Un collatéral cleptomane : Alfred CHELIFOUR

J’ai entrepris de mettre en avant les collatéraux remarquables de mon arbre. Pour cette quatrième édition, j’ai choisi de vous présenter un collatéral cleptomane !

Sa naissance à Thionville et son enfance à Reims

Alfred CHELIFOUR est le fils des SOSAs 250 et 251 de mon fils, Jean Pierre CHELIFOUR et Jeanne Rose LAMBERT. Ces derniers vivaient à Reims (51), mais Alfred vient au monde le 15 avril 1842 alors que son père fait son service militaire : il naît ainsi à Thionville (57). Ses deux frères et sœurs suivants naîtront à Belfort (90), avant que la famille ne revienne à Reims lorsque Jean Pierre sera libéré du service.

On le retrouve dans les listes du recensement à Reims avec ses parents : au 12 rue Saint Nicaise en 1846 et au 4 rue du Ruisselet en 1856. En 1861, Alfred a 19 ans et il n’apparaît plus dans le foyer de son père. L’oiseau a pris son envol !

Une condamnation au bagne

Mais les choses tournent rapidement mal pour Alfred, devenu journalier (boulanger) : il est condamné à deux mois de prison le 3 mars 1859 à Saint Quentin. Puis à nouveau à 4 mois de prison pour vol le 23 juin 1860 à Reims :

Et le 28 janvier 1864, il est finalement condamné par la Cour d’Assises de la Marne à cinq ans de travaux forcés « pour avoir, en 1863, commis un vol et une tentative de vol conjointement, à l’aide d’escalade et d’effraction dans des maisons habitées. »

Le Courrier de la Champagne du 02/02/1864 nous fournit le détail du procès et des accusations :

