Jacques ANGLADE, cultivateur à Echandelys (63)

Ce nouvel article va nous conduire à Echandelys (63), d’où est originaire une partie de ma famille auvergnate. Je vous propose de vous intéresser plus particulièrement à Jacques ANGLADE.

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L’église d’Echandelys – 501 Fi 240 – Photothèque des AD63

L’aîné de sa fratrie

Jacques ANGLADE est né le 16 janvier 1776 au hameau de Labat, sur la paroisse d’Echandelys.

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Baptême de Jacques ANGLADE à Echandelys – 1776 – AD63

« Le seize janvier aud an est né et a été baptizé Jaques Anglade fils lege a Jean et de Benoitte Sauvadet du lieu de Labba en cetted paroisse d’Echandelys parrain Jaques Sauvadet de Coupas, marainne Catherine Anglade de Labba tous de cette ditte pse d’Echandelis non lettrés enquis. »

Ses parents, Jean ANGLADE et Benoîte SAUVADET, se sont mariés un an auparavant, le 14 février 1775. Jean était déjà veuf de sa première épouse, Louise ANGLADE, qui lui avait donné deux enfants et était décédée à l’âge de 24 ans.

Jean et Benoîte se sont alors installés à Labat en tant que cultivateurs. Jacques est leur premier né, mais par la suite Benoîte donnera encore naissance à onze autres enfants !

Un mariage dans la précipitation

Jacques ANGLADE fréquente une jeune fille nommée Anne SARRON, originaire du village de Ladoux, paroisse d’Aix-la-Fayette (63). Ses parents Jean SARRON et Marie JARRIGE sont également cultivateurs.

Mais à force de se fréquenter, Anne finit par tomber enceinte, et il est grand temps de régulariser la situation quand ils se marient le 2 brumaire an IX (24 octobre 1800) à Echandelys.

1800-10-24 mariage Anglade-Sarron
Mariage ANGLADE-SARRON à Echandelys – 1800 – AD63

« Mairie d’Echandelis arrondissement comunal d’Ambert du deux brumaire de l’an neuf de la Republique francaise acte de mariage de Jeacque Anglade né au lieu de Labat mairie dud Echandelis le saize janvier mil sept cent soixante saize fils de Jean et de Benoitte Sauvadet deux authorisé cultivateur hañts dud lieu de Labat en cette ditte mairie d’Echandelis = et Anne Sarron née au lieu de Ladoux mairie d’Aix le sept novambre mil sept cent septante quatre fille de Jean de luy authorisé et de deffunte Marie Jarige cultivateur hañts dud lieu de Ladoux mairie d’Aix = Les actes preliminaires sont extrait des registre des publication de mariage faite aud Aix et Echandelis le dix vendemiaire dernier et affiché au terme de la loy et (les actes de naissances des epoux) le tout en forme de tout lesquels actes il a été donné lecture par moi officier public aux terme de la loi = lesd epoux present ont declaré prendre en mariage lun lad Anne Saron lautre led Jeacque Anglade = En presence de Jeacque Sauvadet age de soixante-douze ans ayeul dud epoux Jean-Baptiste Sauvadet tous deux cultivateur hants du lieu de Coupat mairie dud Echandelis et d’Annet Furtier age de cinquante huit ans et Blaize Dutour age de soixante ans cultivateur hants dud lieu de Labat apres quoy moi François Rouvet adjoint de cette ditte mairie d’Echandelis faisant les fonction d’officier public de l’etat civil ay prononcé qu’au nom de la loy lesd epoux sont uni en mariage et a led epoux signé avec led Jean Anglade lad epouse les autres parties et lesd temoins ont declaré ne savoir signer de ce enquis et moi d’officier public ay signé lesd jour et an. »

Anne accouche trois mois plus tard, le 10 pluviôse an IX (30 janvier 1801), d’une petite Benoîte, qui ne vivra malheureusement que deux jours.

Sept autres enfants naîtront par la suite : Anne (1802-1857), Jean (1805-1847), Claudine (1807-1844), Marie (1810-1811), Joseph François (1813-1813), Marie Charlotte (1816-1818) et Marie Catherine (1819-1888). Trois de ces enfants décèdent en bas âge, mais heureusement pour le couple quatre vivront suffisamment pour pouvoir se marier.

