Salomon FAURE, pasteur protestant

L’homme dont je vais vous parler aujourd’hui, Salomon FAURE, est le grand-père de Salomon PROVENSAL, que j’ai déjà évoqué à plusieurs reprises (vous savez, le huguenot drômois qui s’est enfui après la révocation de l’Édit de Nantes ?). Je vous propose de le suivre au gré de ses affectations en tant que pasteur.

Un pasteur originaire de La Mure

Les parents de Salomon se nomment Pierre FAURE et Françoise GIRAUD ; ils sont originaires de La Mure, mais je n’en sais pas plus à leur sujet. Il s’agit très probablement de La Mure (38), mais je n’en suis pas non plus tout à fait sûre…

Toujours est-il que Salomon FAURE, né dans les années 1590, décide de devenir pasteur. Il aurait étudié à Die (26).

carrière
Histoire des protestants du Dauphiné aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, Volume 2 / par E. Arnaud, pasteurGallica

Venterol (26) – 1614 à 1617

Salomon commence sa carrière à Venterol (26), dont il sera le premier pasteur et où il exercera pendant trois ans, de 1614 à 1617.

Le Bulletin de la Société d’Histoire Vaudoise n°56, daté de septembre 1930, évoque notre pasteur dans un article en italien intitulé « La riforma in Piemonte negli anni 1610-1618. » L’article propose la transcription d’une lettre écrite au Consistoire de Genève, le 11 janvier 1617, par un aumônier du nom de Faure « ministre de camp des troupes françaises de la religion » qui se trouve alors à Turin (à lire sur archive.org).

L’auteur conclut sur les considérations suivantes : « Le nom de Faure est très fréquent dans le sud de la France et a également été porté par plusieurs ministres. Il n’a donc pas été possible de l’identifier avec certitude. Il semble toutefois probable que nous ayons affaire à Jean-Salomon Faure, qui a étudié à Die, a été consacré en 1614 et placé en tant que pasteur à Venterol, dont il fut le titulaire de 1614 à 1620, exerçant son ministère dans d’autres églises jusqu’en 1655. » Difficile pour moi de juger s’il s’agit bien du même homme…

Taulignan (26) – 1618 à 1621 – son mariage avec Louise de FERRES

Il est ensuite envoyé à Taulignan (26) de 1618 à 1621. C’est là qu’il rencontrera sa future épouse, Louise de FERRES.

Louise est alors veuve de Jean PORTAL, notaire à Montélimar (26). Elle est fille de Bernard de FERRES, sieur de la Verrière, et de Françoise d’ESPARRON, descendant ainsi d’une longue lignée de gentilshommes verriers arrivés d’Italie au XVe siècle (voir Roglo).

Ferres
Blason des de FERRES

Le blasonnement des de FERRES est le suivant : « D’azur à trois besants d’argent ; à la bordure échiquetée d’argent et d’azur de deux traits » (d’après L’armorial de Dauphiné par G. de Rivoire de la Bâtie).

Leur contrat de mariage est dressé le 21 novembre 1618 à Taulignan devant Me FLOTTE.

mariage
Contrat de mariage FAURE-de FERRES à Taulignan – 1618 – AD26

« Entre Monsieur Salomon Faure Ministre de la parolle de Dieu fils naturel & legitime a feu Sr Pierre Faure et honneste femme Francoyse Giraud du lieu de la Mure dune pt et damoyzelle Loyze de Ferre vefve a feu Mr Jehan Portal quand vivoit not du Mon[telim]ar filhe naturelle & legitime de noble Bernard Ferre sieur de la Verriere & damoyzelle Francoize Desparron d’aut »

Salomon est assisté « de Sr Salomon Reymond appothicquaire de la ville de Nions, Pierre Chardet marchand de Venterol et Robert Sumaigre, marchand de Taulignan. » Louise est quant à elle autorisée des ses parents et accompagnée de « nobles Charles, Josue, Gaspard, Hector Ferre ses freres, Sr Jacques Laveine son beau frere du Poet Laval, sieur Barthelemy Hugues son oncle maternel de St Pol. »

La dot de Louise est constituée de tous ses droits « desquels elle en faict, Mre & Seigneur doctal led Sieur Faure son futur espoux. » Salomon promet de lui donner des joyaux à hauteur de 300 livres. Il lui donne de plus 300 livres d’augmentation, et elle lui donne réciproquement 150 livres, que le survivant pourra prendre sur les biens du pré-mourant un an après son décès.

Le nommé Salomon REYMOND a été établi comme procureur de Françoise GIRAUD, la mère de Salomon (qui n’a pu faire le déplacement), suivant procuration passée le 4 novembre devant Me DURON à La Mure. « Ayant le mariage pour agréable, » elle fait donation à son fils de « la moitye totalle de ses droits doctaux ou aut en quoy quils concistent ou puissent concister » ou d’une somme de 1200 livres.

signatures
Contrat de mariage FAURE-de FERRES à Taulignan (signatures) – 1618 – AD26

Le couple aura au moins une fille prénommée Isabeau.

