reserve dune piese de terre » pour six années. Les terres sont ensemencées, en semence, fèves et froment. Ils baillent également « un trantenier betail. » Ils recevront en échange « deux livres fromage pour chacque chevre fesant chebvreau et une livre pour chaque fede fezant agneau » à payer tous les ans au tondoir, avec moitié de la laine et des grains. Enfin ils baillent deux tiers d’une paire de boeufs, trois livres pour acheter un pourceau qu’ils se partageront chaque année, trois pinayes de sel et cinq poules. Le rentier sera tenu de demeurer dans la grange.

Salomon PROVENSAL et Antoine CHANOUSSE se donneront quittance réciproque de ce qui figure dans cet acte le 6 décembre 1681.

  • Une quittance

Le 20 décembre 1675, Michelle LAVACHE fille de Jean donne quittance à Jacques et Salomon PROVENSAL d’une somme de 66 livres comme reste d’une somme de 96 livres due pour l’achat qu’ils avaient fait à Jean LAVACHE de « sa grange & quelques fons pozée au cart[ier] appellée Bruchet » le 22 février 1668.

Le père de Salomon décède probablement entre 1675 et 1681.

  • L’arrentement de deux granges à Cornillon

Le 21 septembre 1681, Salomon arrente « une grange quil a au terroir dud Cornilhon & au cartier de la Chaume, plus un autre au mesme terroir un autre grange appellée Bruchet & tout leur tenemt » à Jeaume FARAUT pour six années. Les terres sont semées en froment et épeautre. Les grains et fruits seront partagés tous les ans également entre eux. Le rentier habitera dans la grange de la Chaume, qui « se ferme a trois portes toutes neufves avec des parnes et goins deux desquelles se ferment a clef. » Celle de Bruchet « il y a aussy trois portes scavoir une quy se ferme a clef. » Le rentier devra avertir Salomon PROVENSAL s’il venait « a manquer quelque poutre de chevron au couver & aux bastiments. » Sont aussi baillés « deux trantenier bestail & un trantenier que led rantier en a mis faisant en tout trois tranteniers, scavoir vingt quatre fedes six chevres trante agniaux cinq chevraux, & vingt cinq agnouges malles ou femeaux. » A la fin de la ferme le capital & le croît seront partagés, comme la laine au tondoir tous les ans ; « pour chaque fede ayant laict led rantier baillera tous les ans aud Sr Provansal une livre fromage, & pour chaque chevre ayant laict deux livres. » Enfin FARAUT reçoit 46 livres pour deux tiers d’une paire bœufs, un pourceau de quatre livres et trois pinayes de sel par an, vingt quintaux de foin et dix de paille chaque année, et quatre poules (qui rapporteront à Salomon 20 oeufs chacune par an). Enfin il baille un soc pour le labourage pesant neuf livres.

Cornillon
Cornillon-sur-l’Oule – Collection personnelle
  • Le bail en pension d’une terre

Le 6 février 1682, Salomon baille en pension à Marie BOREL, veuve de Jean BOMPAT, une terre qu’il possède aux Armeux à Cornillon (que son père Jacques avait acquise de feu Jean REYNIER), pour une somme de 60 livres sous la pension de 3 livres par année. La pension courra jusqu’à ce que Marie BOREL soit en pouvoir de payer le capital, en un seul paiement, pour acheter le fonds.

  • Une quittance

Le 28 avril 1682, Salomon, en qualité d’héritier de son père Jacques, donne quittance à Mathurin JOUBERT et Jeaume GREGOIRE d’une somme de 88 livres 12 sols avec 20 brebis, suivant obligation du 27 février 1664. Cette quittance ne porte cependant pas sur les « huict ruches de mouches a miel que led Gregoire tien dud sieur Provansal a droites miées. »

  • Le règlement de la succession de sa grand-mère

Le 27 novembre 1683, Me Balthazard GIRARD, notaire de la Roche, fils et procureur de demoiselle Alexandrine PROVENSAL (qui se trouve être une des tantes de Salomon) reconnaît avoir reçu de Salomon la somme de 150 livres « en louis ou demis louis argent » qui règle « la portion de legitime comptant a ladite Allexandrine [sur le pied de sept enfants] pour les deux mille livres provenues de la vente des action actives de damoiselle Izabeau de Roux [icelle fille de noble Jean du Roux du Pilhion, mere de lad constituante] faicte au lieu de Villeperdrix juditiellement le honze janvier dernier et acte de judiquation fet ensuite en faveur dud Provensal et noble Pierre de Lieautaud sieur du Serre seigneur de Belle Garde en la ville de Die par devant le sieur juge dud Villeperdrix le quinze du mesme mois. »

quittance
Quittance PROVENSAL à Cornillac – 1683 – cote 2 E 14188 – vues 259 à 263 – AD26
  • Une quittance

Le 5 décembre 1683, Salomon, en tant que « fils et donnatere universel de feu sieur Jacques Provensal » donne quittance à Jean ALLEMENT de Cornillon de la somme de 16 livres, que le beau-père de ce dernier (Antoine LAGET fils de Michel) devait en capital de pension à Michel JOUVE, suivant acte reçu le 25 janvier 1666, somme qui avait entre temps été cédée à Jacques PROVENSAL. (Oui, je sais, c’est un peu compliqué quand toutes les parties sont décédées et que ce sont les descendants qui règlent les dettes, mais quand on relit plusieurs fois on s’en sort !)

