#29Février, le jour de trop pour Antoinette VAURILHON

29 février 1848. Antoinette sait que c’est la fin. Elle n’est pas si vieille, seulement 57 ans, mais sa vie de labeur et ses neuf grossesses l’ont usée. Partir un 29 février, quelle ironie ! Ce jour qui commence à peine aura vraiment été le jour de trop…

Antoinette se remémore son enfance. Elle est née le 19 mai 1790 dans le village du Sopt, qui dépend de la commune voisine de Condat-lès-Montboissier (63). Elle a à peine connu son père, Antoine VAURILHON, décédé alors qu’elle avait un ou deux ans. Elle n’a aucun souvenir de lui, si ce n’est ce que lui en a dit sa mère. Il était scieur de long, comme la plupart des hommes du pays.

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Baptême de Toinette VORILON à Condat-lès-Montboissier – 1790 – AD63

Sa mère, Françoise IBERTIE, s’est remariée avec un cultivateur veuf, François DESBARGES, le 13 septembre 1792 à Echandelys (63). C’est comme ça qu’Antoinette est arrivée sur la commune. La famille a vécu quelque temps au Faux Planta, avant de s’installer au Buisson alors qu’Antoinette avait six ou sept ans. Cinq demi-frères et sœurs sont nés du remariage de sa mère.

carte
Les lieux de vie d’Antoinette VAURILHON à Condat et Echandelys – Carte de Cassini – Géoportail

Antoinette est ensuite partie travailler en tant que domestique ; elle a été en service à la Bournerie, commune de Condat. Et puis l’année de ses 18 ans, elle a épousé celui qui passerait toute sa vie à ses côtés, Benoît VAISSE, cultivateur et scieur de long au Moulin de Gery, de cinq ans son aîné. Avant les noces, ils ont convoqué le notaire d’Echandelys, le 7 août 1808, pour passer leur contrat de mariage ; ils s’étaient tous réunis dans la maison du sieur VARENNE à Condat.

CM
Contrat de mariage VAISSE-VAURILHON à Echandelys – 1808 – AD63 (obtenu via le Fil d’Ariane)

Benoît était accompagné de ses parents, Claude VAISSE et Anne BERAUD. Elle était venue avec sa mère et son beau-père. Antoinette se rappelle encore dans les moindres détails de la dot constituée par ses parents : « un lit garni de couhette traversin deux linceuls un capuchon six jupons trois brassieres six robbes garnies et assorties un coffre bois dur fermant a clef garni de son menu linge et une brebis mere. » Il y en avait tout de même pour 120F ! Benoît, quant à lui, a été institué « heritier general et universel pour le quart en preciput et pour sa portion par egalité dans les autres trois quarts de tous les biens qui resteront » par ses parents.

Antoinette elle-même avait un petit pécule… tout du moins en devenir. En effet elle avait en sa possession diverses créances pour un montant de 1600F, pour la majeure partie héritées de son père et de son grand-père. Quelle fierté de remettre les titres à son futur époux ce jour-là ! C’est dire qu’Antoinette n’était pas un mauvais parti !

Antoinette et Benoît se sont mariés trois semaines plus tard, le 28 août 1808 à Echandelys, et ils se sont installés au Moulin de Gery, le village des VAISSE, qu’ils n’ont plus quitté.

mariage
Mariage VAISSE-VAURILHON à Echandelys – 1808 – AD63

Antoinette a eu de la chance, elle a eu dix beaux enfants, et sept ont vécu. Il y a d’abord eu Jean en 1812, Anne en 1814 (qui a vécu à peine deux ans), François en 1816, Antoine en 1818, des jumeaux Pierre et Jean en 1821 (Pierre n’a vécu que deux mois), Marie en 1823, Benoît en 1826*, Claude en 1828*, et la petite dernière Marie en 1829.

Oh oui, une belle vie, pas de quoi se plaindre même si ça n’a pas été tous les jours facile. Et puis les décès se sont enchaînés : d’abord son beau-père Claude VAISSE en 1838 (il avait 76 ans), suivi par sa mère Françoise IBERTIE en 1842 (à l’âge de 75 ans).

Et il y a un peu plus d’un an, c’est son époux Benoît VAISSE qui est parti, le 27 novembre 1846 ; il avait 61 ans. Elle se souvient encore de la déclaration qu’ils avaient dû faire pour sa succession. Ses enfants avaient hérité de vaches pour 160F, d’un char estimé 14F, une charrue 3F, des chaudrons et marmites 20F,une batterie de cuisine 4F, trois bois de lits 18F, une table 4F, une armoire 10F, un coffre 10F, et le vestiaire 30F. Il y avait aussi des immeubles pour un capital de 2860F : un bois, deux pâtures, six parcelles de terre et un pré, le tout pour un peu plus de trois hectares, ainsi que les bâtiments du Moulin de Géry. C’était un héritage correct, même si une fois partagé en sept ça ne faisait plus bien lourd. De son côté, elle ne laisserait que les 1600F de son contrat de mariage.

Heureusement, elle a aussi marié entre temps trois de ses enfants : Jean en 1839 avec Françoise LAGRANGE, Antoine en 1841 avec Jeanne MARQUET et Marie, il y a six mois en 1847 avec Pierre RIGOULET. Ses quatre autres enfants ne devraient pas tarder à se marier eux aussi, mais elle n’aura pas le bonheur de les voir, vu la tournure que prennent les choses.

