#RDVAncestral – Hubert ROY au Comice agricole

Le #RDVAncestral est un projet d’écriture mêlant littérature et généalogie, dont la règle du jeu est la suivante : Je me transporte dans son époque et je rencontre un aïeul. Ce rendez-vous a lieu tous les troisièmes samedis du mois.

◊◊◊◊◊

Voici longtemps que je n’ai pas participé au RDVAncestral, mais je sens que cette fois-ci est la bonne ! Je ne sais pas encore qui je vais rencontrer, à quel endroit ni en quelle année, mais je me sens prête à rencontrer un de mes ancêtres. Je ferme les yeux et je fais abstraction de tout ce qui m’entoure…

Je me retrouve bientôt au milieu d’une grande foule, peut-être huit à dix mille personnes. La foule se dirige vers une place. Renseignement pris, on m’indique qu’il s’agit de la place des Coutures, au faubourg Cérès à Reims. Nous sommes le 7 septembre 1845, et c’est la fête de l’agriculture ! Je me retrouve dans une vaste enceinte circulaire, dominée par une estrade réservée pour les spectateurs privilégiés. Le temps est magnifique ; le soleil fait poudroyer la plaine, et à travers les rayons ardents qui soulèvent de toutes parts une vapeur grise, on aperçoit au loin les arbres verts des remparts, et, derrière, la haute cathédrale qui semble illuminer ses tours. Les dames autour de moi sont en grand nombre, belles et parées, gracieuses comme pour aller au bal.

A une heure, les autorités du département et de la ville de Reims, le président et les membres du comice agricole arrivent en grande pompe, précédés par la musique de la garde nationale et de l’artillerie. La gendarmerie à cheval s’occupe d’organiser et de maintenir les rangs de curieux dans les arènes. Au signal donné, les charrues distancées dans la plaine inaugurent la fête en traçant des sillons avec une promptitude remarquable et le meilleur résultat. On admire de vigoureux attelages conduits par une main habile.

Pendant que s’exécute cette manœuvre, le sous-préfet prononce un discours. Je n’en entends que la fin : « Si d’autres professions que la vôtre peuvent mener plus rapidement à la fortune, aucune ne conduit plus sûrement à l’aisance et à la considération ; c’est l’agriculture surtout qui fait les hommes d’ordre, les hommes moraux et probes, les bons citoyens ; aussi, nous vous aimons, nous vous honorons. Attachez-vous donc de plus en plus à l’agriculture, cultivez avec une nouvelle ardeur cette terre toujours féconde pour l’homme laborieux, cette terre qui, en nourrissant vos familles, nourrit aussi et enrichit la patrie. »

C’est ensuite au tour du président du comice agricole de se lever. J’essaie toujours de comprendre ce que je fais là (non pas que je me plaigne, c’est une bien belle journée et un bien beau spectacle, mais j’attends toujours de savoir qui est mon RDVAncestral) et je ne l’écoute donc que d’une oreille : « Agriculteurs du département de la Marne, un si bel exemple ne sera pas perdu pour vous, et si parfois le succès ne vient pas aussitôt couronner vos travaux, vous ne vous rebuterez pas, mais vous vous direz, au contraire, qu’il n’est pas d’obstacles que le cultivateur instruit ne doive surmonter. C’est ainsi qu’au moyen d’un travail opiniâtre, et surtout d’efforts intelligents, vous serez toujours dignes de tant d’encouragements et de tant de sympathie. »

La foule se met à applaudir, le discours est fini. Le moment est venu de proclamer les noms et les récompenses. On voit tour-à-tour passer sous nos yeux, les espèces et les produits qui ont mérité à leurs auteurs des prix et des mentions honorables. Dans la vaste étendue de terrain sont venus parader les riches produits de l’industrie agricole ; le travailleur aux mains rudes, au front hâlé par l’air des champs, est venu recevoir la récompense due à son dévouement de tous les jours. Ce n’est pas sans une vive émotion qu’on voit ces braves gens prendre d’une main timide les médailles d’argent et les mentions honorables que leur présentent les magistrats. Ces hommes ont consacré leur existence à servir les besoins et les intérêts du sol où ils sont nés ; ils ont amélioré les fermages, enrichi les troupeaux, fécondé la terre, à force de zèle et de désintéressement ils ont soumis une nature souvent rebelle.

Ce sont d’abord six gardes-champêtres qui défilent. Ils viennent des quatre coins de la Marne, ont entre 23 et 32 ans de bons services. Suivent les bergers, aussi au nombre de six ; les noms s’égrènent, quand tout à coup :

« Une mention honorable est accordée au sieur Hubert Roy, berger à Courmelois, section de Rheims, pour 33 ans de bons services.« 

Hubert ROY ? Mais le voilà mon rendez-vous ancestral ! Hubert est né le 9 juin 1790 à Ludes (51), il a donc 55 ans en cette année 1845. Il a épousé Anne Sophie SCRIBOT le 1er octobre 1810 à Villers-Marmery (51), avec qui il a eu cinq enfants. Et en effet, sur tous les actes en ma possession, Hubert est berger. D’abord à Villers-Marmery, puis à Courmelois (51) où le couple s’est installé en 1812. quelle joie de le voir ainsi mis à l’honneur aujourd’hui. Je le sens gêné, un peu gauche, mais ses yeux rayonnent de bonheur et de fierté.

Le Jeune Berger : [estampe] / J. B. Huet del ; Demarteau sc. – Gallica

Mais déjà, c’est au tour des vignerons, des garçons de culture, des engraisseurs de bestiaux, des filles de basse-cour (qui reçoivent non pas des médailles mais des gobelets d’argent), des constructeurs d’instruments d’agriculture, des éleveurs de bestiaux, des cultivateurs et autres propriétaires récompensés pour leurs engrais, irrigations, défrichements et bonnes exploitations.

Il est temps pour moi de m’éclipser et de laisser tout ce beau monde faire la fête. Je ferme les yeux… et les rouvre chez moi. Voici un rendez-vous qui m’a vraiment fait chaud au cœur !

◊◊◊◊◊

Je dois ce rendez-vous ancestral à une récente découverte faite dans L’industriel de la Champagne, en ligne sur le site de la Bibliothèque Municipale de Reims, découvert grâce à Céline , du blog L’univers de Céline. Je me suis permise de paraphraser très largement l’article que je trouvais très bien écrit, et d’emprunter en ne les adaptant que légèrement les mots enthousiastes du journaliste, pour vous faire revivre avec moi cette journée ensoleillée.

18 réflexions sur “#RDVAncestral – Hubert ROY au Comice agricole

  1. Joli rendez vous, et ce soleil nous réchauffe bien en cette fraîche journée de février! De plus, plusieurs de mes ancêtres étaient également… bergers dans la Marne! 😉 et ont reçu eux aussi des médailles du mérite agricole, etc… mais je ne m’étais jamais demandé dans QUELLES circonstances on les leur avait remises!!?? Voilà qui m’ouvre des horizons!! 🙂 (et va m’obliger à de nouvelles recherches, on n’en sort pas! lol)

    Aimé par 2 personnes

    1. C’est la magie de la presse ancienne ! Ces comptes-rendus de cérémonies sont particulièrement riches, ça permet de vraiment revivre les événements « comme si on y était ». J’espère que tu retrouveras des sources équivalentes pour tes ancêtres, tiens-nous au courant 🙂

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s