Fruitiers à Paris (3/3) : Pierre Louis Germain LUCAS et Marie Marguerite DALLEMAGNE

Voici le troisième et dernier article de la série consacrée à mes ancêtres fruitiers à Paris : après Jean Nicolas DALLEMAGNE et Marie Marguerite Rose LUCAS, je vous parle du père de cette dernière, Pierre Louis Germain LUCAS.

Sa naissance à Conflans-Sainte-Honorine

Pierre Louis Germain LUCAS naît à Conflans-Sainte-Honorine (78) le 11 janvier 1790. Ses parents, Germain LUCAS et Marie Honorine LECOCQ, sont vignerons.

1790-01-11 naissance Lucas Pierre Louis Germain
Baptême de Pierre Louis Germain LUCAS à Conflans-Sainte-Honorine – 1790 – AD78

Pierre Louis Germain perd son père très jeune : il décède le 23 fructidor an II à l’âge de 37 ans, alors que lui-même n’a que 4 ans.

Il a deux sœurs aînées, prénommées Marie Honorine et Marie Anne Germaine, qui épouseront respectivement Guillaume et Thomas FLOT.

Son mariage avec Marie Marguerite DALLEMAGNE

C’est à 25 ans que Pierre Louis Germain se marie, le 27 octobre 1815, avec Marie Marguerite DALLEMAGNE, sans contrat de mariage. Elle est née le 10 octobre 1790 à Conflans et ses parents se nomment Charles DALLEMAGNE, pêcheur et vigneron, et Marie Catherine ALLAIN.

1815-10-27 mariage Lucas-Dallemagne
Mariage LUCAS-DALLEMAGNE à Conflans-Sainte-Honorine – 1815 – AD78

Le couple s’installe tout d’abord à Conflans, rue Basse, à côté de (avec ?) la mère de Pierre Louis Germain, comme on peut le constater dans la table du recensement de 1817.

recensement
Recensement de 1817 à Conflans-Sainte-Honorine – AD78

Ils y donnent naissance à deux filles : Marie Marguerite Rose (1820-1876) et Louise Marguerite (1822-1894).

On peut situer la maison familiale grâce au cadastre ancien de Conflans-Sainte-Honorine établi en 1821. Pierre Louis Germain LUCAS possède sur la commune des terres, six pièces de vigne et deux parcelles de bois.

cadastre 78 section G village
Possessions de Pierre Louis Germain LUCAS dans le village – Cadastre ancien de Conflans-Sainte-Honorine – 1821 – AD78 (maison en rouge, bois en vert foncé, terre en marron, jardins en vert clair)

Je ne sais pas à quelle date le couple quitte Conflans pour Paris, mais c’est entre 1822 et 1828.

Le partage avec ses soeurs

Pierre Louis Germain perd sa mère, Marie Honorine LECOCQ, le 1er août 1828. Les enfants se retrouvent deux jours plus tard (!), le 3 août 1828, chez le notaire Me LALOUETTE à Conflans,  pour procéder au partage. C’est à cette occasion qu’on apprend que Pierre Louis Germain LUCAS s’est installé à Paris en tant que fruitier.

partage
Partage LUCAS à Conflans-Sainte-Honorine – 1828 – AD78

« Furent présens : 1° Pierre Louis Lucas fruitier demeurant à Paris rue de la Chanvrerie n°25 ; 2° Marie Anne Germaine Lucas épouse de Thomas Flot cultivateur avec lequel elle demeure audit Conflans, de son mari présent duement autorisée ; 3° et Marie Honorine Lucas épouse de Guillaume Flot cultivateur avec lequel elle demeure audit Conflans, de son mari également présent spécialement autorisée »

La succession se compose de 64a 34ca de terre provenant de leur père, et 75a 49ca de terre provenant de leur mère. Les parcelles ont été séparées en trois lots, qu’ils ont ensuite tirés au sort. Pierre Louis hérite du premier lot, qui se compose de 47a 97ca (soit 96 perches deux sixièmes) en 18 pièces situées sur les terroirs de Conflans et Herblay.

