Claude BEZAVE, le frère providentiel (1)

Je ne sais pas grand chose de Claude BEZAVE.

A vrai dire, je ne le connaissais même pas du tout jusqu’à tomber sur son testament dans les archives notariées de Château-Chinon (58).

Il faut dire que je n’ai pas trouvé son acte de naissance, qu’il ne s’est à ma connaissance jamais marié, et que son acte de décès, daté du 24 octobre 1745 à Montigny-en-Morvan (58), n’est pas particulièrement bavard :

Acte de décès de Claude BEZAVE à Montigny-en-Morvan – 1745 – AD58

« Le vingt quattre dud mois de octobre est decedé Mr Claude Bezave [agé d’environ soixante ans] de son vivant bourgeois a Enfer qui a été inhumé dans l’eglise le vingt six en presence des soussignés.« 

Autant dire qu’il n’était pas facile à raccrocher à mon arbre !

Mais c’était jusqu’à ce que je tombe sur lui alors que je ne le cherchais pas. Et je sais aujourd’hui que Claude était le fils de mes ancêtres Gabriel BEZAVE et Jeanne BOULLENOT, et donc le frère de mon ancêtre Marie BEZAVE, épouse de Claude BOUFFECHOUX. Voilà ce que je sais sur sa fratrie à ce jour :

Le testament

Il se trouve que Claude BEZAVE a rédigé un testament olographe le 22 janvier 1744, un peu moins de deux ans avant de mourir. Quel bonheur de découvrir ces pages rédigées de sa main ! Son écriture est très assurée : à l’évidence, il a l’habitude de manier la plume !

Testament de Claude BEZAVE à Château-Chinon – 1744 – AD58

Le testament commence de manière tout à fait traditionnelle par des considérations sur la mort :

Au nom du père du fils et du saint Esprit

Je soussigne Claude Bezave demeurant a Enfert paroisse de Mhere et Montigny alternativement estant par la grace de dieu sain de corps et d’esprit et considérant qu’il ny a rien de si certain que la mort et rien de si incertain que l’heure d’icelle, et craignant d’en estre prevenu sans avoir disposé du peut de bien qu’il a plue au seigneur me donner jay fait et ecrit mon testament ainsy qu’il en suit sans induction ny suggestion de personne de ma pure et libre volonté.

Premièrement comme chretien catholique apostolique et romain je recomande mon ame a dieu le supliant d’en avoir pitié de me pardonner mes pechés et de me faire mourir de la mort des justes implorant a cet effet le secour de la très sainte Vierge Marie de Saint Claude mon patron et de tous les saints et saintes de paradis

Claude s’inquiète ensuite de ses débiteurs :

Je veux et entends que mes dettes, si aucunes se trouves soit payées par mon executeur testamentaire cy après désnomé,

Viennent ensuite les considérations religieuse. Et Claude ne lésine pas à ce sujet !

Je desire et ordonne que mon corps soit inhumé dans l’Eglise de Montigny auprès de mes peres et mère

Je veux qu’il soit dit le plus prontement quil ce poura cinq cents messes pour le repos de mon ame, scavoir deux cents par les révérends peres Capussains de Chatauchinon, deux cens par ceux de Corbigny et cent par messieurs les curés de Chatauchinon, Montigny, Mhere, et Blisme c’est-à-dire vingt cinq par chacun desdits sieurs curés pour la restribution desquelles cinq cens messes sera payé deux cens cinquante livres.

J’ordonne aussy qu’il soit aumoné insessament après mon décès aux pauvres les plus nessessiteux de la paroisse de Montigny trente boisseau de seigle et a ceux de la paroisse de Mhere vingt cinq boisseau lesquelles aumones seront distribuées par messieurs les curés de Montigny et Mhere chacun dans leurs paroisse

Vient ensuite une pensée pour ses domestiques, qui devront être rémunérés comme il se doit :

Je veux et ordonne que les salaires de mes domestiques soits exactement payés et quil soit donné a chacun desdits domestiques quy ce trouveront a mon service lors de mon decest la somme de trente livres une fois payée outre leurs salaires.