  • L’arrentement d’un domaine à Cornillac

Le 23 décembre 1683, Salomon arrente à Jacques et Claude EIGUENT père et fils « un sien dommene […] au terroir et mandement du lieu de Cournilhac appelé Remia consistant en bien fonds et bastiments » pour huit années, moyennant une rente annuelle de 100 eymines de blé froment. Salomon se réserve de plus la moitié des noix et autres fruits. Les terres sont semées de froment, épeautre et fèves. Il leur baille également deux trentaines de bétail consistant « a neuf brebis bluaux douze segondes cincq nouvelles six moutons cinq nouveaux neuf segonds cincq annouges malles cincq anouges femeaux trois chevres et une chabreilhe » en échange desquels il recevra 42 livres par an, ainsi qu’une paire de boeufs de 75 livres dont les rentiers lui paieront le tiers. « Ils seront obligés de nourrir leur pourceau dans ledit bastiment et non ailheurs plus conduiront les eaux pluvialles dud Cornilhac dans le pre que led Sr Provensal a aupres dud village quil est dans led arrantement. » Salomon « se reserve le pailhis quil est presentement fet et construit dans lere dud domene. » Les rentiers lui fourniront deux journées de bœufs. Enfin Salomon leur baille cinq poules contre 100 œufs de rente chaque année.

Vous aurez sans doute remarqué qu’il s’agit des fermiers précédemment installés à la grange de la Chaume en 1674.

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Vue aérienne de Cornillon-sur-l’Oule – Géoportail
  • Une histoire d’injures

Le 5 juin 1685, Salomon PROVENSAL et François et Jean MOURIER père et fils décident d’enterrer la hâche de guerre ! Ils ont fait procéder à information l’un contre l’autre « par devant le sieur chastelain dud lieu à raison de certaines injures réciproques. » La poursuite d’une telle procédure « causeroit de grands frects et de facheux avenements que les parties ont voulu esviter » : ils  se départissent donc des expositions et informations prises l’un contre l’autre, « voullant que le tout soit nul et comme non advenu retirant le chacun les injures, que chacun quy peuvent s’estre proferes, paix et admitié demeurant entre heux tous despans compansés. » Tout est bien qui finit bien ! (Mais j’aurais bien aimé avoir les détails croustillants qui vont avec…)

◊◊◊◊◊

Puis le 16 octobre 1685, Louis XIV révoque l’édit de Nantes par la signature de l’édit de Fontainebleau : c’est le début du compte à rebours pour Salomon, qui est issu d’une famille de fervents protestants…

◊◊◊◊◊

  • Deux quittances

Le 4 janvier 1686, Salomon, en sa qualité d’héritier de Jacques PROVENSAL, donne quittance à Jean LABRELLE laboureur à Cornillon de la somme de 135 livres que ses parents devaient par obligation du 28 février 1667, pour paiement d’un coin de terre au quartier appelé Martigou.

Le même jour, il reçoit de André LAGET aussi laboureur à Cornillon la somme de 114 livres et « un trentenne de betail » que son père feu Charles LAGET devait suivant deux obligations du 5 juillet 1654 et du 25 janvier 1657.

  • Le dernier arrentement

Le 6 mars 1686, Salomon PROVENSAL se présente une dernière fois devant le notaire. Il s’apprête à quitter Cornillon pour Grenoble ; cet arrentement est donc un peu particulier car il s’agit là de sa propre maison. Je ne sais pas s’il a alors conscience qu’il va bientôt devoir quitter le pays, et qu’il ne reviendra pas…

Il arrente à Jean et François MOURIER père et fils, ménagers à Cornillon, « tous les bastiments et dommene que led sieur Provensal a et possede aud Cournilhon au dessa la riviere doulle consistant en une meson et grange et biens fonds vignes » pour quatre années. Il se réserve cependant « la chambre plus aute de sa meson du costé de la grange. » Les terres sont semées en froment, épeautre et esparseau. Le prix de la rente est fixé à 360 livres par an à payer en quatre fois. Salomon leur baille de plus un coffre de graines de chanvre, 42 livres pour acheter un bœuf pour faire le labourage, et « trente bestes anerage ou chevres soubs le genre de dixsept brebis et huit chevres trois menounes et deux chabreilhons » pour lesquels les MOURIER lui porteront chaque année 10 livres de fromage.

Les MOURIER devront porter chaque année vingt quintaux de foin et dix de paille au rentier des granges de la Chaume et de Bruchot. Ce dernier leur portera en échange trente sacs de fumier à mettre dans les biens arrentés. La grange du Coullet sera réservée à l’usage du rentier de Bruchot. Les MOURIER habiteront dans la maison « et pour les meubles quil y restent dedans il en cera fait inventere domestique entre les parties. »

Les rentiers devront travailler et entretenir les bâtiments, faire des rayons pour éviter l’inondation des fonds, entretenir le pigeonnier qui est dans la maison. Ils lui porteront à Grenoble chaque année à leurs frais six paires de pigeonneaux, deux paires de poulets et une paire de chaponneaux. Ils avertiront Salomon s’il venait à manquer des poutres ou des tuiles ; ils rendront la maison, la grange et les serrures en bon état ; ils tailleront la vigne et lieront les sarments ; enfin ils entretiendront, creuseront et nettoieront le canal qui entoure la vigne.

bail
Bail PROVENSAL-MOURIER à Cornillac (signatures) – 1686 – cote 2 E 14102 – vues 38 à 40 – AD26

Epilogue

Vous connaissez déjà la suite de l’histoire : après un court séjour à Grenoble, Salomon et sa famille vont fuire tout d’abord vers la Suisse, à Genève et à Schaffhouse, puis vers l’Allemagne à Erlangen où Salomon trouvera la mort à son arrivée. Lucrèce finira quant à elle sa vie à Gouda aux Pays-Bas.

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