La saga PROVENSAL : des huguenots en fuite

L’article que je vous propose aujourd’hui concerne des ancêtres qui me tiennent particulièrement à cœur. Ils font partie de ces ancêtres au destin extraordinaire, que l’on peur relier à la Grande Histoire. Et aussi de ces ancêtres dont il a été difficile de retracer le parcours : nous n’étions pas trop de deux !

Car les résultats que je vais vous présenter ne sont pas uniquement le fruit de mes recherches, mais celui d’un travail conjoint avec un très lointain cousin généalogique, Gilles LABEEUW, que j’ai eu la chance de rencontrer. Son épouse et mon conjoint sont cousins du 7e au 10e degré, leur plus proche ancêtre commun n’étant autre que… Etienne PROVENSAL, né en 1690, dont je vais vous parler ici !

Cornillon-sur-l’Oule, dans la Drôme provençale

Cette histoire commence à la fin du XVIIe siècle à Cornillon-sur-l’Oule (26), dans la Drôme provençale, où les PROVENSAL, de petite noblesse rurale, mènent une vie « tranquille » à la nuance près de leur confession protestante, comme je serai amenée à le développer dans un prochain article.

Salomon PROVENSAL, né probablement en 1650, et son épouse Lucrèce CRAPONNE DUVILLARD sont issus de familles aisées. Ils sont huguenots, sans trop de soucis toutefois, jusqu’à la révocation de l’Edit de Nantes le 18 octobre 1685…

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Cornillon-sur-l’Oule sur la carte Cassini – Gallica

Un peu d’histoire

Une petite remise en contexte s’impose ici (source Wikipedia) :

A la fin du XVIème siècle, catholicisme et protestantisme coexistent officiellement dans le royaume de France grâce à l’édit de Nantes promulgué par Henri IV en 1598.

Tout changea après la prise du pouvoir par Louis XIV en 1661 : après une politique de rigueur supprimant des droits aux protestants et la mise en place des dragonnades conduisant à des conversions massives par la terreur, il révoque l’édit de Nantes en octobre 1685, par la publication de l’édit de Fontainebleau.

De nombreux religionnaires prirent alors le chemin de l’exil à grandes difficultés, puisqu’il leur était interdit d’émigrer, avec condamnation aux galères pour les hommes, condamnation à la prison pour les femmes, et suppression des biens. Les religionnaires voyageaient donc la nuit, se cachant le jour, obligés, dès qu’ils avaient quitté le territoire qui leur était familier, de s’en remettre à des passeurs, à leurs risques et périls. On estime que sur une population protestante d’environ 800 000 (alors que la population totale s’élevait à environ 20 millions d’habitants), environ 200 000, soit près de 25% quittèrent le royaume.

Les protestants du sud et de l’est se dirigent surtout vers la Suisse, c’est-à-dire les cantons évangéliques, la république de Genève, la principauté de Neuchâtel et les Ligues grises. Les fugitifs qui y parviennent souhaitent pour la plupart y rester jusqu’à ce que le roi prenne conscience, espèrent-ils, de l’erreur commise et leur permette de rentrer. 60 000 fugitifs seraient ainsi passés par la Suisse où ils ont été généreusement assistés. Des bourses des pauvres sont organisées dans les Églises ; elles octroient des passades (passade est synonyme de viatique) aux réfugiés qui arrivent et assistent les plus pauvres qui restent.

Cependant le pays n’est pas riche et seulement 20 000, probablement moins, s’y seraient fixés. Les autres sont conduits pour la plupart par Bâle et Schaffhouse, principaux points de sortie de Suisse, vers les principautés allemandes qui accueillent des réfugiés, et parfois plus loin vers la Hollande. De Schaffhouse, des groupes, une fois formés, se dirigent sous la conduite d’un guide vers Erlangen, Bayreuth et le Brandebourg ou encore par Heidelberg jusqu’à Francfort-sur-le-Main. Environ 44 000 huguenots se fixèrent définitivement en Allemagne.

La fuite et le destin de Salomon PROVENSAL

Mais revenons à Salomon PROVENSAL : lui, sa femme et ses enfants quittent donc Cornillon suite à la révocation de l’édit de Nantes du 18 octobre 1685.