Privas (07) – 1621 à 1627 – le Synode national

Après son ministère à Taulignan, Salomon FAURE va exercer à Privas (07) à partir du 1er juillet 1621, où il est affecté suite au synode de Die.

privas
Revue du Vivarais – Gallica

On retrouve en effet la trace de son arrivée dans les registres protestants de Privas :

Privas 1
Registre protestant de Privas – PRP 15 2 – vue 87 – AD07

« Continuation des baptesmes qu’on a transcrit en ce livre ayant esté recouvré soubs le Ministere de Salomon Faure pasteur, accordé a l’Egl. de Privas à la requisition de lad. Eglise par le synode des Eglises reformées du Dauphiné tenu à Dye au commencement de juillet mil six cents vingt un. »

Privas 2
Registre protestant de Privas – PRP 15 2 – vue 88 – AD07

« Ce present livre a esté recouvré le premier de septembre 1625 ayans esté emporté lors que Monsieur de Monmorancy entre en la Ville de Privas pour lequel avoir, il a fallu bailler dix escus,
Continuation des baptesmes et premierement de l’annee 1622, au commencement, soub le Ministere de Salomon Faure pasteur. »

Il assiste sur cette période au XXIVe Synode national, tenu en 1623 à Charenton (94), au sein de la délégation du Vivarais… qui fait l’affront d’arriver avec seize jours de retard !

délégation Charenton
Tous les synodes nationaux des eglises reformées de France , auxquels on a joint des mandemens roiaux, et plusieurs lettres politiques, sur ces matieres synodales, intitulées doctrine, culte, morale, discipline, cas de conscience par M. AymonGallica

Il y exerce encore en septembre 1627 : il assiste alors en tant que témoin au contrat de mariage de Charles de SIBLEYRAS avec Jeanne de COMTE (Revue historique, archéologique, littéraire et pittoresque du Vivarais illustrée : publiée avec le concours d’un groupe d’écrivains ardéchois / fondateur Paul d’AlbignyGallica).

Die (26) – 1629 – et Veynes (05) – 1630

Les deux affectations suivantes connues de Salomon FAURE sont Die (26) en 1629 (par interim) et Veynes (05) en 1630.

Je dois poursuivre mes recherchee sur cette période en consultant :

  • la cote D57 aux AD26 (voir l’inventaire sommaire disponible sur Gallica) qui mentionne une délibération du consistoire de Die entre 1628 et 1639 « sur le paiement de cent livres au pasteur Faure par le fermier du poids des farines, afin que celui-ci puisse faire venir sa fille du Vivarais à Die. »
  • la cote E6605, toujours aux AD26 (voir également l’inventaire sommaire) concernant les comptes consulaires de la commune d’Allan (26) entre 1630 et 1635 dans lesquels figurent un « Faure, pasteur » qui pourrait également correspondre.

Nyons (26) – 1631 à 1646 – son deuxième mariage

Mise à jour du 06/06/2020: Le 23 août 1631, Salomon FAURE arrente une maison à Nyons, où il vient probablement d’être nommé. Les archives de Me FAUVIN et GUION, en ligne sur le site des AD26, contiennent plusieurs actes le concernant sur la période 1631-1646 (principalement des reconnaissances de dette envers lui).

Salomon FAURE, « ministre de l’esglise reformée de Nyons » passe une quittance en mars 1636 envers sa femme Marie PARA (qu’il a donc épousée entre temps) pour une somme de 642 livres « au prix des meubles & biens designés dans l’inventaire. »

Il est listé comme pasteur à Nyons lors du synode d’Alençon de 1637. Nyons dépend alors du colloque des Baronnies, dans la province du Dauphiné.

Alençon
La France protestante, ou Vies des protestants français qui se sont fait un nom dans l’histoire depuis les premiers temps de la réformation jusqu’à la reconnaissance du principe de la liberté des cultes par l’Assemblée nationale / par MM. Eug. et Ém. HaagGallica

Il exerce toujours dans cette ville en 1644, lorsqu’il marie sa fille Isabeau à Jacques PROVENSAL.

Dieulefit (26) – 1652 à 1654 – son troisième mariage

De 1652 à 1654, on retrouve Salomon FAURE à Dieulefit (et Montjoux, qui en était alors l’annexe). C’est en juillet 1652 que son prédécesseur lui passe la main dans le registre protestant de cette localité :

Dieulefit 1
Registre protestant de Dieulefit – 5 Mi 35/R7 – vue 32 – AD26

« J’ay escrit les susd memoires & livres de baptesme, iusqu’au 14 juin 1652 ; auql temps iay quitté l’Eglise reff de Dieulefit & ay esté donné a l’Eglise de Veyne, par le synode tenu a Dye aud temps & ay remis le present livre au Sr Salomon Faure pasteur donné par led synode a l’Eglise de Dieulefit, et me suis soubné ce 1 juillet 1652. Imbert M.
Dieu benie le tout, par sa grace.