« Alexandre Not, âgé de 21 ans, né à Erchs (Luxembourg), manouvrier, demeurant à Reims ; Alfred Chelifour, né à Thionville (Moselle), le 15 avril 1842, journalier, demeurant à Reims ; Françoise-Alexandrine Billard, journalière, née le 8 avril 1847, à Reims ; Pétronille-Coelina Lhermitte, femme Baurin, couturière, née le 19 mars 1843, à Reims, comparaissent sous l’accusation de vol dans les circonstances suivantes :
Le 20 nov. 1863, plusieurs habitans du village de Pargny surprirent les nommés Chelifour et Not au moment où ils venaient de commettre un vol dans la maison d’un sieur Fortier. Ils parvinrent à saisir Chelifour, mais Not prit la fuite dans la direction de Reims ; il fut signalé à la gendarmerie et mis en arrestation, deux jours après, dans une maison où il demeurait en commun avec la femme Baurin, sa concubine, et avec Chelifour et Alexandrine Billard. Une perquisition opérée dans leur chambre amena une grande quantité d’objets de toute nature, que les accusés ont avoué s’être procurés par le vol.
Déjà condamnés pour semblable délit, Not et Chelifour s’étaient réunis au commencement de novembre dans un même logement, en prenant la résolution de se procurer des moyens d’existence en allant voler dans les campagnes. Ils partaient chaque matin, ils revenaient le soir avec un butin qu’ils partageaient avec leurs concubines, en en conservant une partie et vendant l’autre suivant leurs besoins. L’instruction a constaté à leur charge douze vols et une tentative de vol qu’ils ont avoués. La femme Baurin et la fille Billard ont aussi reconnu qu’elles s’étaient rendues complices de ce méfait en se servant des vêtemens, en portant les bijoux et en prenant leur part de l’argent volé ou du prix des objets vendus. Elles ont connu, dès l’abord, les habitudes criminelles des deux premiers accusés, et les ont même accompagnés jusqu’à une petite distance du lieu où ils ont commis, pendant la nuit du 7 au 8 novembre, le premier vol. C’est sur les indications de la fille Billard que Not et Chelifour ont, pendant cette nuit, escaladé une haie et démoli une partie d’une écurie appartenant au sieur Billard père, dans un faubourg de Reims, qu’ils ont pénétré par cette brèche dans l’écurie, et y ont volé des lapins.
Deux jours après, explorant la commune de Ludes, Not et Chelifour ont trouvé sous une porte la clef du logement d’une femme Jupin. Ils y sont entrés et y ont pris un jupon et deux robes. Le 12 novembre, à Clairizet-Saint-Auphraise, ils ont pénétré, par le même moyen, dans la maison du sieur Bouchel. Not a fouillé les armoires, pris un porte-monnaie contenant cinq francs et quelques centimes, deux couteaux, des souliers et des vêtemens pendant que Chelifour surveillait les abords de la maison pour éviter toute surprise. En revenant à Reims, ils sont entrés chez le sieur Tritant, marchand de vin, au Mesneux, et y ont volé deux chemises dans une armoire qu’ils ont trouvée ouverte. Le 13 novembre, pendant l’absence de la veuve Ségué, cultivatrice à Verzenay, ils ont pénétré dans sa maison en escaladant une haie, brisant un carreau, et passant par-dessus l’appui d’une fenêtre. Ils se sont emparés d’une alliance et d’une chaîne en or, de boucles d’oreille et d’autres bijoux, de tout le linge dont ils ont pu se charger. Le lendemain, à Nogent-l’Abbesse, ils ont enlevé le carreau d’une fenêtre ; Not a franchi le mur et pénétré dans la maison du sieur Gentil et y a volé 75 francs en numéraire, une blouse et des brodequins, pendant que Chelifour faisait le guet. Le 17 novembre, se trouvant ensemble à Epernay dans le cabaret d’un sieur Alexandre, ils ont voulu voler une oie. Chelifour la saisit et la tua, mais l’arrivée de la femme Alexandre les empêcha de l’emporter. Le 19 du même mois, à Witry-lès-Reims, ils ont forcé la porte du sieur Leclerc. Chelifour est entré le premier ; il a pris 25 francs, une bague et deux chaînes de montre. Not lui a succédé ; il s’est emparé de deux chemises, d’un gilet, de deux mouchoirs et de huit pantalons. Le 20 novembre, à Pargny, après s’être assurés de l’absence du sieur Fortier et de sa famille, ils ont, par un vigoureux effort, fait céder la porte de la cour, ont forcé une fenêtre retenue par un clou, escaladé le mur d’appui et pénétré dans la maison ; ils y ont pris une pièce de vingt francs, une blouse et un couteau. On les vit sortir de la maison, on se mit à leur poursuite ; c’est alors que Chelifour fut arrêté. Not parvint à s’échapper ; pour revenir à Reims il devait traverser les villages de Coulommes et de Gueux. A Coulommes, il a forcé la porte d’une cour, s’est introduit dans la maison du sieur Dravigny et y a volé quelque menue monnaie et une paire de brodequins. A Gueux, il est entré chez une veuve Briffoteau en se servant de la clef qu’il a trouvée sous la porte, et il s’est emparé d’un mouchoir, d’un paletot et d’une robe. Ces deux accusés avaient, à une date qui n’a pu être précisée, dans le courant du mois de novembre, pénétré durant la nuit dans la cour dépendant de la maison de la femme Cosset, à Reims, et y avaient volé un lapin.
A la suite des débats de cette affaire, la fille Billard a été acquittée ; Not et Chelifour ont été condamnés à cinq ans de travaux forcés ; la femme Baurin à cinq ans de prison.« 

Alfred CHELIFOUR arrive au bagne de Toulon le 22 février 1864.

Fiche matricule – Bagne de Toulon – FR ANOM COL H 1279

Son dossier nous permet d’avoir sa description physique : Alfred mesure 1m 62, il a les cheveux châtains, le front large, les yeux roux, un nez épaté, une bouche moyenne, un menton rond, une barbe naissante, un visage rond et plein, le teint coloré. Il a une cicatrice au front, une brûlure près de la lèvre inférieure, des trous de vaccin aux deux bras et une cicatrice derrière le cou. Alfred est célibataire, catholique, illettré et sans fortune.

Le 30 mars 1865, il est condamné à 15 jours de retranchement pour avoir détérioré sa casaque. Le 1er août 1865, il est détaché de la chaîne et embarqué pour la Guyane sur le transport la Cérès. Le 1er février 1869, il passe à la 4e Compagnie 1e section.

Sa concubine, Françoise Alexandrine BILLARD, ne l’a pas attendu. Lorsqu’il quitte le bagne après avoir purgé sa peine, elle est mariée depuis peu avec Jacques Henri SOIBINET, qu’elle a épousé le 23 novembre 1868 à Reims.