Il s’agit ensuite de protéger ses biens afin que ses volontés puissent être respectées à la lettre (tout ne se passera pas exactement comme il l’avait imaginé à vrai dire…) :

Je veux que les scellés soits apposés dans ma maison incontinent après mon decest pour empescher le divertissement des effets que je pourray laisser.

Je veux aussy que tous mes meubles meublants soits conduit dans la ville de Chatauchinon ou il seronts disposés dans une maison pour estre vendu au plus haut metteur et dernier encherisseur, après que la vente en aura esté publiée et nottiffiée par le tambour de la ville.

Je veux pareillement que les deniers provenants de la vente desdits meubles soit mis entre les mains de mon executeur testamentaire pour acquitter les legs et charges de mon present testament.

S’ensuit finalement la désignation des héritiers. Claude a eu quatre sœurs qui se sont mariées (les autres enfants étant très certainement tous morts en bas âge) :

  • Jeanne, l’aînée, née en 1685, a épousé Philibert GAUTHE en 1706 puis Jacques GROSJEAN en 1709 ; elle est décédée avant 1731. Marguerite GROSJEAN, sa fille, a elle-même épousé Pierre CLEMENT, avant de s’éteindre elle aussi avant 1744. Les petits-enfants de Jeanne sont donc ses héritiers.
  • Marie l’aînée (1701-1767) est mariée à Philibert GORY, maître tanneur.
  • Marguerite et Marie la jeune sont les deux plus jeunes de la fratrie ; elles sont jumelles, née le 14 avril 1708, et sont toutes les deux veuves au décès de leur frère Claude. Marguerite a épousé Antoine CHARETTE, maître chirurgien, décédé en 1738 ; Marie la jeune a épousé Claude BOUFFECHOUX, marchand, décédé en 1743.

Ce sont donc ses sœurs et ses neveux et nièces que Claude BEZAVE désigne pour hériters. Mais pas de manière très équitable, comme vous allez le constater (est-ce par affinité ou parce que certains étaient plus dans le besoin que d’autres, difficile à dire) :

Je donne et legue aux enfans de feu Claude Bouffechoux et de Marie Bezave la jeune ma sœur quy se trouverrons vivants lors de mon decest le domaine qui vient de feu monsieur Brée avec les bois maisons et bastiments en despandants le tout ainsy que je lay acquis dudit sieur Brée et legue aussy ausdits enfants de madite sœur Marie Bezave ma sœur la jeune les heritages despandants dudit domaine qui pouvois estre portés a titre de bourdelage sy aucuns se trouvois de cette nature, lesquels demeures compris dans le present legs, ensemble les bestiaux servant a l’exploitation dudit domaine, les desblures engrangés, et celles pandantes par les rassines, avec les sommes qui se trouverront dues par le mettayer exploitant ledit domaine, le tout ainsy qu’il ce trouverra au jour de mon decest, a la charge par lesdits enfans héritiers et ayant cause de payer anuelment et perpétuellement a monsieur le curé de Montigny et a ses successeurs curés de Montigny la somme de douze livres pour la retribution de douze messes que ledit sieur curé de Montigny et ces successeurs curés de Montigny seronts tenus de dire a perpétuité chacun an dans l’eglize de Montigny pour le repos de mon ame et de celles de mes peres et mère.