Les biens des religionnaires sont alors confisqués et mis en régie, puis réunis au domaine royal. Les receveurs généraux des domaines tiennent un compte de la gestion de ces biens. Dans un des ces comptes (de juin 1686 à juillet 1691), arrêté par Nicolas SIMON, receveur général des domaines de Provence, « au sujet des renoms des religionnaires ou nouveaux convertis qui sont sortis du Royaume au préjudice des défenses de sa Majesté », on trouve la mention de Salomon PROVENCAL :

c2226
Compte du receveur général des domaines de Provence – cote C 2226 – AD13

« De la somme de soixante dix livres receüe du sequestre des fruits saisis a Salomon Provençal du lieu de Cornillon suivant son compte »

Voir aussi à ce sujet le Bulletin historique et littéraire de la Société de l’histoire du protestantisme français, tome LXXVI (1927): Les protestants de Provence et d’Orange sous Louis XIV.

L’histoire des Protestants de Mens et du Trièves en Dauphiné (p.410) renseigne également ‘Salomon Provensal de Cornillon en Provence’ parmi les personnes ayant suivi les procès de protestants à Grenoble en mai 1686.

Salomon rejoint alors Genève, où il bénéficiera d’une assistance en tant que huguenot en fuite réduit à l’indigence, comme on l’apprend grâce aux relevés du site refuge-huguenot.ish-lyon.cnrs.fr :

  • 30/09/1686 à Genève : Salomon PROVENCAL, originaire de Cornilian (Languedoc), reçoit 2 écus pour sa femme malade.
  • 08/10/1686 à Genève : Salomon PROVENCAL et sa femme, de Cornilian (Languedoc), étant en nécessité, reçoivent 4 écus. Ils sont « fort recommandés par M. le syndic de Normandie » et sont accompagnés d’un enfant et d’une servante.
  • 28/12/1686 à Genève : Salomon PROVENCAL et sa femme, de Cornillon (Provence), sont aidés pour une seconde fois. Ils ont avec eux un enfant et reçoivent 3 écus.
  • 22/09/1687 à Genève : Salomon PROVENCAL et sa femme, de Cornillion (Provence), reçoivent 31 florins 6 sous. Ils sont accompagnés de 5 enfants dont 3 malades.

Plusieurs événements familiaux auront également lieu à Genève (un merci particulier ici à Gilles qui a effectué les recherches aux archives de Genève) :

  • une fille, Olympe, naît le 30 août 1687
  • leur fils Paul, né vers 1680, décède le 20 octobre 1688 de la petite vérole. Salomon est alors caporal dans la garnison et habite rue de Saint Léger.
  • un fils, Etienne, naît le 28 janvier 1690.
  • la petite Olympe, née en 1687, décède « étique » le 26 janvier 1692. Salomon est toujours caporal dans la garnison et habite rue des Belles Filles.
  • leur fils François, né vers 1682, décède « hydropiqué » le 6 mai 1693. La famille habite toujours rue des Belles Filles.

En 1693, ils quittent Genève (qui ne peut pas se permettre d’héberger tous les réfugiés du Royaume de France) pour l’Allemagne, via Schaffhouse, où ils recevront à nouveau de l’assistance :

  • 15/08/1693 à Schaffhouse : Salomon PROVENCAL et sa femme, de Cornillon, reçoivent 30 florins. Ils sont accompagnés de 3 enfants.

Mais Schaffhouse n’est qu’une étape du voyage : la famille se dirige vers Erlangen, où le souverain de Bavière a autorisé une colonie du « Refuge protestant ».

‘Provençal Salomon’ de Cornillon, synode de Provence, est cité parmi les pionniers huguenots de Erlangen (réfugiés arrivés entre 1686 et 1700), dans le livre du pasteur August Ebrard « Christian Ernst von Brandenburg-Bayreuth. Die Aufnahme reformierter Flüchtlingsgemeinden in ein lutherisches Land, 1686-1712 » :

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Christian Ernst von Brandenburg-Bayreuth. Die Aufnahme reformierter Flüchtlingsgemeinden in ein lutherisches Land, 1686-1712 – p.148

Salomon y décédera le 18 février 1694, à l’âge de 43 ans, peu après son arrivée.

