#RDVAncestral – Jeanne PETITIMBERT et Mademoiselle de BRETAGNE

Le #RDVAncestral est un projet d’écriture mêlant littérature et généalogie, dont la règle du jeu est la suivante : Je me transporte dans son époque et je rencontre un aïeul. Ce rendez-vous a lieu tous les troisièmes samedis du mois.

◊◊◊◊◊

Je profite du début de journée pour aller me dégourdir les jambes dans le jardin. En plus d’être le premier jour de l’été, ce samedi est le jour du #RDVAncestral, et je me demande bien lequel de mes ancêtres je vais pouvoir rencontrer aujourd’hui. La seule façon de le savoir étant d’y aller, je ferme les yeux…

Je me retrouve dans un tout autre décor lorsque j’ouvre les paupières. A n’en pas douter, je suis dans mon Morvan natal, mais je ne sais pas exactement où ni quand. Une chose est sûre, il ne fait pas chaud, je suis tombée en plein hiver ! Je suis à quelques centaines de mètre d’un hameau et je décide donc de m’y diriger.

Une conversation attire bientôt mon attention. Je m’approche discrètement d’une grande bâtisse, qui se distingue au milieu des autres maisons paysannes qui composent le hameau. Deux femmes se tiennent sur le pas de la porte. Ou plutôt devrais-je dire une femme et une jeune fille.

La plus jeune semble avoir à peine 18 ans. Elle est vêtue sobrement, à la mode des paysannes du début du XVIIIe siècle, et tient dans ses mains un baluchon qui semble contenir quelques vêtements. L’autre femme a une quarantaine d’années ; la qualité de ses vêtements et la façon dont elle se tient ne laissent planer aucun doute sur le fait qu’il s’agit là de la propriétaire de la demeure. Elle prend la parole pour s’adresser à la jeune fille :

– Et bien Jeanne, nous y voilà. Avez-vous bien récupéré tous vos effets ?

– Oui Mademoiselle, tout est-là, répond Jeanne en désignant son baluchon.

– Très bien, voilà vos gages pour les derniers mois passés à mon service. 

Elle tend quelques pièces à Jeanne, qui les prend et les range soigneusement dans son paquetage.

– Merci Mademoiselle, ce fut un honneur de travailler pour vous.

– Vous devriez y aller, vous avez du chemin à faire jusque chez vos parents, et les journées sont courtes en ce moment. D’autant que j’imagine que vous avez encore des choses à préparer pour le grand jour. C’est un bon mariage que vous faites là, Bernard est un garçon courageux à ce qu’on dit.

Jeanne a tout à coup le rose qui lui monte aux joues. Elle baisse la tête.

– Merci Mademoiselle.

La conversation est terminée, la femme referme la porte derrière elle. Jeanne s’éloigne de quelques pas et vérifie que les pièces qu’elle vient de recevoir sont toujours à leur place. J’en profite pour la devancer à son insu. Lorsqu’elle relève la tête, je fais mine d’arriver par le chemin et je l’aborde comme si de rien n’était.

– Bonjour !

Quelque peu surprise de croiser quelqu’un par ce froid de canard, elle répond à mon salut.

– Il ne fait pas chaud aujourd’hui. Est-ce que ça vous ennuie que je marche avec vous, il semble que nous allons dans la même direction. Je m’appelle Christelle, enchantée.

– Non au contraire, ce sera moins monotone. Je m’appelle Jeanne PETITIMBERT, enchantée également.

– Qu’est-ce qui vous amène par ici ?

– Je viens de quitter le service de Mademoiselle de BRETAGNE, voilà quelques temps que je travaille ici à Parjot comme servante. Comme ça mes parents avaient une bouche en moins à nourrir, et ça m’a permis d’accumuler un petit pécule. Vous savez, je suis l’aînée de ma fratrie, alors mes parents comptent sur moi. D’ailleurs ma mère attend encore un enfant qui devrait arriver à l’été.

– Je comprends. Si vous quittez son service, j’en déduis que c’est pour vous marier alors ?

