#RDVAncestral – liquidation totale à Conflans-Sainte-Honorine (78)

Le #RDVAncestral est un projet d’écriture mêlant littérature et généalogie, dont la règle du jeu est la suivante : Je me transporte dans son époque et je rencontre un aïeul. L’ensemble des publications peut être consulté sur un site dédié. Ceci est ma quatrième participation à ce rendez-vous qui a lieu tous les troisièmes samedis du mois.

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Ca y est, enfin les vacances ! Les valises sont prêtes, la voiture est chargée, je fais une dernière fois le tour de la maison pour être sûre de ne rien oublier. Je suis contente de faire un break, et je compte bien en profiter au maximum. Je ferme la porte à double tour. Mais lorsque je me retourne pour me diriger vers la voiture, c’est dans un tout autre endroit que je suis plongée !

Je me trouve dans une petite maison où se presse un grand nombre de personnes (presque plus que la pièce ne peut en accommoder), qui sont apparemment affairées à examiner les meubles. Je fais moi aussi le tour de la pièce, essayant de comprendre ce qui se passe. Un homme semble surveiller cette joyeuse foule : selon toute apparence il s’agit d’un notaire. Plus loin, j’aperçois une vieille femme assise dans un coin sur un banc. Elle semble regarder dans le vide et ignorer l’agitation autour d’elle. Je vais m’asseoir à ses côtés.

– Il y a du monde n’est-ce pas ?, me demande-t-elle.

Je suis surprise d’être ainsi abordée. D’ordinaire, lors de mes incursions dans le passé, personne ne remarque ma présence. Mais la vieille femme continue à me parler.

– Il y a M. Julliard, Pierre Cochon, le père Pacault, Jean-Baptiste Jollivet, Mme Battendier, Eustache Jollivet, Mme Delépine, Eugène Maître, Louis Cové, la veuve Bourdet, Pierre Jollivet, Baptiste Heurtin, Antoine Bergeron, Mme Fouillère, et Léopold de chez M. Paris. Ah oui, ça en fait du monde. Et là c’est ma fille, Clotilde Joséphine Clairbaut.

Clotilde Joséphine CLAIRBAUT, née DALLEMAGNE… Ca y est, j’y suis ! Je suis donc en train de parler à mon ancêtre Clotilde Adélaïde CAFFIN, veuve DALLEMAGNE, et je me trouve à Conflans-Sainte-Honorine (78), place du Port !

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Conflans-Sainte-Honorine. – Vue panoramique. – L’église – 3Fi6470 – AD78

– Ca me fait drôle vous savez, de tout vendre comme cela. Mais bon, c’est ainsi, je n’ai plus le choix. Je suis trop vieille pour continuer à vivre toute seule ici, je vais aller vivre chez ma fille et mon gendre, alors je n’ai plus besoin de tout ça. L’argent que je vais récupérer de la vente me sera plus utile pour m’aider à vivre.

Elle semble résignée, à peine émue.

– Vous savez, nous sommes le 27 juillet 1862. Je vais avoir 77 ans dans deux jours. Oh, je ne me plains pas de la vie que j’ai eue, même si ça n’a pas toujours été facile. Mon mari est parti bien trop tôt malheureusement. Imaginez, ça a fait trente ans cette année que je suis devenue veuve… On avait un commerce de fruitier à Paris. Mais quand il est mort, ça n’a plus été pareil, alors je suis revenue à Conflans. J’avais des rentes, donc j’ai pu vivre correctement, sans dire que je roulais sur l’or.

Je ne sais pas trop si je dois intervenir ou si je dois la laisser parler. Elle semble juste avoir envie de se confier, donc je prends le parti de me taire.

– J’ai eu deux beaux enfants. Malheureusement, mon garçon Jean Nicolas n’a pas vécu vieux… 31 ans… (Elle soupire) Et puis ma fille, Clotilde Joséphine, que vous voyez là. Elle et son mari ont toujours été présents pour moi et pour leurs neveux. Heureusement qu’ils sont là tous les deux.

Les cloches de l’église se mettent à sonner. Il est midi. Le notaire fait cesser le brouhaha ambiant : la vente va commencer. Il présente un à un les objets dont mon ancêtre a pris la décision de se débarrasser. Poteries, fourneau, pelle, pincette, soufflet, pot à beurre, panier, casseroles, scie, balais, flambeaux, vases à fleurs, tout y passe. Les enchères se passent dans le calme et la discipline, les objets partent au plus offrant.

Vient ensuite un plateau et service à thé composé de onze pièces. Puis c’est au tour des décorations : deux tableaux représentant le roi Louis Philippe et la reine (qui sont achetés par Clotilde Joséphine : ils continueront donc à agrémenter le décor de mon ancêtre), un tableau représentant l’empereur Napoléon Premier, un lot de gravures encadrées et une glace.

 

 

C’est ensuite la literie et les rideaux qui partent à différents acquéreurs, avec un lit en poil de lapin. Enfin ce sont les meubles : une table de nuit, une petite table ronde, un petit guéridon, deux glaces, une commode, une armoire, un fauteuil et deux chaises. La fille de mon ancêtre achète une pendule, une couchette, un matelas et un lit de plume : comme ça, sa mère ne sera pas trop dépaysée, il faut la ménager à son âge.

Pendant tout ce temps, ma voisine est restée silencieuse. La maison est vide à présent. Les acheteurs s’en sont allés. Les objets aussi.

– 481F80. C’est mieux que ce que j’aurais pensé. Ca va bien me servir. Maintenant je vais aller m’installer chez ma fille à Paris. Elle y est fruitière avec son mari, rue Saint André des Arts, n°67. Ca va me rappeler ma jeunesse !

Clotilde Joséphine apparaît dans l’encadrement de la porte, elle a fini de charger les quelques meubles dont elle a fait l’acquisition. Elle fait un signe à sa mère, il est temps d’y aller. Mon ancêtre se lève et se dirige vers la porte, tournant le dos à ce qui fut sa vie.

Pour moi aussi il est temps de partir. Je ferme les yeux et je me retrouve devant ma porte. Allez, cette fois, il est temps de partir en vacances !

Quant à Clotilde Adélaïde CAFFIN, elle s’éteindra un an plus tard, le 7 août 1863. Elle n’aura pas passé longtemps à Paris, sa fille et son gendre étant revenus s’installer entre temps comme rentiers à Conflans : c’est ainsi dans sa ville natale qu’elle fermera définitivement les yeux à l’âge de 78 ans.

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12 réflexions sur “#RDVAncestral – liquidation totale à Conflans-Sainte-Honorine (78)

  1. A force de te lire, la famille DALLEMAGNE nous semble presque familière. On vit ici un moment bien difficile, d’autant qu’il se passe du vivant de la propriétaire. Ces ventes sont des sources inestimables pour le généalogiste, mais mais me laissent toujours un sentiment de tristesse, notamment lorsqu’elles sont réalisées après décès pour éponger les dettes du défunt… toute une vie liquidée en quelques heures…

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