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Décès de Salomon PROVENSAL à Erlangen – 1694 – www.archion.de

« Le 19 feb 1694 dans la nouvelle ville d’Erlang se sont presentés devant nous Mons Tholoyan pasteur de l’Eglise francoise recueillie aud lieu Messieurs Paul Verdier march[an]t gantier, et Joseph Meynier no[tai]re Imperial lesqls ont dit & attesté que sieur Salomon Provençal bourgeois du lieu de Cornillon en Provence est decedé le jourd’hier agé de 43 ans & a esté ensevely ce jourd’huy dans le cimetiere ord[inai]re qui a esté baillé pour servir aux françois refugiés dud Erlang ce qu’ils ont dit savoir pour avoir assisté au convoy funebre du deffunt et se sont signés avec nous »

Lucrèce se retrouve veuve avec trois enfants, sans ressources et loin de son pays. Mais elle peut compter sur l’entraide de la communauté huguenotte, même s’il va lui falloir poursuivre sa route…

Le 3 mai 1694, lors du Synode des Eglises Walonnes des Provinces Unies des Pays-Bas qui se tient à Gouda en Hollande, on en apprend plus sur le destin de la famille PROVENSAL :

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Synode des Eglises Walonnes des Provinces Unies des Pays-Bas à Gouda – 1694 – Google Books

J’aimerais bien savoir comment est décédé Salomon PROVENSAL à Erlangen pour être qualifié de « mort d’une manière édifiante« …

C’est ainsi à Gouda que nous perdons la trace de Lucrèce CRAPONNE DUVILLARD.

En résumé, de Cornillon aux Pays-bas

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Vu la fluctuation du nombre d’enfants au cours du temps, il semble que le couple soit d’abord venu seul à Genève en septembre 1686. Un premier enfant les a rejoints peu après, début octobre. Puis trois autres sont arrivés dans le courant de l’année 1687.

Ceci sans compter les deux enfants nés à Genève… ni ceux qui sont restés derrière, comme on le verra juste après !

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La fuite des PROVENSAL, de Cornillon-sur-l’Oule à Gouda

Pendant ce temps, à Cornillon

Salomon PROVENSAL a donc quitté Cornillon en 1686 avec sa famille… Mais une surprise nous attend dans les registres du notaire de Cornillac (26) !

Le 11 juillet 1690, on trouve dans le registre un « Bail en paye pour Izabeau & Philliberte PROVANSAL de Cornilhon » où il apparaît que Salomon avait passé un arrentement avant son départ (le 6 mars 1686) aux sieurs MOURIER, qui avait une durée de quatre ans, et qui est donc arrivé à expiration. Louis CRAPONNE DUVILLARD, le frère de Lucrèce, récupère les capitaux et les dommages au nom de ses nièces :

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Extrait du bail en paye pour les sœurs PROVANSAL à Cornillac – 1690 – AD26 – cote 2 E 14104 vue 474/556

« […] led sieur Provansal estant sortis hors du Royaume et par consequant la regie s’ettant enpares des rantes jusques a ce qu’il a pleu au Roy par sa declaration derniere de donner les biens des fugitifs a leurs enfants qu’ils sont demeures apres heux dans le Royaume estant dont lesdits biens dud Provansal demeures au pouvoir de Izabeau et Philliberte Provansal ses enfants qu’ils sont restés en fort bas ages dans leur meson aud Cournilhon ou au lieu de la Motte Challancon entre les mains de sieur Louis Craponne Duvillard leur honcle maternel pour les ellever […] »

Salomon, lors de son départ, a donc laissé deux de ses filles derrière lui, à la garde de son beau-frère. Mon hypothèse est qu’il les avait alors jugées trop jeunes pour entreprendre le voyage (peut-être comptait-il les faire venir par la suite, lorsqu’il serait installé au refuge et qu’elles auraient grandi). Mais les deux petites ne rejoindront jamais leurs parents…

Isabeau épousera Paul NOIR à Cornillon. Quant à Philiberte, elle aurait épousé Paul FAURE à la Motte Chalancon (et y serait décédée le 31 décembre 1768) : cependant je n’ai pas encore de preuve qu’il s’agit bien de la même Philiberte et pas d’une homonyme.

Mais retournons prendre des nouvelles de nos fugitifs, et notamment du petit Etienne PROVENSAL, né à Genève en 1690, et dont nous avions perdu la trace à Gouda en 1694.