Le 27 décembre 1829, Pierre Louis LUCAS, toujours fruitier à Paris, vendra sa maison située à Conflans, lieu-dit les Cornouilliers, à son beau-frère Thomas FLOT, moyennant 45F de rente perpétuelle, pour un capital de 900F : « ladite maison consistant en un cellier partie en carrière, écurie à côté, chambre au dessus petit grenier au dessus desdites chambres, escalier dans œuvre pour y monter, le tout couvert en tuiles, trou à fumier, toit à porcs dans l’écurie, jardin vis-à-vis ladite maison de l’autre côté de la rue, entouré de murs contenant environ soixante dix sept centiares. »

Fruitier à Paris

C’est donc au 25 rue de la Chanvrerie que s’est installé le couple. Ils y resteront au moins dix ans, car c’est toujours là qu’ils habitent lors du mariage de leur fille aînée en 1838. Disparue lors de la percée de la rue Rambuteau, cette rue reliait la rue Saint Denis à la rue Mondétour.

chanvrerie
Le 25 rue de la Chanvrerie – Cadastre de Paris par îlot – Archives de Paris

Ils quittent la rue de la Chanvrerie entre 1838 et 1840, pour s’installer au 45 rue du Faubourg Saint Martin.

stmartin
Le 45 rue du Faubourg Saint Martin, à l’entrée du passage Brady

Je connais malheureusement peu de choses sur cette période parisienne… Après leur départ, c’est une de leurs filles, Louise Marguerite, qui reprendra le commerce du 45 rue du Faubourg Saint Martin.

Le testament

Le 1er octobre 1840, à l’âge de 50 ans, Pierre Louis Germain LUCAS enregistre son testament devant Me HANRIOT, notaire à Conflans-Sainte-Honorine :

« Fut présent Mr Pierre Louis Germain Lucas, md fruitier demeurant à Paris rue du faubourg St Martin n°45, ce jour à Conflans dans le cabinet du notaire soussigné où il s’est transporté. Lequel sain d’esprit, mémoire et entendement, ainsi qu’il est apparu aux notaire et témoins soussignés, assis sur une chaise placée dans l’embrasure d’une croisée donnant sur la cour, a dicté aud notaire en présence des dits quatre témoins son testament ainsi qu’il suit »

Il lègue à son épouse, Marie Marguerite DALLEMAGNE, un quart de ses biens meubles et immeubles en toute propriété et un autre quart en usufruit.

signatures
Testament de Pierre Louis LUCAS à Conflans-Sainte-Honorine (signatures) – 1840 – AD78

Vous noterez que Pierre Louis LUCAS a appris à signer depuis son mariage mais qu’il est très mal à l’aise avec l’écriture !

Retour à Conflans-Sainte-Honorine

Le couple LUCAS-DALLEMAGNE revient à Conflans-Sainte-Honorine peu après, entre 1840 et 1841, après une douzaine d’années passées à Paris. Ils deviennent cultivateurs et emménagent rue Basse, dans une maison appartenant en propre à Marie Marguerite DALLEMAGNE, dont elle a hérité de sa mère par un partage du 19 novembre 1820. Ils seront amenés au fil du temps à y faire « diverses réparations et augmentations » évaluées à la somme de 500F.

Cette maison se situerait sur les parcelles en possession du couple en 1821, constituées de terre et de bois sur le cadastre de 1820 (voir plus haut).

1841
Recensement de 1841 à Conflans-Sainte-Honorine – AD78

Dans les années qui vont suivre, Pierre Louis Germain LUCAS va effectuer de nombreuses transactions, à la fois chez le notaire et via des actes sous seing privé :