C’est fou comme ça défile vite une vie. En ce matin du 29 février 1848, elle se sent partir pour son dernier voyage. Elle ferme les yeux. Il est six heures du matin.

décès
Décès de Antoinette VAURILHON à Echandelys – 1848 – AD63

◊◊◊◊◊

THE END… enfin presque !

◊◊◊◊◊

*Petite bouteille à la mer en mode « je n’y comprends rien » pour terminer cet article. Deux des enfants d’Antoinette me posent problème : il s’agit de Benoît (surtout) et Claude (un peu). Je m’explique.

Benoît est né le 20 janvier 1826, et il est décédé le 2 avril de la même année à l’âge de 3 mois (l’acte de décès est filiatif et ne prête pas à confusion). Sauf que Benoît continue d’apparaître dans les recensements (l’âge colle parfaitement) ainsi que dans la déclaration de succession de ses parents ; il s’est aussi marié le 26 août 1854 à Echandelys avec Marie ROUVET (son acte de mariage le dit né le 20 janvier 1827 à Echandelys, date à laquelle il n’y a pas de naissance, j’en déduis une simple coquille sur l’année) et il est décédé le 24 février 1868 à l’hôpital militaire de Bône en Algérie à l’âge de 42 ans !

Quant à Claude, né le 12 janvier 1828, il n’est pas cité dans la déclaration de succession de son père en 1847. Il est donc décédé avant, mais impossible de mettre la main sur son acte de décès. Il n’apparaît pas non plus dans les Tables de Successions et Absences de Saint-Germain-l’Herm.

J’ai un temps soupçonné que Benoît ne soit en fait que le nom d’usage de Claude (c’eût tout expliqué), mais c’est impossible vu que les deux enfants apparaissent ensemble dans les tables du recensement : ce sont bien deux enfants distincts.

1836 Vaisse
Recensement de 1836 – Echandelys – AD63

Je vois deux types d’explication possible en ce qui concerne Benoît :

  1. Il n’y a qu’un Benoît, et pour une raison qui m’échappe l’acte de décès du nourrisson du 2 avril 1826 est faux. Soit il a ressuscité (!) soit il y a erreur sur la personne.
  2. Il y a deux Benoît : celui qui est né et décédé en 1826, et un autre. Dans ce cas peut-être que la naissance n’a pas été déclarée (suite à un oubli). Auquel cas le Benoît non déclaré aurait par la suite utilisé l’acte de naissance de son frère homonyme décédé, plutôt que de faire faire un acte de notoriété?

Alors si vous avez des idées pour éclairer ma lanterne, n’hésitez pas, car je sèche… Peut-être les registres de catholicité pourraient-ils m’aider à trancher ?

 

 

 

 

 

14 réflexions sur “#29Février, le jour de trop pour Antoinette VAURILHON

  1. Une vie bien remplie effectivement pour Antoinette, avec ses joies et ses peines.
    Je vois que nous avons des problèmes similaires en tout cas. Les actes de catholicité te seront sans doute d’un grand secours s’ils sont accessibles. S’il y a deux Benoît, serait-il né dans une autre commune ?

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Sébastien ! Oui deux mystères assez semblables en ce qui nous concerne aujourd’hui. Tous les enfants sont nés au Moulin de Gery, donc peu probable qu’il soit né ailleurs, et si c’est le cas pas trouvé via Filae…

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  2. Au-delà de cette tranche de vie joliment rédigée, le 29 février est décidément propice aux mystères! En te lisant j’ai pensé également aux 2 hypothèses que tu formules. Et je vois que la troisième qui a traversé mon esprit (un jumeau) a déjà été formulée par Béatrice. 😊 En réalité ce serait ton hypothèse numéro 2 avec une option jumeau 😁

    Aimé par 1 personne

  3. Danielle Bureau

    J’ai d’autres références (vérifiées) pour Benoît: né le 20/1/1825, décédé le 28/11/1846, marié le 26 août 1854 avec Marie ROUVET .
    et pour Claude né le 12/1/1827.
    Le tout à Echandelys. Voir http://david.lejeune2.free
    Par contre j’aimerais avoir des infos sur leur arrières grands parents : André Vaisse et Jacqueline Tonnelier ! Merci de me contacter si vous avez quelque chose …

    Aimé par 1 personne

    1. Bonsoir,
      Malheureusement le lien m’emmène sur une « Erreur 403 », il semble que je n’aie pas les droits pour accéder à la page…
      La naissance de Benoît est bien en 1826 (vue 23/168 dans le registre) et celle de Claude en 1828 (vue 37/168), il n’y a pas d’acte à ces dates en 1825 et 1827. J’ai bien la même date pour son mariage. Le 27/11/1846 est la date de décès de Benoît père (le mari d’Antoinette VAURILHON et non son fils, qui est bien décédé en 1868 – vue 133/155).
      Je n’ai pas d’informations pour l’instant sur André VAISSE et Jacqueline TONNELIER malheureusement, mis à part la naissance de leurs 6 enfants à Echandelys. Je vous tiens au courant si je trouve quelque chose !

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