Etienne PROVENSAL à Condé

C’est à Condé-sur-l’Escaut (59) que réapparaît Etienne PROVENSAL en 1721. Il y épouse Marie Anne ADAM le 24 février 1721 :

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Mariage PROVENSAL-ADAM à Condé-sur-l’Escaut – 1721 – AD59

« Le 24 de fevrier 1721 après la publication de trois bans de notre part dans cette paroisse et publication d’un ban par Monsr le curé et doyen d’Andeli vu la dispense de 2 bans accordée par Monseigneur l’archevesque de Rouen signé de Monsr ROBINET vicaire général et de Monsr PAILLOU secrétaire dudit archevesque item vu la permission de Monsr DAMBERMON capitaine du dénommé cy après donné à Evreux le 12 9bre 1720 ont estes par nous maries après que nous avons eu pris leur consentement mutuel et aïant reçu de nous la bénédiction nuptiale Estienne PROVENCAL agé de 31 ans fils de feu Salomon et de Lucresse DEVILLAR habitans de Genève, soldat au régiment de la Mark et Marie Anne ADAM agée de 20 ans fille de feu Jacques et de Marie Jeanne PAYEN habitans de Condé témoins assistes de Hubert LEBLAN soldat au même régiment et à la même compagnie Catherine CHARANANT Jeanne Marie CLEMENT qui ont signés de leur marque ordinaire de ce interpelles. »

On notera que c’est un mariage catholique, qui ne fait nulle part mention d’une conversion. Faut-il en déduire qu’Etienne s’est converti au catholicisme bien avant, peut-être lorsqu’il s’est engagé dans le régiment de La Marck ? Vous remarquerez aussi sa très belle signature qui dénote une parfait maîtrise de l’écriture.

Le régiment de La Marck (ou Lamarck) est un régiment d’infanterie allemand du Royaume de France créé en 1680. Le plus ancien registre de contrôle des troupes du régiment de la Marck date de 1722 (cote GR 1Yc 445 au Service Historique de la Défense), mais on n’y retrouve pas la trace d’Etienne PROVENSAL : il est possible que son mariage en 1721 ait marqué la fin de sa carrière militaire, d’autant qu’il avait alors « déjà » 31 ans, mais ce point reste à creuser.

Etienne et Marie Anne auront ensemble cinq enfants à Condé :

  • Jean Baptiste, né le 16 février 1722 (le père absent). Il deviendra garçon cordier et décédera le 3 décembre 1742.
  • Marie Louise, née le 28 janvier 1724 (le père présent). Elle épousera Augustin CUVELIER, charpentier de bateaux, le 8 juin 1745 et décédera le 6 juillet 1806.
  • Catherine Joseph, née le 20 novembre 1725 (le père présent), décédera le 7 novembre 1726.
  • Jacques Philippe, né le 21 mai 1727 (le père absent). Charpentier de bateaux, il épousera Marie Madeleine Joseph DELILLE le 10 février 1756 et décédera le 28 octobre 1774.
  • Marie Clémence Joseph, née le 24 août 1732 (le père absent), décédera le 17 février 1735.

Je ne sais pas pour quelle raison Etienne était absent en 1727 et en 1732. Par contre, je sais où il était en 1722 lors de la naissance de son fils aîné…

Un retour aux sources

En effet, c’est avec surprise que nous retrouvons sa trace à Cornillon ! A peine marié est-il retourné sur les terres de ses parents, très probablement pour y réclamer son héritage.

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Rémission d’héritage par Etienne PROVENSAL à sa soeur Izabeau à Cornillac – 1722 – AD 26 – cote 2 E 14118 – vue 174/198