  • le 4 juillet 1841, pour vendre six pièces de terre à Jean Louis DUMESNIL de Chennevière commune de Conflans, moyennant 100F ;
  • le 27 octobre 1844, pour vendre 26a 53ca de terre en sept parcelles à Jean Martin LUCAS et Caroline Victoire TREMBLAY son épouse de Neuville, commune d’Eragny-sur-Oise, moyennant 20F de rente annuelle perpétuelle, au capital de 400F ;
  • le 17 novembre 1844, pour acquérir suite à une adjudication pour 205F 90c d’immeubles aux héritiers FLOT ;
  • le 5 janvier 1845, pour donner quittance aux héritiers FLOT de 900F payés pour remboursement d’une rente de 45F annuelle et perpétuelle (correspondant à la vente de la maison qui a eu lieu en 1829) ;
  • le 24 avril 1845, pour vendre 1a 53ca de terre à Guillaume FLOT moyennant 18F ;
  • le 9 novembre 1845, pour acheter quatre pièces de terre aux héritiers FLOT moyennant 100F ;
  • le même jour, pour vendre 9a 32ca de terre en deux pièces à François Antoine LACROIX moyennant 120F ;
  • le 10 novembre 1845, pour vendre une pièce de 1a 75ca de terre à Jean Baptiste Etienne CHAPELLIER moyennant 20F ;
  • le 8 décembre 1845, pour vendre 12a 75ca de terre en deux pièces sur Herblay à Jean Pierre LACROIX moyennant 40F ;
  • le 5 avril 1847, pour vendre un clos à Jacques Guillaume LEPRINCE et Angélique Marie LACROIX moyennant 350F de rente perpétuelle, pour un capital de 7000F. Il s’agit d’un « enclos de la contenance de un hectare cinquante trois ares vingt deux centiares situé sur le terroir de Conflans lieud. le Prieuré tous entouré de murs garnis d’espaliers & planté partie en vigne & arbres fruitiers et partie en céréales. » Eux-mêmes l’avaient acquis le 23 novembre 1832 pour 2400F (payés comptant) auprès de Jean François LHERITIER, officier d’état major demeurant à Paris rue de Grenelle St Germain à l’école d’Etat major : vous noterez qu’ils ont fait une belle plus-value !
  • à une date « dont les parties ne se rappellent plus » , pour vendre 6a 20ca de terre aux sieurs RIGAULT et JOLLIVET, moyennant 68F.

Décès, notoriété et succession

Pierre Louis Germain LUCAS décède le 23 juin 1847 à Conflans à l’âge de 57 ans.

1847-06-23 décès Lucas Pierre Louis Germain
Décès de Pierre Louis Germain LUCAS à Conflans-Sainte-Honorine – 1847 – AD78

La succession est réglée un mois plus tard, le 30 juillet 1847.

Tout d’abord, un acte de notoriété est établi : « Mr Pierre Noël Leroux, charron, et Mr Pierre Charles Cappry, md boulanger » attestent qu’il n’a pas été fait d’inventaire, que les héritières sont « 1° Marguerite Rose Lucas, épouse de Mr Jean Nicolas Dallemagne md fruitier demeurant à Paris rue des deux Portes St Sauveur n°6 ; 2° Et Marguerite Louise Lucas, veuve de M Pierre Isaï Preel, mde fruitière demeurant à Paris rue du Faubourg St Martin n°45 » chacune pour moitié, et qu’en conséquence le testament passé le 1er octobre 1840 « peut recevoir sa pleine et entière exécution. »

notoriété
Acte de notoriété LUCAS à Conflans-Sainte-Honorine – 1847 – AD78

S’ensuit la liquidation de la communauté et de la succession par la veuve et ses deux filles.

En commençant par la communauté : la masse active s’élève à 16523F 70c, parmi lesquels 400F de mobilier, 1000F en deniers comptants, le capital et les arrérages de diverses rentes, et 29a 64ca de terre en sept parcelles ; la masse passive s’élève à 1318F correspondant aux reprises que les époux ont à exercer dans la communauté. L’excédent vaut donc 15205F 70c, dont moitié appartient à la veuve et moitié à la succession.

Puis la succession : la masse active s’élève à 8643F 85c, correspondant aux droits du défunt dans la communauté ; la masse passive ne se compose que de 150F dépensés pour les frais funéraires, laissant un excédent de 8493F 85c. Un quart en revient à la veuve en propriété, et les trois quarts aux deux filles (dont un autre quart en usufruit pour la veuve).