Ainsi Anne, leur fille aînée, épouse Antoine CHAMPROUX en 1821. Puis Jean et Claudine épousent en 1831 Anne Marthe et Barthélémy MICHY, également frère et soeur (j’ai déjà eu l’occasion de vous présenter leur père Mathieu MICHY).

La donation-partage

Mais le couple vieillit. Anne SARRON, l’épouse de Jacques, commence à sentir la fin arriver. Le couple se décide à prendre ses dispositions pour leur succession à venir. Le 25 septembre 1833, ils se rendent donc chez Me MARTIN, notaire à Brousse (63) pour faire une donation-partage au profit de leurs quatre enfants.

« Ont comparu Jacques Anglade et Anne Sarron, son épouse, qu’il autorise spécialement à l’effet des présentes, propriétaires-cultivateurs, demeurant ensemble au lieu de Labat, commune d’Echandelis, […]
Lesquels, ne pouvant plus, à raison de leur âge et de leurs dettes, se livrer à une sage administration de leurs biens, voulant aussi prévenir, après leur mort, toutes dissensions entre leurs enfans, et leur épargner les frais d’un partage judiciaire, ont déclaré vouloir, par acte entre-vifs, procéder au partage anticipé de leursdits biens tant mobiliers qu’immobiliers,
Entre Anne Anglade, leur fille aînée, épouse d’Antoine Chanroux, cultivateur, demeurant au lieu du Cluel, commune d’Echandelis ; Jean Anglade, aussi cultivateur, demeurant au lieu de Labat, même commune ; Claudine Anglade, épouse de Barthelemy Michy, cultivateur, demeurant aud lieu de Labat et Marie-Catherine Anglade, sans profession, demeurant avec eux aud lieu de Labat, cette dernière … mineure, mais assistée du tuteur adhoc ci-après nommé »

Ils font tout d’abord un bilan de ce qu’ils ont déjà donné à leurs enfants :

  • Jean a reçu, lors de son contrat de mariage du 2 juin 1831, le demi quart de tous leurs biens à titre de préciput et hors part, et la jouissance d’une terre et d’un héritage dont il n’a jamais profité, ayant continué d’habiter avec eux ;
  • Claudine, par contrat de mariage du 22 septembre 1831, a reçu, à titre de préciput et hors part, l’autre demi quart de tous leurs biens et la jouissance d’un pré, d’une terre, d’un pré et pachier. Les parents ANGLADE doivent à leur gendre les intérêts d’une somme de 1216F qu’il leur avait prêtée, et dont ils se sont libéré la veille au moyen d’une vente ;
  • Enfin Anne, par son contrat de mariage du 19 septembre 1821, a reçu un trousseau de 250F, une somme de 3600F et un bois sapin estimé 400F. Elle et son mari déclarent vouloir s’y tenir, ne souhaitant ni réclamer leur part dans les successions, ni contribuer aux dettes et charges.

La masse des biens immeubles à partager, dont le revenu annuel est estimé à 231F, est constituée des immeubles suivants:

  • un bâtiment, composé de maison, grange, étables, jardin et clouvel ;
  • un autre bâtiment, couvert à paille, appelé grangette, avec le petit jardin attenant ;
  • un bâtiment couvert à paille, composé de maison et grange, avec une cave attenant, couverte à tuiles, plus un petit pré contenant entour quatre ares, et un emplacement pour du fumier ;
  • et divers prés, buges, terres, pachiers, bois et pacages, situés sur les communes d’Echandelys, Saint-Eloy-la-Glacière et Aix-la-Fayette.
Labat
Vue aérienne du village de Labat, commune d’Echandelys – Géoportail

Les parents ANGLADE répartissent ces biens en trois lots attribués à leurs enfants :

  • Jean aura entre autres parcelles, les deux principaux bâtiments en indivis avec Claudine ;
  • Claudine aura l’autre moitié indivise des bâtiments et diverses pièces de terre ;
  • Marie Catherine, leur fille mineure, aura le bâtiment appelé grangette et un certain nombre de parcelles également. Jean et Claudine lui verseront de plus 297F 50c chacun ;
  • Anne, comme convenu, n’aura rien de plus que ce qui lui a été attribué par son contrat de mariage. Or les 3600F ne lui avaient pas encore été payés : ses frère et sœurs s’engagent donc à lui verser 3735F en argent (en tenant compte des intérêts). Son lot étant de moindre valeur que les autres, elle sera dispensée de concourir au paiement des dettes et de la pension.