« L’an mil sept cens vingt deux et le neuvieme jour de mars apres midy devant le no[tai]re soubzne furent presans Sr Estienne Provensal fil naturel et legitime de feux Srs Salomon Provensal et dem[oise]lle Lucresse Craponne Duvillar sortis du royaume pour fais de religion en l’année mil six cens quatre vingt six led[it] Estienne né a la ville de Geneve au mois de janvier mil six cens quatre vingt dix // (renvoi en fin d’acte) transplanté en Holande quelques années apres ou il a resté jusques a son arivée a Condé // residant a p[rese]nt a lad[ite] ville de Condé en Flandre depuis environ un an ou il est marié et arrivé dans ce lieu de Cornillon au mois d’octobre dernier comme il a déclaré d’une part ; et demoiselle Izabeau Provensal sœur germaine dud[it] Estienne eppouze de Sr Paul Noir bourgeois dud[it] Cornillon en Provence d’autre ; lesquelles parties de leurs gres deues mutuelles et reciproques accepta[ti]ons et stipula[ti]ons entr’elles intervenant, lad[ite] d[emois]elle Izabeau Provansal procedant au p[rese]nt de l’avis conseil et authoriza[ti]on dud[it] Sr Noir cy p[rese]nt pour terminer tous les procez et differents qui etoient sur le point de naitre entr’eux au sujet des biens de la succession desd[its] Salomon Provansal et dem[oise]lle Craponne et vivre en veritable frere et sœur, led[it] Sr Estienne Provansal plainem[en]t informé de la concistance valeur et prix des biens de la susd[ite] succession par son conseil, a fait par le p[rese]nt remission quitta[ti]on et delaissem[en]t de tout ce qu’il pouvoit pretendre sur led[it] heritage a lad[ite] demlle Izabeau Provansal sa sœur acceptante avec promesse de jamais la rechercher en rien directem[en]t ny indirectem[en]t au moyen de la somme de trois mille six cens soixante quatorze livres que led[it] Sr Noir et son eppouse prometent et jurent de payer comme ils ont déjà fait si devant celle de trois cens soixante quatorze livres a compte de la susd[ite] aux especes dont led[it] Sr Provansal a declaré estre contant ; et les trois mil trois cens livres lesd[its] mariez les payeront comme ils prometent, trois cens livres dans un an prochain sans interet, et les trois mile livres restantes led Sr Estienne Provansal les laisse en capital de pention entre les mains dud[it] Sr et dem[oise]lle Noir laquelle pention ce montant cent cinquante livres sera payée annuellement et pour toujours a tous les jours neufe de mars dont la premiere escherra a pareil jour de l’année prochaine mil sept cens vingt trois en especes sonantes et de cours et non en billets royaux portable et rendue dans la ville de Condé aux frais desd[its] mariez ; et ce pour tout autant de temps que led[it] Sr Noir et son epouse garderont la susd[ite] somme de trois mile livres laquelle pourront estinguer a toutes leurs volontez n’etant la paye moindre de mil livres portable comme dessus aud[it] Condé, en faisant un ou plusieurs payem[en]ts lad[ite] pention sera diminuée a propor[ti]on et sans que lad[ite] pention puisse estre diminuée que par le payem[en]t du capital ou partie attendu que la cotte a laquelle lad[ite] pention est fixée fait partie de la remission et delaissem[en]t de l’heritage desd[its] Salomon Provansal et dem[oise]lle Craponne, ainsi promis accepté et stipulé entre les parties lesquelles prometent avoir le p[rese]nt a gré sans venir au con[trai]re a peine de tous depens dommages et interets obligeant pour ce tous leurs biens p[rese]nts et advenir mesme et par expres lesd[its] Sr Noir et son epouse ceux de lad[ite] succession lesquels ne pourront vandre ny engager au prejudice du p[rese]nt a peine de nulité qu’ils ont soumis aux cours royalles de Provence submission de Sisteron et a celles dud[it] Condé et autres en bonne forme ; fait et publié aud[it] Cornillon dans la maison dud[it] Sr Noir presants mess[i]re Louis Cherler p[re]tre prieur curé dud[it] lieu, mess[i]re Jean Bap[tis]te Bernard p[re]tre p[rieu]r curé de Cornillac et Mr Balthazar Girard no[tai]re royal et chan de Villeperdrix tem[oins] signes avec les parties »

Cet acte nous confirme par la même occasion qu’Etienne a passé toute son enfance en Hollande. C’est sans doute là qu’il a appris à écrire, auprès des pasteurs protestants des Pays-Bas.

L’héritage n’est pas négligeable vu qu’il laisse sa part à sa sœur en échange de 3674 livres. D’après le site convertisseur-monnaie-ancienne.fr cette somme équivaudrait à plus de 30 000 €.

Epilogue

La fin d’Etienne PROVENSAL reste un mystère à ce jour. A partir de 1727, il est « absent » à la naissance de ses enfants. Et il n’y a plus trace de lui à Condé après la naissance de Marie Clémence en 1732. En ces temps troublés, peut-être a-t-il repris les armes (ou ne les a-t-il jamais quittées) ? Si vous le croisez au détour d’un registre, faites-moi signe !

Son épouse Marie Anne ADAM décédera quant à elle le 17 mars 1783 à Condé-sur-l’Escaut.