Je donne et legue aux enfans de Margueritte Bezave veufve Charrette et a ceux de Marie Bezave la jeune veuve Bouffechoux par egalle portion c’est-à-dire moittié aux enfans de ladite Margueritte Bezave, et l’autre moittié aux enfans de ladite Marie Bezave la jeune qui ce trouverrons vivans lors de mon decest tous les immeubles a moy echus par le contrat de lissitation resu Moreau notaire royal du 25 aoust 1742 et ma part et portion des biens chargés de bourdelage qui sont demeurés dans l’indivision par ledit contract de lissitation ensemble les bestiaux servant a l’exploitation desdits immeubles dans l’estat ou ils se trouverront lors de mon decest avec les desblures vertes et seiches desdits immeubles et les sommes qui se trouverronts due par les mettayer exploitans lesdits immeubles, je leurs donne aussy la maison que jay aquise de feu maistre Hugue Bezave avec ses despandances ladite maison joynant celle que jocupe, a condition que lesdites Margueritte Bezave et Marie Bezave la jeune leurs mères auronts la jouissance de toutes les choses comprise dans le present legs pendant leur viduité voulant qu’elles soit privées deladite jouissance en cas qu’elles s’enrollent en secondes nopces et encore a la charge par lesdites Margueritte Bezave et Marie Bezave la jeune leursdits enfans et ayant cause de payer anuellement et perpétuellement au sieur curé de Mhere et a ses successeurs curé de Mhere la somme de douze livres pour la retribution de douze messes que ledit sieur curé de Mhere et ses successeurs seront tenus de dire a perpetuité chacun an dans l’eglise de Mhere pour le repos de mon ame et de celle de mes père et mère

Je donne et legue a Marie Bezave lainée femme du sieur Gory pour tous les droits quelle pouroit prétendre dans ma succession la somme de douze cent livres une fois payée et un billet fait a mon proffit par ledit sieur Gory son mari dont il reste due une somme de mille cinquante et quelques livres.

Je donne et legue aux enfans du sieur Pierre Clement et de feu Margueritte Grojean qui se trouverront vivants lors de mon décès aussy pour tous les droits quil pouvois prétendres dans ma succession les obligations que jay contre ces père et mère montant a la somme de deux cens quatre vingt douze livres moins huict deniers avec la somme de trois cent livres qui leur sortira nature de propre pour y succéder les uns aux autres a l’exclusion de leur père laquelle somme ne leur sera payée que lors de leur majoritté ou etablissement et jusqu’au payement de ladite somme de trois cent livres il leur sera payé quinze livres par an pour les interest de ladite somme comme je l’expliqueray dans la suite.

Apres l’aquittement de toutes mes dettes sy aucunes ce trouve des charges et legs du present testament je donne et legue aux enfans de Margueritte Bezave et a ceux de Marie Bezave la jeune par egalle portion comme dessus cest a dire moittié aux enfans de ladite Margueritte Bezave et l’autre moittié aux enfans de ladite Marie Bezave la jeune quy se trouverront vivants lors de mon decest le surplus de tous mes biens comme dettes actives, obligations, billets, rentes, cheptels, argens, argenterie et généralement tous les biens de quelques espesses et nature qu’il soits dont je naurois point disposé par mon present testament […], je veux et ordonne que tous les effets compris dans le present legs autres scepandant que rentes, cheptels, et dettes de cheptilliers soit convertis en argens le plus prontement que faire ce pourra dont il sera fait employ en rentes ou fonds d’heritages aux proffit des enfans desdites Margueritte et Marie Bezave la jeune, et ou pendant leur minorité il seroit fait quelque remboursement je veux aussy quil en soit fait employ comme dessus le tout suivant l’avis de mondit executeur testamentaire exortant toutes fois mes legataires et mondit executeur testamentaire de traitter mes désbiteurs avec humanité.

Claude entend bien que son testament soit appliqué selon sa volonté :

Je veux et entend que mon present testament soit exécuté dans tout son contenu selon sa forme et teneur et que mes legataires quy y contreviendrois soits privés de leurs legs et ne puissent pretendres dans ma succession que leur part et portion dans les quatre cinquiesmes de mes propres en tenant compte par eux au prorata de ce qu’ils amandronts des sommes que jay payées pour raisons desdits propres suivant le contract de lissitation susdaté lesquelles sommes ensembles les legs des contrevenants apartiendrons aux legataires de mesdits propres par forme d’indamnité, voulant que lesdits contrevenants ne proffittent de tous les biens de madite succession que de ce dont je naurois pue disposer a leur prejudice par mon present testament.

