1782 chez les GRAILLOT

La famille GRAILLOT

Léonard GRAILLOT était laboureur à Marigny, dépendant alternativement des paroisses de Mhère (58) et de Montreuillon (58).

C’est là qu’il était né en 1738 et qu’il avait épousé Anne PETITIMBERT en 1759. A la mort de ses parents en 1766 et 1767, il était devenu chef de la communauté. La plupart de ses frères et sœurs s’étaient depuis mariés et installés dans les villages environnants, si bien qu’en 1782 ils n’étaient plus que trois frères à habiter ensemble : Léonard (43 ans), sa femme Anne (44 ans) et leurs enfants comptaient pour la moitié de la communauté, et ses deux jeunes frères Dominique (27 ans) et Léonard le jeune (18 ans) pour l’autre moitié.

Léonard et Anne avaient mis au monde dix enfants, mais quatre (ou cinq ?) n’avaient pas survécu à leurs premières années. Cinq (ou six ?) étaient donc toujours vivants à l’aube de l’année 1782, âgés de 5 à 18 ans. Cette année 1782 qui allait bouleverser leur vie…

Une épidémie de grippe frappe la France en cet hiver 1781-1782. Est-ce cette maladie qui va frapper à la porte des GRAILLOT en ce mois de janvier ? C’est bien possible… Anne décède la première, le 10 janvier. Léonard assiste à son enterrement à Mhère le lendemain, 11 janvier… et lui-même décède le 16 janvier. En moins d’une semaine, les enfants se retrouvent orphelins.

Le tuteur

C’est Bernard GRAILLOT, 37 ans, un des frères de Léonard, qui est désigné tuteur des enfants mineurs dès le 30 janvier, par acte judiciaire de la châtellenie de Montreuillon. Bernard s’est marié en 1770 avec Marie BOURDOT, chez qui il s’est depuis installé au village de Rangleau, paroisses de Blismes (58) et Poussignol (58). C’est une tâche importante qui lui incombe…

Et à vrai dire, ça commence mal. La communauté GRAILLOT avait en effet depuis 1777 un bail pour les biens d’Antoine VALLÉ, manouvrier à l’Haut de la Chaux, hameau voisin de Marigny situé sur la paroisse de Mhère. Mais avec la mort du chef de famille, le propriétaire préfère résilier le bail. Tout le monde se retrouve chez le notaire de Vauclaix (58) le 27 mai.

Bernard et Dominique (représentant chacun pour moitié de la communauté GRAILLOT) promettent de payer à Antoine VALLÉ la somme de 39 livres « pour restant du prix du bail à ferme. » Mais les terres n’ont pas été suffisamment ensemencées par rapport à ce que prévoit le bail : il manque deux boisseaux de blé seigle et trois quarts de blé froment. Le propriétaire viendra donc se servir au moment de la récolte sur les autres terres des GRAILLOT : le seigle sera prélevé dans le pré de Vauvien et le froment dans le pré Douloin ; il prendra aussi deux charretées de fumier dans les cours de Marigny.

L’inventaire

Mais un événement plus joyeux est en train de se préparer : Dominique, l’oncle des enfants partageant leur communauté, s’apprête à se marier avec Jeanne TOURNOIS. Il est donc temps de réaliser l’inventaire des biens délaissés par Léonard et Anne, avant que ne viennent s’y mêler les biens de la future épouse. Tout le monde se réunit à Marigny le 28 mai ; ce sont Charles MEGROT et Bernard BILLARDON qui sont chargés de l’estimation.

inventaire
Inventaire après décès de Léonard GRAILLOT à Montreuillon (58) – 1782 – AD58

Comme de coutume, tous les biens meubles appartenant aux mineurs sont inventoriés, à commencer par trois coffres, une table et un banc. Le lit des défunts est composé d’une couette, deux draps, une couverture, un coussin, des rideaux de toile et un mauvais châlit. On notera quelques ustensiles de cuisine : une chaudière, une marmite, une poêle, un plat et quelques cuillères.

L’inventaire fait la part belle aux vêtements du couple défunt : camisole, culotte de toile et chemises pour monsieur ; camisoles, jupes, tabliers, chemises et coiffes pour madame. Du linge de maison vient compléter le tableau, avec quelques nappes, taies et mouchoirs.

Mais les principaux objets du foyer sont les outils de travail, parmi lesquels : deux jougs garnis, une bêche, une pioche, quatre faucilles, une serpe, un dard, un merlin, une pelle, mais aussi une cuillère à sabots. Le couple possédait une charrette, une charrue et une ratille. On trouve aussi du chanvre, de l’étoupe et de la laine filée, des quartes de charroi et de froment et dix boisselées de seigle. Le cheptel est constitué de dix brebis et sept poules.

