La saga de l’été au Portugal (3) : le temps

Le troisième billet de ma saga de l’été portugaise est consacrée au temps (celui qui passe, pas celui qu’il fait bien sûr, quoique je pourrais aussi m’amuser à comparer les climats… mais non, restons concentrés !). Vaste sujet, n’est-ce pas ?

Une des choses qui m’a marquée en faisant ma généalogie portugaise, c’est que le temps semble plus long : les jeunes gens se marient plus vieux, il y a plus d’écart entre deux naissances, les enfants sont baptisés quelques jours plus tard, etc.

C’est un ressenti que j’ai souhaité vérifier en comparant ma branche portugaise et ma branche morvandelle (les deux branches de mes grands-parents paternels donc). J’espère que vous aimez les statistiques !

L’âge au mariage

La façon la plus efficace de comparer des distributions des âges au mariage est de passer par les courbes en cumulé. J’imagine que ça parlera à certains mais pas à tous, donc je vais m’expliquer. Mais voici d’abord le résultat :

mariage

Ce graphique confirme parfaitement mon ressenti : les courbes pleines (correspondant au Portugal) sont décalées de 2 à 3 ans par rapport aux courbes pointillées (correspondant à la France), confirmant que les portugais se marient en moyenne 2 à 3 ans plus tard que les français.

Une autre façon de lire ce graphique est de parcourir les lignes que j’ai rajoutées en noir : à l’âge de 24 ans, 50% des hommes français sont déjà mariés, mais seulement 20% des hommes portugais !

L’intervalle entre les naissances

De la même façon, j’ai l’impression que l’intervalle entre deux naissances est plus important au Portugal (~3 ans) qu’en France (~2 ans). C’est en tout cas ce que j’aurais dit a priori.

Mais regardons les chiffres de plus près (merci à l’outil Statistiques de Généatique !). Et là, c’est l’échec de la démonstration : l’intervalle moyen entre deux naissances sur la période 1670-1799 est le même à un jour près sur les deux branches : 1033 et 1034 jours respectivement, soit 2 ans et 10 mois.

Je reste surprise par ce résultat qui ne confirme pas mon ressenti… et je crains qu’une des conclusions soit que ma base de données est incomplète. Typiquement si je n’ai pas trouvé tous les enfants d’un couple, l’intervalle moyen entre les naissances peut être complètement erroné.

L’âge au baptême

Après cet échec cuisant, passons à une catégorie pour laquelle je suis sûre d’avoir raison : l’âge au baptême !

En France, les enfants sont toujours baptisés le jour même ou le lendemain de leur naissance. J’ai extrêmement peu d’exceptions en tête, et pour cela pas besoin d’aller consulter les statistiques !

Au Portugal, la situation est tout à fait différente, comme vous pouvez le constater dans le graphique ci-dessous :

bapm

L’âge moyen au baptême des petits portugais est donc entre 6 et 7 jours. Craignaient-ils moins la mortalité infantile et les limbes que les français ?

Voici mon cas le plus extrême : Francisco COELHO, né le 13 novembre 1838 à Vale de Remígio et baptisé le 2 décembre suivant, à l’âge de 19 jours !

bapm2
Baptême de Francisco à Vale de Remígio – 1838 – tombo.pt

« Aos dous dias do mez de Dezembro de mil e outo centos e trinta e outo annos baptizei solemnemente e puz os santos olleos a Francisco que nasceo a treze de Novembro da dita era, filho legitimo de Joze Coelho de Souza e sua mulher Maria de Jezus ambos naturaes e moradores no lugar e freguezia de Valle de Remigio. Neto paterno de Antonio Coelho de Souza, e Rozaria Maria, naturaes aquelle de Monte de Lobos, freguezia de Palla, e esta natural de Valle de Remigio, e ahi moradores. Neto materno de Manoel Rodrigues Morgado, e Angella Maria ambos naturaes e moradores no lugar e freguezia de Valle de Remigio. E para digo forão padrinhos Francisco solteiro tio paterno, e Joanna solteira filha de Manoel Joaquim ambos de Valle de Remigio. E para constar faço este assento que assigno dia mez e era ut supra. »

« Le deuxième jour du mois de décembre mil huit cent trente huit j’ai baptisé solennellement et j’ai apposé les saintes huiles à Francisco né le treize novembre dudit an, fils légitime de Joze Coelho de Souza et sa femme Maria de Jezus tous deux natifs et habitants au lieu et paroisse de Valle de Remigio. Petit-fils paternel de Antonio Coelho de Souza et Rozaria Maria, natifs lui de Monte de Lobos, paroisse de Palla, et elle native de Valle de Remigio, y habitant. Petit-fils maternel de Manoel Rodrigues Morgado et Angella Maria tous deux natifs et habitants du lieu et paroisse de Valle de Remigio. Ont été parrains Francisco célibataire oncle paternel, et Joanna célibataire fille de Manoel Joaquim tous deux de Valle de Remigio. De quoi je fais cet acte que je signe les jour mois et an que dessus. »

La longévité

Dernier item pour aujourd’hui : la longévité. Et pour le coup je pars sans a priori à ce sujet, donc laissons parler les chiffres (seuls mes SOSAs sont ici pris en compte, donc ces statistiques excluent la mortalité infantile) :

longevité

Et bien en l’occurrence, on vit environ 7 ans de plus sur ma branche portugaise que sur ma branche morvandelle, et ce sur la plupart des périodes considérées.

Voici un dernier résultat que je n’attendais pas mais qui confirme mon postulat de départ comme quoi le temps est plus long au Portugal !

6 réflexions sur “La saga de l’été au Portugal (3) : le temps

  1. Très intéressant, entre autres l’âge au mariage. Les portugais étaient-ils majeurs plus tard que les français, ou restaient-ils soumis à la volonté des parents plus longtemps ? Pour ce qui est de l’âge au baptême, j’ai trouvé une ville où les enfants étaient baptisés plus âgés, Bordeaux, en tout cas au 17é siècle. Les enfants de presque toutes la ville étaient baptisés dans la même église, Saint André, et il semble qu’il y avait une file d’attente. Les enfants de la tribu que j’ai étudié ont été baptisés entre 2 et 12 jours après leur naissance, et 2 était plutôt l’exception.
    J’attends la suite de ta saga !
    Gilles

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Gilles ! En ce qui concerne l’âge au mariage, c’est une bonne question, à laquelle je n’ai malheureusement pas la réponse. Je ne savais pas du tout que ce genre de baptêmes tardifs existaient également en France ; c’est très étonnant et ça contraste beaucoup avec la « norme » de l’époque !

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