Et pour cela, il nomme un exécuteur testamentaire de confiance (ou même deux, on ne sait jamais !). Celui-ci sera dédommagé en nature… et les objets qu’il recevra nous laissent apercevoir un intérieur cossu et une vie que je n’aurais pas imaginée !

Pour l’execution de mondit present testament je nomme la personne de monsieur Jean Baptiste Feuillet advocat et en cas de decest ou d’indisposition dudit sieur advocat Feuillet je luy substitue le sieur Joseph Feuillet marchand frere dudit advocat Feuillet legant a celuy des deux quy aura soin de l’execution de mondit testament, ma cane a pome d’or, tous mes livres, mon Christe sur velours, ma Nostre Dame de pitié et Nostre Dame de Chiquinquiran, jay fait ce present testament que j’ay ecrit et signé de ma main au bas de chaque page dans ma maison a Enfert cejourd’huy vingt deux janvier mil sept cent quarante quatre.

Il va sans dire que Notre Dame de Chiquinquirá m’a laissée sans voix ! Comment une Vierge Marie colombienne est-elle arrivée au fin fond du Morvan en 1744 ? Comme quoi la mondialisation ne date pas d’hier…

Notre Dame de Chiquinquirá – Nouvelle Evangélisation

Le dépôt du testament

Mais si ce testament olographe est arrivé dans les minutes de Me MOREAU, notaire à Château-Chinon, c’est parce que les sœurs de Claude l’y ont apporté. Elles ont en effet trouvé ce testament dans les papiers de leur frère. C’est ainsi qu’elle se sont retrouvées dans l’étude le 2 novembre 1745, une dizaine de jours après son décès.

[…] furent presentes en leurs personnes Delle Marie Bezave Lainée femme procedante a l’authorite de Me Philibert Gory son mary marchand tanneur demt aud Chateauchinon present laquelle authorité il luy a pretée pour l’effet des presentes et quelle a acceptée, delle Margueritte Bezave veuve de deffunt Me Antoine Charrette vivant maitre chirurgien dmte a Boue paroisse de Mère, et delle Marie Bezave la jeune veuve et commune de deffunt Me Claude Bouffechoux vivant marchand demte a Vizennes paroisse d’Ouroux, lesquelles demlles Marie Bezave lainée procedante a l’authorité de sondit mary Margueritte Bezave et Marie Bezave la jeune sœurs et heritieres presomptives de deffunt Me Claude Bezave leur frere vivant bourgeois dmt au village d’Enfer paroisse de Montigni et Mère alternativement

lesquelles Bezave ont dit qu’apres le deceds dudit sieur Bezave leur frere en faisant faire la recherche des papiers concernant la succession dudit deffunt sieur Bezave par moi nore susdit et soussigné par elles mandé exprès et que procedant a la recherche desdits papiers il sest trouve le testament dud deffunt sieur Bezave sur deux feuilles de papier non timbré lequel testament sans en avoir pris lecture elles ont mis en mains de moy susdit nore en attendant l’arrivée dudit sieur Gory qui etoit absent pour en faire le depost a moy susdit nore, et comme par effet cejourdhuy deuxième novembre mil sept cens quarante cinq avant midy lesdittes demlles Bezave aux qualités par elles prises laditte Marie Bezave lainée a l’authorité dud sieur Gory son mary font le depost dud testament entre les mains de moy nore susdit […]

C’est donc le notaire qui révèle aux trois sœurs le contenu du testament. Mais comme je l’évoquais, voilà déjà dix jours que Claude est décédé. Et les trois femmes n’ont pas attendu l’ouverture du testament pour commencer à se servir ! Mais ça, il va falloir attendre le prochain article pour le découvrir…

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