Suit le passage en revue des papiers : un acte de vente d’immeuble, sept quittances et le contrat de mariage d’une tante portant renonciation d’héritage. Bernard complète par un certain nombre de déclarations. Pas de créance connue, mais quelques dettes dont la moitié incombe aux mineurs : 11 livres au chirurgien pour médicaments, un peu plus de 450 livres à divers particuliers, 26 livres aux collecteurs de la paroisse.

Le bilan n’est positif que de peu : 299 livres 17 sols de meubles pour 258 livres 6 sols de dettes…

C’est donc quelques semaine plus tard, le 13 juin 1782 que Dominique GRAILLOT épousera Jeanne TOURNOIS à Mhère.

Quittances à la chaîne

Pas le temps de se réjouir pour Bernard GRAILLOT, le 20 juin, une semaine après le mariage de son frère, il retourne déjà devant le notaire. Il y retrouve Pierre PROVOTAT, laboureur à Oussy, paroisse de Montreuillon. En 1780, ce dernier avait donné à la communauté « des bestieaux a titre de chetel pour la somme de trois cent vingt six livres » et leur avait prêté 264 livres. Un an plus tard, il a retiré les bestiaux qui avaient généré 12 livres de profit. Tous comptes faits, la somme due est réduite à 250 livres 10 sols, dont la moitié incombe aux mineurs. Bernard s’acquitte donc de 125 livres 5 sols.

Rebelote le lendemain 21 juin, cette fois avec Antoine VALLÉ qui avait, si vous vous en souvenez bien, résilié son bail un mois auparavant moyennant la somme de 39 livres. Somme à laquelle il faut ajouter les frais de note et de contrôle, ce qui monte la part due par les mineurs à 21 livres 6 sols… que Bernard règle à nouveau comptant.

Il faut ensuite attendre le 20 octobre 1782 pour retrouver Bernard GRAILLOT chez le notaire, avec Pierre PETITIMBERT, laboureur à Domont, paroisse de Mhère. Léonard GRAILLOT et Anne PETITIMBERT avaient de leur vivant consenti une obligation de 105 livres envers lui. Craignant sans doute pour son argent, Pierre avait fait assigner Bernard par huissier le 18 juillet. Pour éviter des procédures sans fin, les parties sont donc parvenues à un accord. Tandis que Dominique GRAILLOT s’oblige à payer sa moitié pour le jour de Noël, Bernard paie comptant les 52 livres 10 sols incombant aux mineurs.

Epilogue

C’est ainsi que se termine cette année 1782 bien chargée pour la famille GRAILLOT.

arbre simplifié
Arbre simplifié de la famille GRAILLOT

Léonard le jeune, le plus jeune de la fratrie de Léonard GRAILLOT, mourra l’année suivante à Verpoux, paroisse de Dun-sur-Grandry (58), à l’âge de 19 ans. Il était parti y servir en tant que domestique.

Bernard, notre tuteur, s’éteindra le 26 brumaire an XI également à Dun-sur-Grandry, à l’âge de 57 ans. Quant à Dominique, il épousera Françoise VALLÉ en deuxièmes noces en 1792 et décédera en 1829 à l’âge de 74 ans.

Les enfants mineurs de Léonard et Anne feront leur vie eux aussi. Cinq se marieront entre 1792 et 1803, dont mon « ancêtre qui ne l’est sans doute pas » Antoine (1763-1845), que j’avais abordé à l’occasion de mon ChallengeAZ 2018 (H comme Home et N comme Naturel).

8 réflexions sur “1782 chez les GRAILLOT

  1. Un épisode de vie très bien documenté qui nous montre ô combien la vie pouvait être difficile à cette époque. Après, je me dis qu’aujourd’hui, nous avons également d’autres difficultés qui, certes, ne sont pas les mêmes. En tout cas, on comprends bien à la lecture de ton article que la vie de nos ancêtres était tout aussi mouvementée que la nôtre.

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  2. Sofinette13

    Oh un grand merci encore une fois Christelle, j’avais l’impression d’être une petite souris au coin de l’âtre, à écouter vivre ces petiots et leur tuteur ! Finalement, cela se finit bien s’ils s’en sont tous sortis malgré tout ça. Pas d’acte du style « Conseil de Famille » pour la désignation du tuteur dans lequel il aurait été fait cas des 5 ou 6 petits ?

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Sophie ! A vrai dire je suis tombée sur cette histoire par hasard en cherchant autre chose, donc je ne suis pas encore allée voir dans les archives judiciaires si les minutes de la châtellenie de Montreuillon étaient conservées. Maintenant que j’ai quelque chose à y chercher, je le mets sur ma liste pour la prochaine fois !

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