Son mariage à Luxembourg avec Catherine NELL

Par la suite, c’est d’abord en Belgique que je retrouve Alfred CHELIFOUR, toujours garçon boulanger : le 1er janvier 1874, un dossier d’étranger (n°275505) est établi à son nom par la Sûreté publique. Les fiches alphabétiques ont été indexées sur search.arch.be, et les dossiers correspondants sont consultables aux Archives générales du Royaume à Bruxelles ; j’essaierai de me le procurer dès que j’en aurai l’occasion.

Mais Alfred n’est pas seul. Le dossier n°275505 concerne également Catherine NELL, née le 1er janvier 1845 à Luxembourg, sa compagne.

Le couple se marie l’année suivante à Luxembourg, le 7 juillet 1875 :

Mariage CHELIFOUR-NELL à Luxembourg – 1875 – FamilySearch

« Im Jahre tausend acht hundert fünf und siebenzig, den siebenten des Monats Juli um drei Uhr Nachmittags, find vor uns Carl Mathias Edouard Simonis […] Beamten des Civilstandes der Gemeinde Luxemburg im Großherzogthum Luxemburg, erschienen Alfred Chelifour Bäcker, alt drei & dreißig Jahre, geboren zu Diedenhofen, den fünfzehnten April achtzehnhundert zwei & vierzig wohnhaft zu Luxemburg großjähriger Sohn von Johann Peter Chelifour Tuchmacher wohnhaft zu Reims und in gegenwärtige Heirath einwilligend zufalge beiliegenden Urkunde, und dessen vorlebten Ehefrau Johanna Rosa Lambert, zeitlebens wohnhaft zu ??? Reims und daselbst gestorben am sechs und zwanzigsten November achtzehnhundert sechszig.
Und Catharina Nell, ohne Stand, alt neun & zwanzig Jahre geboren zu Luxemburg den siebenten Maerz achtzehnhundert sechsundvierzig wohnhaft zu Luxemburg großjährige Tochter von Joseph Nell Schneider und von Maria Freid, Eheleute, beide hierselbst wohnhaft und hier zugegen einwilligend […]
« 

« L’an 1875, le 7 du mois de juillet à 3 heures de l’après-midi, devant nous Carl Mathias Edouard Simonis […] officier de l’Etat Civil de la commune de Luxembourg, Grand-Duché de Luxembourg, sont comparus Alfred Chelifour boulanger, âgé de 33 ans, né à Thionville, le 15 avril 1842 habitant à Luwembourg, fils majeur de Jean Pierre Chelifour drapier habitant à Reims et consentant au présent mariage selon le certificat annexé, et de sa défunte épouse Jeanne Rose Lambert, en son vivant habitant ???? Reims et y décédée le 26 novembre 1860.
Et Catherine Nell, sans profession, âgée de 29 ans née à Luxembourg le 7 mars 1846 habitant à Luxembourg fille majeure de Joseph Nell tailleur et de Maria Freid, conjoints, tous deux habitants ici et ici présents et consentants […]
« 

Vous m’excuserez de m’arrêter ici dans la transcription / traduction mais mon allemand est un peu rouillé !

Je n’ai pas trouvé de trace du couple pendant les années suivantes, je ne pense pas qu’ils aient eu des enfants. Mais il semble que les démons d’Alfred aient continué à le poursuivre. Début 1882, il est à nouveau condamné au tribunal pour le vol d’un lapin commis le lendemain de Noël :

Ce nouveau larcin lui vaudra un entrefilet particulièrement acerbe dans Le Courrier de la Champagne, que je vous laisse découvrir (le journaliste était en forme) :

« REIMS. — Chélifour (Alfred) a un nez confectionné pour la chasse. Il demeure actuellement rue Neuve ; mais à la date de son délit, 26 décembre 1881, il était domicilié en garni chez le sieur Lardenois, qui tient un commerce de fruiterie. Ce jour-là donc, l’œil aidant, Chelifour flaira dans la boutique un magnifique lapin, un véritable lapin sans odeur de gouttière, qui attendait d’être relevé de sa faction par l’intermédiaire d’un client gourmet. Le prévenu faut cet être compatissant ; il fit le coup pendant une absence étudiée de tout personnel dans le magasin. Mais le larcin fut découvert, et le lapin, qui n’était coté que 4 fr. par M. Lardenois, devient maintenant pour l’acquéreur d’une valeur bien supérieure. Le Tribunal l’estime, outre les frais du procès, valoir principalement un mois de prison. Chélifour y regardera peut-être à deux fois avant d’entreprendre un pareil commerce.« 

1890, une triste année

Je n’ai pas trouvé d’autre trace d’Alfred CHELIFOUR et de son épouse, jusqu’à l’année 1890 qui va voir la fin de notre couple.

