Jules Henri CHAMPROUX (1886-1916), Mort pour la France

Le 11 novembre approche à grands pas, et avec lui la célébration du Centenaire de la Grande Guerre. Je prends donc un petit peu d’avance pour rendre hommage à Jules CHAMPROUX, mon arrière-arrière-grand-père, père et mari adoré mort à Verdun en 1916.

Origines à Condat-lès-Montboissier (63)

Jules Henri CHAMPROUX naît le 2 mai 1886 à Condat-lès-Montboissier (63), de Jean-Baptiste CHAMPROUX (1832-1914) et Marie ANGLADE (1840-1898). Il est le dernier enfant d’une fratrie de onze comprenant : Alexandre Marie (1864-1951), Antoine Auguste et Jean-Baptiste, jumeaux (1866), Pierre François (1867-1867), Jean-Pierre (1869), Marie Alexandrine (1873), Antoine Henri (1875), Jules (1877-1877), Jean-Marie (1880) et Pierre Eugène (1882-1931).

Le père de Jules est cultivateur et de scieur de long. Sa mère est ménagère. La famille habite au hameau de Meydat-Petit, commune de Condat.

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Portrait de Jules CHAMPROUX – Collection personnelle

Le jeune Jules exerce tout d’abord le métier de cultivateur et scieur de long, tout comme son père. Il part ensuite travailler à Paris en tant qu’ouvrier commis, où il réside au 18 rue du Coëdic (Paris 14e).

Service militaire

Jules Henri est appelé dans la classe de 1906 au recrutement de Clermont-Ferrand (63) sous le matricule n°1225. Il est incorporé le 7 octobre 1907 en tant que soldat de 2ème classe au 98ème Régiment d’Infanterie. Il passe soldat de 1ère classe le 24 juillet 1908 et se voit accorder le certificat de bonne conduite. Il est envoyé dans la disponibilité le 25 septembre 1909, puis dans la réserve de l’armée active le 1er octobre 1909.

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Livret militaire de Jules CHAMPROUX – Collection personnelle

Son signalement dans son dossier militaire est le suivant :

« Cheveux et sourcils châtains, yeux gris, front couvert, nez droit, bouche moyenne, menton rond, visage rond. Taille : 1 m. 62 cent. Degré d’instruction générale : 2. »

Mariage et vie de famille

Jules Henri s’éprend de Jeanne Marie Éléonore DUTOUR, née le 2 octobre 1885 à Egliseneuve-des-Liards (63), où elle réside avec ses parents, Joseph DUTOUR (1844-1919), tailleur de pierre, et Euphrasie VAISSE (1862-1934), ménagère. Les deux jeunes gens se fréquentent dès 1904, comme en témoignent les cartes postales qu’il lui envoie lorsqu’il s’éloigne de la région pour travailler.

Jules et Jeanne se marient le 16 octobre 1909 à Egliseneuve-des-Liards.

Le 10 décembre 1909, peu après leur mariage, le couple emménage au 3 rue Muller (Paris 18e). Ils déménagent au 17 rue Vergnier (Paris 17e) le 20 janvier 1910, au 30 rue du Poteau (Paris 18e) le 29 novembre 1910, au 28 rue Muller (Paris 18e) le 6 mai 1911.

Une première fille, Germaine (mon arrière-grand-mère, que j’ai eu la chance de connaître), naît à Paris 4e moins d’un an après leur mariage, le 30 juillet 1910. Elle est presque aussitôt envoyée à Egliseneuve-des-Liards pour être élevée chez ses grands-parents, Joseph et Euphrasie DUTOUR.

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Adresses successives – Fiche matricule – AD63

Le couple s’installe par la suite à Saint-Ouen (93) le 16 octobre 1912 au 2 avenue de la Gare. Ils déménageront au n°23 de cette même rue le 8 avril 1914.

Une seconde fille, Aline, naît à Saint-Ouen le 18 février 1914.

Germaine, Jeanne et Aline CHAMPROUX (1915)
Jeanne DUTOUR et ses deux filles, Germaine et Aline CHAMPROUX – Collection personnelle

Mobilisation et correspondance de guerre

Suite à la déclaration de guerre, Jules Henri est mobilisé le 2 août 1914 au 358e Régiment d’Infanterie, 22e Compagnie.

Jules entretient pendant la guerre une correspondance nourrie avec son épouse Jeanne à Saint-Ouen qui vit avec la petite Aline, ainsi qu’avec ses beaux-parents à Egliseneuve qui gardent la petite Germaine.

Je ne vais pas ici vous retranscrire l’intégralité de cette correspondance (ce serait beaucoup trop long), mais seulement quelques extraits choisis.