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16 réflexions sur “La saga PROVENSAL : des huguenots en fuite

  1. Je comprends que cette branche te tienne à cœur tant cette histoire est passionnante ! Je ne doute pas que ces recherches ont du prendre beaucoup de temps, autant pour toi que pour Gilles LABEEUW ! Merci de nous le partager !
    Concernant Étienne PROVENSAL, étrange qu’il ait repris les armes… comme quoi les recherches ne sont jamais terminées !

    Aimé par 1 personne

  2. C’est une histoire passionnante ! Rien d’étonnant qu’elle vous tienne à coeur 😉 J’espère que vous retrouverez la trace d’Etienne un jour ! Juste une question : comment avez-vous réussi à retrouver tout le cheminement de cette famille ? Entre la Suisse, l’Allemagne, la Hollande et la France, ça fait quand même un sacré parcours….

    Aimé par 1 personne

    1. Merci, je l’espère aussi. Pour les recherches, tout part de l’acte de mariage d’Etienne, qui pointe vers Genève, où on retrouve facilement sa naissance. Ensuite quelques recherches Google sur les différentes variantes orthographiques de Salomon Provensal (combinaison très rare) nous permettent de trouver Erlangen et Gouda. Recherche via les sites spécialisés sur les huguenots, vérification des sources : ok. Restait à identifier le lieu d’origine car « Cornillon en Provence » peut désigner plusieurs endroits. Par chance certains registres notariés de la Drôme sont en ligne sur le site des AD26, ceux de Cornillac et Remuzat confirment la famille à Cornillon-sur-l’Oule.

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  3. Béatrice

    Oh Schaffhouse ! J’aime à croire que nos ancêtres s’y sont croisés ; j’ai une branche maternelle qui y est solidement implantée. J’admire le travail sur tous les actes en Allemand… Un très beau récit d’histoire intéressant et documenté. Passionnant à lire, vivement la suite après l’enquête dromoise !

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    1. Les Provensal n’ont vraiment fait que passer à Schaffhouse, mais pour autant il est possible qu’ils se soient croisés ! J’espère que mon escapade drômoise me permettra de trouver des éléments intéressants cet été… Merci pour le commentaire en tout cas !

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  4. Je viens de relire votre billet et je mes suis replongée dans mon livre sur les Huguenots d’Afrique du Sud. Il ya au moins deux familles ( Jordan/Jordaan) qui viennent de Cabrières d’Aigues ( Hameau de Belle Etoile) et de Saint-Martin-de-la-Brasque. Ayant regardé la carte je me rends compte que ce n’est pas très loin de Cornillon-sur-L’Oule. Eux sont passés par les Pays-Bas. Fascinante histoire.

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    1. J’ai regardé également : en effet c’est à une centaine de kilomètres au sud de Cornillon… Sans doute un peu trop loin pour que les familles se soient connues, mais ça reste relativement proche. Fascinant je confirme. Merci pour le commentaire !

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  5. GAUDEFROY Didier

    Je suis admiratif de ce travail sur la destinée des ancêtres de mon épouse. Elle est issue de Marie-Louise PROVENSAL, fille d’Etienne PROVENSAL et de Marie-Anne ADAM.
    L’envie de connaître nos filiations est le moteur des généalogistes.

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  6. Didier PLANQUE

    Merci Christelle et Gilles.
    Lorsque Salomon était encore à Cornillon a-t-on connaissance de son activité ?
    Car l’on retrouve dans la descendance de son fils Etienne qui était soldat au moins sur 4 générations des charpentiers de bateaux.
    Merci pour cette passionnante recherche.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Didier pour ce commentaire. Salomon était d’extraction noble a priori. D’après les traces que j’ai pu retrouver dans les registres notariés, il semblait être propriétaire et rentier. Je publierai un billet à ce sujet après l’été et mon passage aux archives à Valence où j’espère en apprendre plus !

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  7. Briqueloup

    Dans la généalogie de mon mari, il y a François Provençal , Procureur au Parlement de Dauphiné. La seule chose que je sais est le nom de sa femme : Anne Revouz et leur fille, Anne « Victoire » Élisabeth, est née le 31/01/1762 au Péage-de-Roussillon, Isère. Il ne serait pas étonnant qu’ils soient apparentés aux tiens, compte tenu de la proximité géographique…

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