Mr Faure Ministre
Memoire des baptesmes durand le ministere du sieur Salomon Faure pasteur doné a l’Eglise reformée de Dieulefit au Synode tenu a Die convoqué le 5 de juin de la presente annee 1652. »

Début 1653, Salomon épouse en troisièmes noces Sarah CHAZOTTE, veuve de Jacques JOUVENON habitant à Montélimar. Je ne sais pas où ni à quelle date précise leur mariage a été célébré, n’ayant retrouvé que les bans publiés à Montélimar (26).

Chosot
Promesse de mariage FAURE-CHOSOT à Montélimar – 6 E 20/4 – vue 16 – AD26

« Il y a promesse de mariage entre monsieur Mre Sallomon Faure pasteur en leglise reformee de Dieulefist dune part et damoyselle Sara Chosote vefve a feu sieur Jaques Jouvenon habitante de la presante Ville de Mon[telim]ar dautre »

Pour l’anecdote : le 24 mars 1653, Salomon FAURE prête 24 livres à Joseph REBOUL, maître potier à Dieulefit (Me Monnier – Le journal libre de l’enclave).

Le 27 février 1654 à Montélimar, le sieur Charles CHEYNET comparaît devant le notaire où il déclare qu’il avait baillé en gage « a damyselle Sarra Chazotte a pnt femme de Mr Me Sallomon Faure ministre […] six culliers d’argeant et une seinture d’argeant avec ses attaches et un paire de bas de soy » contre une somme de 33 livres qu’elle lui avait prêtée. Or « lad seinture & culliers ont esté desrobés a lad Chazotte avec plusieurs au[tres] gages estant dans un seul coffre. » Vu la situation, il offre à Salomon FAURE de « luy randre le paire de bas de soy puis quil sont en nature & le surplus compenser avec lad somme » , ce que Salomon accepte : il rend la paire de bas et tout le monde s’en tient pour quitte ! [2 E 15687 – vues 499-500 – AD26]

Le ministère de Salomon FAURE à Dieulefit semble se terminer en septembre 1654, même si d’autres sources indiquent 1655 :

Dieulefit 2
Registre protestant de Dieulefit – 5 Mi 35/R7 – vue 48 – AD26

« Ici commence le registre des enfants baptisés durant le ministere du Sr Guy Jourdan donné a l’Eglise de Dieulefit au Synode d’Ambrun le 7e septbre 1654. Jourdan Past »

Salomon FAURE décède avant 1659, car Sarah CHAZOTTE est alors dite « veuve de M. Salomon Faure, docteur en sainte théologie » dans l’inventaire-sommaire des archives départementales de l’Ardèche (cote B.93 concernant la bailliage de Villeneuve-de-Berg sur la période 1641-1659).

Epilogue

Voici donc les éléments que j’ai réussi à glaner sur la vie et la carrière de Salomon FAURE. Il a parcouru de nombreux kilomètres, comme la carte ci-dessous permet de le visualiser :

Salomon Faure
Les affectations de Salomon FAURE – Google Maps

J’ignore encore beaucoup sur Salomon : sa naissance, ses deux remariages, son décès… Cependant sa position particulière dans la société d’alors m’a permis de retrouver un certain nombre d’éléments, et j’ai l’impression d’ainsi mieux le connaître !

 

 

23 réflexions sur “Salomon FAURE, pasteur protestant

  1. wolfram2011

    Bravo pour cet article ! Que de recherches et de sources exploitées. C’est impressionnant d’avoir pu trouver autant pour une période aussi éloignée. Je ne connais pas vraiment les archives sur les protestants, peut-être est-ce plus facile de trouver des sources. En tout cas merci pour cet article passionnant.

    Aimé par 1 personne

      1. FERT Anne-Marie

        Merci pour toutes ces informations riches et précieuses, pour moi qui suis une descendante de Bernard de Ferre de la Verrière !
        Pour info:
        j’ai découvert, récemment, le CM de Louise de Ferre de la Verrière et Jehan Portal notaire à Montélimar: le 13/09/1614 (AD26 2 E 3360) à Taulignan.
        Elle a été vite veuve!
        Cordialement.

        Aimé par 1 personne

      2. Bonsoir Anne-Marie, contente que ce billet vous ait intéressé. Mais c’est moi qui dois vous remercier, je n’avais pas trouvé ce contrat ! Je viens d’aller le consulter, c’est passionnant, merci !

        J'aime

  2. Gilles Labeeuw

    Grâce à cet article, nous découvrons Salomon Faure, nouvel ancêtre commun dont, grâce à toi, on fait connaissance. C’est un beau texte, bien documenté. Merci de nous le partager.

    Vu de Sirius, Salomon Faure, vit dans cette première moitié du XVIIe siècle où l’Edit de Nantes permet à un pasteur d’avoir une « trajectoire » peut être pas aussi calme que celle d’un curé de campagne, mais relativement convenable.

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  3. Fert Anne-Marie

    Juste retour des choses Christelle: c’est vous qui m’avez appris que Louise de Ferre ( dont je n’avais que le baptême) avait épousé Salomon Faure étant veuve de Jehan Portal.
    Bonne continuation.

    Aimé par 1 personne

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