Jules CHAMPROUX (3)
Photo-Carte du 14 janvier 1915 : « Je viens de recevoir mes photos alors je m’empresse de te la faire parvenir afin que tu la reçoives bientôt je ne sais si tu me reconnaitras car j’ai bien changé jusqu’à présent je n’ai cependant pas maigri au contraire sur ma photo je suis plutôt bouffi cependant c’est à peu près ma ressemblance. En tout cas crainte de pas me reconnaitre j’ai fait une croix au dessus de moi, inutile de te le dire sitôt reçu tu me le feras savoir, et comment que me trouves. »

6 novembre 1915 : « Vers nous c’est toujours à peu près pareil aujourd’hui il fait pas mauvais, sauf que les boches nous envoyé quelques gros pain de sucre, mais on leur a rendu ça enfin vers nous c’est notre travail. […] Ces jours ci je travaille à te faire une autre bague a temps perdu mais c’est plus dur que l’aluminium ça sera plus long à faire. Enfin je prendrai mon temps. »

1915 souvenir Champroux
Souvenir des Tranchées – Collection personnelle

9 avril 1916 : « Vers nous c’est toujours pareil, aujourd’hui il y a un peu les brouillards mais il fait pas froid, aujourd’hui je t’envoie un autre petit colis il y a 2 porte plumes faits avec des balles boches, puis une bague si elle te va garde la pour toi et si elle te va pas tu la donneras à la belle sœur Hélène. On doit remonter aux tranchées demain matin le 10 si j’ai le temps je t’enverrai autres deux mots. […] Dans l’attente d’autres bonnes nouvelles je termine ma lettre en vous couvrant de mes plus doux baisers et caresses, sans oublier notre Germaine. Ton époux et papa chéri pour toujours. »

Le ton des lettres commence à changer à partir du 9 juin 1916 : le départ sur Verdun approche…

9 juin 1916 (à ses beaux-parents) : « C’est toute ma division je pense qu’on va partir cette nuit je pense qu’on doit se diriger sur V. mais peut être qu’on nous donnera quelques jours de repos avant d’aller à la boucherie car on est pas courageux enfin qu’est-ce que vous voulez faut y passer celui qui s’en sauvera aura une rude chance, en tout cas si je suis pas victime je vous écrirai aussi souvent que je pourrai. […] En tout cas j’espère que vous tacherez de ne pas vous faire des misères les uns les autres car on a tous besoin de nous dans cette triste vie. J’espère que vous ferez pas de misère à Jeanne et à mes fillettes car elles sont pas riches, en tout cas aidez vous les uns les autres. »

Le 29 juin 1916 : « Enfin que veux tu ma pauvre chérie c’est à savoir si on aura la chance d’en revenir malgré tout ne te chagrine pas pour moi je veux pas m’en faire car il y a longtemps que j’ai fait abandon de moi car avec ce qui se passe heureux ceux qui sont morts au début car en ce moment on nous fait assez souffrir. »

Le 4 juillet 1916 : « Nous sommes pas encore partis pour aller à la boucherie de 1er ligne on peut rester peut être encore un jour ou deux comme on peut partir d’un moment a l’autre on peut faire que la relève la nuit car le jour y a rien à faire enfin cette nuit c’était un carnage affreux. Nous qu’on est à 7 ou 8 kilomètres des 1er ligne ça faisait trembler les bâtiments alors tu peux juger ce que ça peut être quand on reçoit ça autour de soi. Enfin on a fait abandon de son corps il parait que ceux qui s’en tirent la 1er fois quand les régiments sont reformés on y retourne alors y a pas beaucoup d’espoir d’en sortir »

Le 10 juillet 1916 (lettre de Jeanne) : « J’ai reçu hier ta lettre du 5 qui m’a fait un bien grand plaisir surtout de te savoir en bonne santé, malgré ta misère mais je te vois bien découragé pauvre chéri, quelle peine ça me fait lorsque tu me mets ce mot adieu qui me brise le cœur oh que c’est terrible tes dernières lettres mon cher Jules mais ne désespérons pas, je t’en prie »

Le 10 juillet 1916 (dernière lettre) : « Ma chère Jeanne c’est ce soir que nous montons en 1er ligne, je pense qu’on doit y rester 4 jours il paraitrait, puis ça y fait pas bon le canon ne lâche pas. C’est effrayant un carnage pareil la nuit dernière le frère de Morel du maréchal d’Echandelys a été blessé dans le dos il l’a passée belle, il m’a touché la main en passant sous le tunnel il avait encore l’éclat d’obus dans le dos tout près de la colonne vertébrale alors tu peux voir qu’il en a passé près, enfin que veux tu c’est à la grâce de Dieu peut être qu’il aura pitié de nous trois faut toujours espérer, mais dans un carnage pareil je te garantis qu’on a guère de goût, surtout que ça sent mauvais ça te soulève le cœur, enfin dans 5 jours si je suis parmi les protégés je pourrai vous écrire car c’est vous ma seule pensée et mon grand souci, car je vous ai toujours bien aimé »

Jules Henri CHAMPROUX meurt pour la France le 11 juillet 1916 au bois de Vaux-Regnier (55), devant Verdun, secteur de Tavannes, à l’âge de 30 ans.

