A comme Amour : les dispenses de consanguinité

Le thème de ce challengeAZ 2018 est ma branche morvandelle. Pour cette lettre A, je vais vous parler d’Amour…

En tant que généalogiste, il m’arrive souvent de m’interroger sur la vie de mes ancêtres. Certes ils n’avaient pas une vie facile, ils devaient travailler dur, gagner peu, subir les épidémies et les calamités… mais pour autant, étaient-ils heureux ?

S’il est bien difficile de répondre à ces questions, certains documents peuvent nous donner des éléments de réponse. Les dispenses de consanguinité, lorsque l’on a la chance d’en trouver, sont de ceux-là.

Ma branche morvandelle, que nous allons suivre tout au long de ce challenge, est une branche très peu mobile géographiquement, ce qui implique de nombreux cousinages ou implexes (j’y reviendrai). Et qui dit implexe sous l’Ancien Régime, dit dispense de consanguinité dès lors que le degré de parenté est suffisamment proche.

J’ai jusque-là identifié huit dispenses de consanguinité concernant mes SOSAs morvandiaux, toutes obtenues auprès de l’évêque d’Autun. De la plus récente à la plus ancienne, nous trouvons :

  1. Sébastien FICHOT et Françoise PERNIER, mariés en 1759 à Cervon, parents au 4e degré
  2. Jacques PETITIMBERT et Marie PETITIMBERT, mariés en 1756 à Mhère, parents au 3e degré
  3. Léonard PETITGUILLAUME et Marie RAVET, mariés en 1753 à Mhère, parents au 3e degré
  4. Dominique RENAULT et Madeleine BOURDOT, mariés en 1743 à Mhère, parents du 3e au 4e degré
  5. Edmé PERRIER et Marguerite PERRIER, mariés en 1716 à Cervon, parents au 4e degré
  6. Jean GAULON et Françoise TIXIER, mariés en 1705 à Mhère, parents au 4e degré
  7. Philibert GAUTHE et Claudine PAUPERT, mariés en 1684 à Gâcogne
  8. Gabriel PERRIER et Guillemette GAUTERON, mariés en 1680 à Cervon, parents au 4e degré

Toutes les dispenses ne nous sont malheureusement pas parvenues, et les fonds présentent de nombreuses lacunes. J’ai cependant la chance d’avoir retrouvé trois d’entre elles (par l’intermédiaire des bénévoles du Fil d’Ariane que je remercie chaleureusement !). Trois sur huit, ce n’est pas si mal finalement !

Il s’agit des dispenses numérotées 3, 4 et 6 dans la liste ci-dessus, et je ne résiste pas à en partager des extraits avec vous. Comme je vous laisse le découvrir, même si le second a plutôt l’air d’être un mariage « de raison » (quoique…), il semble que les deux autres soient bien des mariages d’amour, ce qui me rassure tout de même !

J’espère avoir la chance de trouver des documents de ce type sur mes autres branches également, ils rendent nos ancêtres tellement plus vivants et plus attachants !

Léonard PETITGUILLAUME et Marie RAVET

Léonard PETITGUILLAUME et Marie RAVET, décidés à se marier (ce qu’ils feront le 28 novembre 1753 à Mhère) demandent une dispense de consanguinité, qui permet d’établir leur cousinage :

dispense Petitguillaume-Ravet
Dispense de consanguinité PETITGUILLAUME-RAVET – AD71 – 1753

Le père MOREAU, curé de Mhère mandaté par l’évêque d’Autun, réalise son enquête pour connaître leurs raisons :

  • Le suppliant Léonard PETITGUILLAUME, laboureur à Prélouis, âgé de 18 ans, répond qu’ « il l’a fréquentée depuis quelque temps et ce du consentement de sa famille, à cause des bonnes qualités qu’il trouve dans la suppliante, qu’il l’a vue avec tous les sentiments d’honnêteté requis en pareil cas, qu’il se croira heureux avec elle en ce qu’elle est de bonne conduite et qu’elle aidera à sa mère, qui commence à être infirme, à élever ses frères et sœurs qui sont encore en bas âge, que toutes ces raisons ensemble l’avaient déterminé à rechercher cette alliance. Interrogé s’il ne s’était rien passé entre eux qui fut contraire aux bonnes mœurs, il a répondu que non.« 
  • La suppliante Marie RAVET, âgée de 21 ans, veuve de Claude JEANGUIOD laboureur à Prélouis, demeurant avec son père et sa mère laboureurs au même lieu, répond « qu’ils se sont vus depuis quelque temps avec toute la modestie et l’honnêteté possible et avec l’agrément de ses père et mère, qu’elle l’aime bien et qu’elle le préfère à tous autres qui pourraient se présenter, qu’en l’épousant elle se trouve en état de vivre plus heureusement d’autant que c’est un avantage pour elle en considération de ses petites facultés, que toutes ces raisons ensemble l’avaient déterminée à accepter cette alliance. Interrogée s’il ne s’était rien passé entre eux qui fut contraire aux bonnes mœurs, elle a répondu que non.« 
  • Dominique BONET maréchal à Liez de la même paroisse, âgé de 67 ans, grand-oncle paternel de Marie à cause de Françoise RAVET sa première femme, a dit que « ce mariage convient en ce que les parties sont voisins et se sont fréquentés honnêtement depuis quelque temps et qu’il est très nécessaire audit Léonard suppliant à cause de sa mère qui, étant infirme et ayant plusieurs enfants encore jeunes, la suppliante lui aidera à les élever et gouverner son ménage, de plus que c’est un grand avantage pour la suppliante et qu’elle aurait de la peine à trouver un semblable établissement.« 
  • Joseph MONTILLOT, laboureur à Prélouis âgé de 48 ans, oncle maternel de Léonard à cause de Jeanne MONTILLOT sa sœur, a dit que « le mariage convient très bien à cause des bonnes qualités qu’il trouve dans la suppliante et qu’elle sera d’un grand secours à sa sœur qui commence à être infirme et que cela pourra faire tort à la suppliante si elle ne l’acceptait à cause qu’il y a du temps qu’ils se fréquentent l’un et l’autre et ce cependant très honnêtement.« 
  • Jean RAVET, laboureur à Prélouis âgé de 56 ans père de Marie, a dit que « ce mariage convient très fort à sa fille en ce qu’elle trouve son avantage en épousant le suppliant et que si elle manquait de l’épouser elle aurait bien de la peine à trouver un pareil arrangement à cause de la longue fréquentation qu’ils ont eu ensemble quoique très honnête.« 