Les joues de Jeanne deviennent à nouveau toutes roses, et je ne suis pas sûre que le froid suffise à l’expliquer.

– Oui, je me marie mardi avec Bernard BILLARDON. Donc là je retourne chez mes parents à l’Haut de la Chaux pour tout préparer. Bernard quitte son service aujourd’hui aussi, il était placé comme domestique chez Louise GILLOT, la veuve de Maître Claude ALGRAIN à Vaupranges. Son père est maréchal à Chassy, c’est un bon parti, et il est courageux.

– Félicitations ! Vos parents doivent être contents.

– Oh oui, ça leur fera un souci en moins de me voir mariée, c’est sûr.

Je sens qu’il va être temps pour moi de rentrer. Je profite d’un embranchement pour m’excuser, prétextant partir dans l’autre direction. J’attends de m’être suffisamment éloignée pour fermer les yeux et retrouver mon jardin.

◊◊◊◊◊

C’est donc ma SOSA 1725, Jeanne PETITIMBERT, que j’ai eu la chance de rencontrer quelques jours avant son mariage. Née le 15 mai 1719 à Mhère (58) de Pierre PETITIMBERT et Léonarde ROUSSOT, elle se marie le 19 février 1737 avec Bernard BILLARDON. Comme Jeanne l’a mentionné, sa mère mettra encore au monde une petite fille, Anne, le 24 juillet suivant ; il se trouve qu’Anne deviendra ma SOSA 849 (implexe quand tu nous tiens…) !

Jeanne et Bernard s’installeront comme laboureurs à Marigny (le village où j’ai grandi) et auront ensemble au moins huit enfants. Leur mariage durera près de 47 ans, jusqu’au décès de Bernard le 15 janvier 1784. Jeanne décédera cinq ans plus tard, le 31 octobre 1789 à l’âge de 70 ans.

Quant à Mademoiselle de BRETAGNE, chez qui Jeanne a été placée, il s’agit en fait de Mathurine Françoise Renée de BRETAGNE, dame de Parjot et des Chaises, veuve de Claude François ROUSSET, seigneur de Jailly.

carte
De haut en bas : Parjot (Gâcogne), Vaupranges (Mhère), Marigny (Montreuillon), L’Haut de la Chaux (Mhère), Chassy (Montigny) sur la carte de Cassini – Géoportail

Voici leur acte de mariage :

PENTAX Image
Mariage BILLARDON-PETITIMBERT à Mhère – 1737 – Archives Municipales

« Cejourd’huy dix neuf feuvrier 1737 apres les publications de bans faites par trois dimanches et fetes consecutifs aux prones des messes paroissialles de cette eglise sans qu’il sy soit trouvé aucune opposition ny empêchement canonique ny civil comme il parois par la lettre de renduë de Mr le curé de Gacogne dattée du 15 dudit mois et ans que dessus signée Francois Parisot curé de Gâcogne et celle de Mr le curé de Montigny dattee dix sept dudit mois et an que dessus signe P.Laumain curé de Montigny, ont eu la benediction nuptialle apres avoir receu leurs consentemens de present Bernard Billardon agé de 22 ans fils d’Antoine Billardon marechal demeurant a Chassy paroisse de Montigny et de defuncte Magdeleine Arnoult ses pere et mere ledit Bernard Billardon domestique de Louise Gillot veufve de Me Claude Algrin demeurant a Vauprenge de cette paroisse d’une part, et Jeanne Petitimbert agée de 18 ans fille de Pierre Petitimbert labr a L’Hau de la Chaux et de Leonarde Roussot ses pere et mere de cette paroisse laditte Jeanne servante de Mademoiselle de Bretagne de Pergeot de la paroisse de Gâcogne d’autre part, ce es presence d’Antoine Billardon pere dudit Bernard, de Joseph Boussard marechal audit Chassy de Philibert et Jean Billardon ses oncles paternel et maternel, de Pierre Petitimbert pere de laditte Jeanne Petitimbert et de Jean Petitimbert son oncle paternel tous temoins de la paroisse de Montigny et M’hêre qui ont declaré ne seavoir signer de ce enquis. »

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