Par la même occasion, Marie Marguerite DALLEMAGNE veuve LUCAS fait donation à ses filles, chacune pour moitié, de sa part dans une rente de 20F et de toutes les valeurs mobilières lui revenant, à l’exception du mobilier. Ces dernières procèdent au partage des valeurs mobilières leur revenant (par succession et par donation), soit 15319F 15c (7659F 57c chacune). Enfin, elles s’obligent à payer à leur mère une pension viagère de 320F, de laquelle elles s’acquittent en lui abandonnant l’usufruit de toutes les valeurs mobilières et immobilières.

succession
Succession LUCAS à Conflans-Sainte-Honorine – 1847 – AD78

Epilogue

La veuve de Pierre Louis Germain LUCAS, Marie Marguerite DALLEMAGNE, lui survivra moins de trois ans : elle décède le 16 mars 1850 à l’âge de 59 ans.

Une déclaration de notoriété en date du 7 avril atteste qu’il n’a pas été fait d’inventaire et que ses filles, toutes les deux marchandes fruitières à Paris, sont héritières chacune pour moitié ; enfin que la défunte possédait l’usufruit de deux inscriptions de rente 5% (l’une de 300F et l’autre de 80F), dont ses filles possédaient déjà la nue propriété.

Ses filles vendent les meubles le même jour 7 avril pour un montant de 290F 30c : elles liquident les meubles (un poêle et ses tuyaux, deux couchettes, une table de nuit, deux commodes, deux huches, une table, une petite table, un coffre, un buffet, un secrétaire, une armoire, cinq chaises et un fauteuil), les ustensiles ménagers (une signole et un rouet, un seau à eau et deux petites casseroles, un fourneau en fer blanc et deux trépieds, deux lots de vaisselle en terre, un seau en fer blanc, seize bouteilles, une selle à laver et une boîte, un seau à eau et un petit cuvier, une petite chaudière, un petit baquet, un cuvier et sa selle, un lot de paniers), les outils (une croisée et deux lots de ferraille, un lot d’outils de culture, une serpe et une cognée, une plaine, deux vieilles futailles, un lot de chaine), et divers autres objets (un plat à barbe, cinq rasoirs et leur boite, deux chapeaux et un carton, huit tableaux, une fontaine, deux glaces, trois sacs de farine, deux sacs de seigle, un sac de cendre).

Sans titre
Vente mobilière LUCAS à Conflans (signatures) – 1850 – AD78

C’est ensuite la maison qui est vendue le 18 avril 1850 à leurs oncle et tante Guillaume FLOT et Marie Honorine LUCAS, pour une somme de 1500F :

Sans titre
Vente LUCAS-FLOT à Conflans – 1850 – AD78

« Une maison sise à Conflans Ste Honorine lieudit la rue basse, consistant en un corps de batiments sur le devant composé par bas d’une porte sommière, cuisine à côté, deux chambres dessus la cuisine et la porte sommière, grenier dessus, le tout couvert en tuiles, cour derrière close de murs au fond de laquelle trois beauves carrières, toit à porcs, petit jardin de l’autre côté de la rue de la contenance de un are cinquante trois centiares environ.
La maison tient d’un côté Dallemagne, d’autre coté une ruelle, par devant la rue basse, par derrière les escarpements, sur lesquels est la rue de la Savatterie.
Le jardin tient d’un coté la rue basse d’autre le chemin de hallage, d’un bout Dallemagne, d’autre bout la ruelle qui descent à la rivière. »

Tous les autres biens immobiliers du couple LUCAS-DALLEMAGNE seront aussi vendus dans l’année.

 

6 réflexions sur “Fruitiers à Paris (3/3) : Pierre Louis Germain LUCAS et Marie Marguerite DALLEMAGNE

  1. Encore une vie bien documentée, fruit ( si je peux me permettre ce jeu de mot) de longues recherches. Je trouve touchant cette signature de Pierre Louis qui a appris à signer. On ressent tout le soin et la fébrilité du geste.
    Merci Christelle pour ce nouvel article !

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Sébastien ! En effet c’est le genre de petit détail qui donne encore plus de vie à nos ancêtres. Les recherches sur cette famille sont à vrai dire plutôt aisées car les fonds notariés sont très riches et le Fil d’Ariane des Yvelines est particulièrement efficace (un grand merci à eux !). Merci à toi pour tes fidèles lectures 🙂

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s