#RDVAncestral – Rémy ROY, rue Passe-Demoiselles

Le #RDVAncestral est un projet d’écriture mêlant littérature et généalogie, dont la règle du jeu est la suivante : Je me transporte dans son époque et je rencontre un aïeul. Ceci est ma neuvième participation à ce rendez-vous qui a lieu tous les troisièmes samedis du mois.

◊◊◊◊◊

C’est aujourd’hui le jour du #RDVAncestral mensuel tant attendu ! Il est particulièrement bienvenu ce mois-ci car j’ai grand besoin de m’échapper de mon confinement : aller rendre visite à un de mes ancêtres me fera le plus grand bien. Reste à savoir qui je vais bien pouvoir rencontrer aujourd’hui. Je sors m’asseoir sur le banc à l’arrière de la maison et je ferme les yeux pour me laisser emporter.

Lorsque j’ouvre les yeux, je suis toujours assise sur un banc… sauf que je ne suis plus derrière ma maison. J’observe ce qui m’entoure pour essayer d’identifier où je peux bien être. Je suis en ville, au bord d’une rivière. J’aperçois un peu plus loin ce qui me semble être un port ; l’activité y est foisonnante, des péniches chargent et déchargent charbon et matériaux de construction.

Mais tout à coup un homme, la petite cinquantaine, vient s’asseoir à mes côtés. Il l’a fait machinalement, j’ai l’impression qu’il n’a même pas noté ma présence. Et ça n’a pas l’air d’aller fort. Il pose sur le banc le journal qu’il regardait une minute auparavant et met sa tête dans ses mains comme s’il allait se mettre à pleurer.

Je jette un œil au journal et je reconnais aussitôt L’Indépendant Rémois. Il s’agit du même journal que celui dans lequel Pierre MOUTON, mon précédent #RDVAncestral, a fait paraître sa trouvaille ! Et en l’occurrence il s’agit de l’édition du 29 octobre 1888.

Je me décide à l’aborder :

– Monsieur, ça ne va pas ? Je peux vous aider ?

Il s’aperçoit alors de ma présence. Il m’observe quelques instants comme pour juger de mes intentions. Je semble avoir passé l’examen, car il me répond bientôt.

– Ça ne va pas vraiment non, mais je ne pense pas non plus que vous puissiez m’aider. Ma femme vit avec un autre homme et continue à mettre au monde des enfants qui ne sont pas de moi mais qui portent mon nom, et demain tous mes meubles seront vendus car j’ai fait faillite. Alors vous comprendrez que je n’ai pas vraiment le moral.

Aïe. En effet ce n’est pas joyeux, moi qui avais besoin de me changer les idées je commence à regretter. En tout cas j’ai bien compris à qui j’avais affaire : il s’agit à l’évidence de mon ancêtre Rémy ROY, jardinier à Reims (51). J’avais déjà écrit un article sur le drôle de couple qu’il formait avec son épouse Adeline CHELIFOUR : Rémi Alexandre ROY et Jeanne Adeline CHELIFOUR : un ménage à trois ?

Il me tend le journal et me montre l’encart le concernant, ce qui me confirme aussitôt que mon intuition était la bonne :

presse
L’Indépendant Rémois du 29/10/1888 – RetroNews

Je lis à haute voix :

« Le Mardi 30 Octobre 1888, à une heure après-midi, à Reims, au domicile de M. Remy-Roy, Jardinier, rue Passe-Demoiselles, on vendra : 65 Chassis, environ 400 Cloches, un lot de Paillassons, Plancher, Madriers, Terreau, Terre d’égout, Choux de Bruxelles, Choux, Salades, Carottes et autres Légumes, Tables, Cuisinière, Buffet et autres Objets. S’adresser pour les renseignements, à M. Brésillon, huissier à Reims impasse de la Tirelire, mandataire du vendeur. »

Rémy a à nouveau plongé sa tête dans ses mains. Je n’aurais peut-être pas dû lire tout haut après tout, je regrette de l’avoir fait. J’essaie de renouer la conversation.

– Qu’allez-vous faire ?

Il soupire.

– Bonne question. Je ne sais pas trop. Demain, tout sera vendu. Je prendrai mon baluchon et j’essaierai de trouver un autre endroit pour vivre, ici ou ailleurs. Je louerai mes services en tant que journalier je suppose, car il faut aussi que j’aide mon vieux père. Et avec un peu de chance je retrouverai une place de jardinier, et peut-être même une femme qui m’aimera mieux que la précédente.

Je suis contente de voir qu’il pense malgré tout à l’avenir, il faut qu’il reprenne du poil de la bête. Je n’ose pas lui poser de question au sujet d’Adeline et de ses enfants (car les premiers sont bien de lui même si ce n’est pas le cas des plus jeunes), je ne pense pas que ça l’aiderait vraiment.

– J’en suis sûre, lui dis-je simplement. Vous m’excuserez mais il est temps que j’y aille.

Je le salue, je me lève et je m’éloigne. Je me retrouve bientôt dans la rue Passe-Demoiselles, où habite encore mon ancêtre pour quelques jours. Quel nom de rue charmant et atypique ! Je ferme les yeux pour retourner chez moi.

passe demoiselles
Rue Passe-Demoiselles sur le plan de la ville de Reims en 1889 – Archives Municipales de Reims

◊◊◊◊◊

Rémy ROY va encore déménager à plusieurs reprises. Sa prochaine adresse sera rue de Vesle, 254, et sa dernière à Verzenay (51) où il rencontrera Joséphine Victorine LECOMPERE avec qui il finira sa vie. Mais c’est une autre histoire.

En attendant, Rémy va devoir assister à la vente de ses meubles. Il sera déclaré en état de faillite par jugement du 14 décembre 1888.

presse
L’Indépendant Rémois du 15/12/1888 et du 26/02/1889 – RetroNews

 

 

 

16 réflexions sur “#RDVAncestral – Rémy ROY, rue Passe-Demoiselles

  1. Solène

    C’est vrai que l’on est tout de suite dans l’histoire, on a vraiment l’impression de le connaître ! Quelle tristesse pour lui. J’en ai profité pour lire ton précédent article sur sa vie et le moins que l’on puisse dire c’est que sa vie fût assez rocambolesque et compliquée ! Contente de savoir que ça s’est amélioré par la suite pour lui ! Merci pour ce partage.

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