En ce qui concerne les objets mobiliers, partagés à l’amiable et représentant un total de 630F, ils consistent en:

  • huit vaches ou velles, avec leurs attaches en fer (400F)
  • deux chars et deux barrots (50F)
  • trois charrues, garnies de leurs règles (6F)
  • deux chaudrons (10F)
  • quatre marmites (10F)
  • deux armoires usées et une huche (20F)
  • une pendule (40F)
  • un coffre, une table et un charnier (4F)
  • deux chaînes en fer, usées (8F)
  • une crémaillère, une poêle et une lampe (2F)
  • quatre lits garnis (60F)
  • poterie, ou autres objets (10F)
  • deux pioches, deux bigots, des fourches de fer, pênes et bâches (10F)

Jacques et Anne se réservent cependant leur vie durant « un lit garni, deux armoires, une poêle, une cremalière, des pêle et pincette, un chaudron, une marmite, un charnier, un coffre et une huche. »

Les trois enfants bénéficiaires devront loger leurs parents dans la maison, les laisser jouir d’un quart du jardin et leur payer pour rente annuelle et viagère « trente deux doubles décalitres de seigle, vingt-quatre doubles décalitres de pommes de terre, et cent quatre-vingts francs argent. » Ils devront enfin payer toutes leurs dettes, s’élevant à 8105F.

sign
Donation-partage ANGLADE à Brousse (signatures) – 1833 – AD63

Deuils en série

Anne SARRON décède seulement sept mois après la donation-partage : elle s’éteint le 19 avril 1834 à l’âge de 59 ans. Sa déclaration de succession nous apprend qu’elle délaisse pour tous biens deux robes (8F), quatre tabliers (4F), deux coiffes et trois paires de bas (5F) ainsi que trois chemises (3F).

L’année suivante, la plus jeune fille du couple, Marie Catherine, convole en justes noces avec Damien ROUVET. Les années s’écoulent ensuite au rythme des saisons et des naissances des nombreux petits-enfants de Jacques ANGLADE.

Mais il va par la suite connaître la douleur de perdre deux de ses enfants dans la force de l’âge : Claudine décède en 1844 à l’âge de 36 ans, et Jean en 1847 à 41 ans.

Epilogue

Jacques ANGLADE s’éteint finalement le 18 avril 1853 au village de Labat, où il est né et où il a passé les 77 ans de sa vie, et ce presque dix-neuf ans jour pour jour après le décès de son épouse.

PENTAX Image
Décès de Jacques ANGLADE à Echandelys – 1853 – AD63

« L’an mil huit cent cinquante trois et le dix neuf avril à huit heures du matin pardevant nous Antoine Louis Chaboissier maire et officier de l’état civil de la commune d’Echandelis, canton de Saint-Germain l’Herm, département du Puy-de-Dôme, sont comparus Antoine Montat agé de quarante huit ans, et Antoine Chevalier agé de soixante douze ans, cultivateur, habitans le lieu de Labat commune d’Echandelis, lesquels nous ont déclaré que le jour d’hier à trois heures du soir, Jacques Anglade, leur voisin, agé de soixante dix huit ans, cultivateur, habitant le lieu de Labat commune d’Echandelis, époux d’Anne Sarion, est décédé en sa maison audit lieu de Labat, ainsi que nous nous en sommes assuré ; les comparans ont déclaré ne savoir signer après que lecture du present acte leur a été faite que nous avons signer lesdits jour et an. »

 

6 réflexions sur “Jacques ANGLADE, cultivateur à Echandelys (63)

  1. Briqueloup

    Les cadettes qui de surcroît sont des filles apparaissent particulièrement bien considérées ici.
    Dans ma famille maternelle vivant en Auvergne, le fils aîné est avantagé en héritant de la meilleure part des terres et de la maison.

    Aimé par 2 personnes

  2. Je trouve toutes les histoires de nos ancêtres très touchantes, d’autant que la vie ne les a pas toujours épargnés. Je me pose cependant une question. Anne n’était-elle pas déjà malade au moment de la donation partage ? Ce qui expliquerait cette prévoyance ?

    Aimé par 1 personne

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