Jeanne est informée officiellement de son décès plusieurs jours après :

« En campagne le 28 juillet 1916
Madame
C’est avec un regret profond que je me vois obligé de vous annoncer la mort de votre mari, tué en brave, au milieu de ses camarades, dans un des derniers combats que la compagnie eut à soutenir.
Si quelque chose peut adoucir la perte cruelle que vous venez de faire c’est de savoir, Madame, la part que nous prenons à votre douleur. Votre mari, d’un caractère gai et familier était estimé de ses chefs et aimé de ses camarades, et c’est avec beaucoup de peine que tous ceux qui le connaissaient ont appris sa mort.
Il était monté avec sa compagnie le 11 juillet au matin, aux tranchées de première ligne, dans le bois de Vaux-Regnier. Toute la journée, couché dans un trou d’obus avec ses camarades il combattit en brave. C’est là que la mort vint le trouver. Il fut atteint, dans la soirée, par un éclat d’obus qui le frappa à la tête. Et ce doit être pour vous une atténuation à votre peine que de savoir que la mort fut instantanée et qu’ainsi les souffrances du dernier moment lui furent épargnées.
Malheureusement le bombardement incessant ne nous a pas permis de ramener son corps en arrière. Il repose donc dans un trou creusé par un obus où ses camarades l’ont enterré, à l’endroit même où il est tombé. Ses papiers et quelques menus objets personnels ont été recueillis et vous seront renvoyés par le dépôt.
Sergent-Major »

Jeanne cherchera à en apprendre plus sur la mort de son cher époux, et recevra cette lettre :

« Le 3 Aout 1916
Mme Veuve Champroux
Je viens de recevoir votre lettre que vous me demandez des renseignements au sujet de votre pauvre défunt que c’est bien malheureux que c’était un ami pour moi que ça m’a trop fait de la peine pour avertir ma belle-soeur mais le pauvre il me l’avait trop dit avant de monter a Verdun que c’était là sa dernière demeurance, vous me demandez le plaisir de vous dire comme ça s’est passé ça m’est bien pénible pour moi de vous le dire mais je peux pas vous le refuser je peux pas vous mentir, et bien le pauvre malheureux moi je l’ai pas vu quand il a été tué on n’avait une 40taine de mètres de distance sur la ligne, c’est tellement terrible qu’on voyait qu’une fumée, mais je me suis bien renseigné après lui, il a été tué le 11 à 9 heures du matin il n’a pas souffert il a été touché à la tête et en pleine poitrine je vous dis que c’était affreux celui qui était blessé qui pouvait pas s’en aller il fallait qu’il meure là vous me demandez comme il a été enterré il a été enterré avec un autre un nommé Berger Léon ils les ont mis tout juste derrière des lignes dans un trou d’obus avec un peu de terre dessus que c’est plein de cadavres que les obus ils les désenterrent tous les jours et là on ne peut pas mettre de remarque, je préfère de vous le dire tel que, je vais vous dire l’endroit où ça ce trouve en face le fort de Vaux sur une crête à la gauche du bois Fumin, mais pour vous donner la photo je tacherai moyen si je peux trouver une carte postale de l’endroit à peu près je vous l’enverrai, à présent pour autre phrase celui qui l’a enterré il l’a fouillé il lui a ramassé tous ses papiers et son porte-monnaie il en a fait un petit paquet qu’il a remis à la Compagnie tout ça vous doit revenir toutes pliées dans son mouchoir, c’est bien triste de vous dire tout mais je peux pas vous le cacher je préfère de le dire tel que, […], à présent madame c’est bien à peu près tout que je puisse vous dire j’ai fait tout mon possible pour savoir votre renseignement que je puisse vous les donner ça sera avec plaisir
Mme veuve Champroux je termine en attendant une réponse si vous avez besoin d’autres renseignements
Recevez mes salutations
Barreyre Pierre au 358ème d’Ife 22ème Cie secteur (197) »

1916 Mort pour la France - Champroux Jules
Fiche « Mort pour la France » – Mémoire des Hommes

Sa veuve ne se remariera pas. Elle et ses filles passeront leur vie à vénérer ce mari et père chéri, parti beaucoup trop tôt.

Jules CHAMPROUX (2)
Portrait de Jules CHAMPROUX – Collection personnelle

Quel gâchis…

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