Dominique RENAULT et Madeleine BOURDOT

Dominique RENAULT et Madeleine BOURDOT demandent une dispense de consanguinité afin de pouvoir se marier le 15 janvier 1743 à Mhère, vu leur degré de parenté :

dispense Mineau-Bourdot
Dispense de consanguinité MINEAU-BOURDOT – AD71 – 1742

La dispense nous décrit l’enquête menée par le curé MOREAU (encore lui), assisté du curé de Vauclaix :

  • Emiland RENAULT, laboureur à Prégermain âgé de 50 ans, grand-oncle paternel du suppliant, a dit qu’ « il ne serait guère possible que les suppliants trouvassent à se marier plus avantageusement, parce que leurs biens sont enclavés et le hameau très petit.« 
  • Dominique MINEAU, grand-oncle maternel du suppliant âgé de 60 ans, laboureur, a dit que « les suppliants s’étant fréquentés, ce mariage convenait.« 
  • Jacques de PREGERMAIN, laboureur âgé de 50 ans, oncle de la suppliante, a dit que « rien ne convenait mieux que ce mariage, à cause qu’ils se sont fréquentés, mais honnêtement, que leurs biens sont enclavés.« 

Jean GAULON et Françoise TIXIER

Jean GAULON et Françoise TIXIER se marient le 24 novembre 1705 à Mhère, après avoir obtenu une dispense à cause de leur parenté :

dispense Gaulon-Tixier
Dispense de consanguinité GAULON-TIXIER – AD71 – 1705

L’unique témoin entendu par le curé de Corbigny est Françoise DAIGNAULT, aïeule de l’épouse demeurant en Vaux, commune de Montigny-en-Morvan. Elle explique :

« Pour ce qui est des raisons que les parties peuvent avoir de se prendre en mariage, ils n’en ont point d’autre que l’amitié qu’ils ont contractée ensemble, à cause de la demeure que led Gaulon a faite dans la maison du père de lad Francoise Tixier en qualité de valet pendant trois ans et de l’extrême pauvreté de l’un et de l’autre qui empêcheroit leur établissement.« 

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14 réflexions sur “A comme Amour : les dispenses de consanguinité

  1. On remarque qu’avec ces mariages il y a une certaine sédentarité de la famille dans les mêmes lieux en effet. Les membres de la famille concernés sont proches les uns des autres ? Par exemple Léonard Petitguillaume et sa femme, sont-ils conscients d’être apparentés à Jacques et Marie Petitimbert ? En tout cas, c’est intéressant, c’est rare d’avoir autant de mariages consanguins dans une famille ! Et les dispenses sont vraiment des sources intéressantes pour saisir les motivations du « coeur »…

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    1. Difficile de savoir si les couples étaient conscients ou non de leur parenté… Ils l’étaient au moins assez pour savoir qu’ils devaient demander une dispense, mais peut-être aussi que cette prise de conscience n’a eu lieu qu’après qu’ils ont commencé à se fréquenter (les cousinages remontant en général aux AGP ou AAGP). Géographiquement, les deux venaient soit de la même paroisse soit de deux paroisses voisines.

      Aimé par 1 personne

  2. Bravo ! C’est mon rêve d’accéder un jour a ces dispenses de consanguinité … mon arbre maternel en est bourré et j’ai meme un couple qui a du se remarier (réhabilitation du mariage) après je ne sais combien d’années d’union et d’enfants à cause d’une consanguinité découverte tardivement

    Aimé par 2 personnes

  3. Briqueloup

    J’aurais tendance à imaginer nos ancêtres heureux et amoureux. Je n’ai jamais eu l’occasion de voir de telles dispenses.
    Quelle chance d’avoir ces documents où la situation est notée avec tant de détails !

    Aimé par 1 personne

  4. Je pense toujours que s’ils demandaient la dispense c’était pour un mariage d’amour .
    On ne peut exclure que cela devait arranger les familles de temps en temps, surtout dans les terres isolées comme le Morvan. Bel article. Merci.

    Aimé par 1 personne

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