Alfred CHELIFOUR meurt en effet le 22 janvier 1890 à Louvain en Belgique, alors qu’il est devenu marchand ambulant :

Décès de Alfred CHELIFOUR à Louvain (Leuven) – 1890 – search.arch.be

« L’an mil huit cent nonante, le vingt-trois du mois de janvier, à une heure de relevée, par devant nous Léopold Liégeois, remplaçant l’Officier de l’Etat civil de la ville de Louvain, arrondissement de Louvain, province de Brabant, empêché ainsi que le Bourgmestre et les Echevins Ackermans et Decoster ont comparu : Alphonse Briffaux, âgé de quarante sept ans, profession de commis, domicilié à Louvain voisin de défunt, et Jean-Baptiste VanVerckhoven, âgé de quarante quatre ans, profession de domestique, domicilié à Louvain voisin du défunt, lesquels nous ont déclaré que le vingt-deux de ce mois, à sept heures du soir, est décédé en cette ville, rue de Bruxelles, numéro quatre vingt un Alfred Chelifour, marchand ambulant né à Thionville (Prusse) le quinze avril mil huit cent quarante deux, y domicilié époux de Catherine Nelle ménagère, fils de Pierre Chelifour et de Jeanne Rosalie Lambert, conjoints, décédés à Reims. Et après qu’il leur a été donné lecture du présent acte, ont signé avec nous.« 

Mais cette année s’achève de manière bien plus tragique encore avec le décès de Catherine début septembre. Elle-même est devenue marchande de papier à lettre ambulante. On apprend les tristes circonstances de son décès dans le Courrier de la Champagne du 14 septembre 1890 :

Le Courrier de la Champagne du 14/09/1890

« Sommepy. — Jeudi dernier, M. Auguste Noizet, de Sommepy, a découvert un cadavre, dans un bois situé lieudit la Sablière, à six mètres du chemin conduisant à Tahure. Ce cadavre a été reconnu pour être celui d’une marchande ambulante, la nommée Nell (Catherine), veuve Chelifour, âgée de 44 ans, originaire du Luxembourg. Le corps ne portait aucune trace de violence, et de l’examen médical fait par M. Collard, médecin à Sommepy, la mort remontait à vingt-quatre heures environ.« 

On retrouve en effet le décès de Catherine dans les registres de Sommepy-Tahure (51) en date du 3 septembre 1890 :

Décès de Catherine NELL à Sommepy-Tahure – 1890 – AD51

« L’an mil huit cent quatre vingt-dix, le quatre septembre, à cinq heures du soir, par devant Nous Leclère Jean Remi Eugène, Maire, officier de l’état civil de la commune de Sommepy, canton de Ville-sur-Tourbe, arrondissement de Sainte-Ménehould, Marne, ont comparu en notre mairie les sieurs Collet Pierre Nicolas Alzire, âgé de quarante-huit ans, cultivateur et Lanu Jean François, instituteur, âgé de quarante-sept ans, tous deux domiciliés à Sommepy, servant à défaut de parents et de voisins présents, lesquels nous ont déclaré que hier, dans l’après-midi, Nell Catherine, âgée de quarante-quatre ans, marchande de papier à lettre ambulante, sans domicile fixe, née à Luxembourg, Grand-Duché de ce nom, le sept mars mil huit cent quarante six, fille des défunts Nell Joseph et Freix Marie décédés audit Luxembourg, veuve de feu Chelifour Alfred, de son vivant marchand ambulant sans domicile fixe, décédé à Louvain (Nord), a été trouvée morte sur le territoire de cette commune, au lieudit la Sardonnière, la mort paraît remonter à vingt-quatre heures ; et, après nous être assuré du décès, nous avons dressé le présent acte que les comparants ont signé avec nous. »

14 réflexions sur “Un collatéral cleptomane : Alfred CHELIFOUR

    1. Merci Sébastien ! Contrairement aux apparences, j’avoue que la motivation est un peu en berne de mon côté aussi, je n’ai plus rien en stock à publier. C’est un peu une tendance globale il me semble, le contexte n’aide pas. Bon dimanche !

      Aimé par 1 personne

    1. En effet j’ai souri également en lisant cette mention. Dans un autre genre, le ‘Thionville (Prusse)’ m’a aussi fait tiquer, même si dans ce cas l’explication est différente… Merci Gilles !

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