#RDVAncestral – Jean Louis André GUIETTE, infirmier major à Laon (02)

Le #RDVAncestral est un projet d’écriture mêlant littérature et généalogie, dont la règle du jeu est la suivante : Je me transporte dans son époque et je rencontre un aïeul. Ceci est ma septième participation à ce rendez-vous qui a lieu tous les troisièmes samedis du mois.

◊◊◊◊◊

Deux mois se sont déjà écoulés depuis mon dernier rendez-vous ancestral ! J’ai hâte de savoir lequel de mes ancêtre je vais rencontrer aujourd’hui. Je profite d’un moment de calme pour m’isoler à l’étage. Je m’installe confortablement dans un fauteuil et je ferme les yeux avant de tomber dans un demi-sommeil…

J’ouvre les yeux à l’extérieur. Il fait chaud, très chaud même. Un soleil d’été écrasant illumine le village où je me suis réveillée.

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8 Fi 106 – Canton de Craônne/Eglise de Beaurieux/vue prise de la place Octobre 1875– AD02

J’aperçois bientôt une femme qui semble attendre quelqu’un : elle regarde de tous côtés en se triturant les mains. Son visage s’illumine tout à coup lorsqu’elle aperçoit un jeune homme apparaître au coin de la rue. Arrivé à sa hauteur, il lui prend les mains en la couvant du regard. Il semble avoir tout juste une vingtaine d’années, bien plus jeune qu’elle qui semble en avoir presque trente-cinq.

– Rose, ma chérie, désolé de t’avoir fait attendre.

– André ! Je suis si contente de te voir ! Allons-y, tout le monde nous attend.

Le couple entre alors dans un bâtiment où les attendent plusieurs personnes : le notaire bien entendu, mais aussi les parents du jeune homme et deux amis qui leur serviront de témoins. Je me faufile derrière eux, sans que personne ne semble s’apercevoir de ma présence.

J’ai compris à présent que je suis face à mes ancêtres Jean Louis André GUIETTE et Marguerite Rose CHOFFIN. Nous sommes le 24 juillet 1794, ou plutôt devrais-je dire le 6 thermidor an II, et je me trouve dans le village de Beaurieux (02), à une trentaine de kilomètres au sud de Laon !

C’est le père d’André, Louis GUIETTE, qui prend alors la parole :

– Bonjour Maître, ça y est tout le monde est là, nous pouvons commencer.

– Très bien. Je suppose que tout le monde sait pourquoi nous sommes réunis. Pouvez-vous s’il vous plaît me confirmer votre état-civil jeunes gens ?

André prend alors la parole :

– Je m’appelle André Guette, j’ai 20 ans. Je suis fils de Louis Guette, menuisier ici à Beaurieux, et de Geneviève Rubigny, qui sont là avec moi. Je demeure présentement à l’ambulance de Laon. Je suis infirmier major à l’hôpital militaire.

C’est ensuite au tour de Rose :

– Je m’appelle Roze Choffin, j’ai 33 ans. Mes parents sont décédés tous les deux. Mon père Jean Choffin était garde de bois à Bussy-les-Ramont, et ma mère s’appelait Cécile Fuzillier.

– Très bien. J’ai déjà rédigé l’acte dans les termes que vous m’avez communiqués. Je vais vous en faire lecture, vous me confirmerez que tout est bien conforme quand j’aurai terminé.

Le notaire entreprend alors la lecture de l’acte, en commençant par énoncer à nouveau les noms et qualités des parties. Alors que je m’attends à assister à la relecture d’un contrat de mariage, il continue ainsi:

Lesquelles parties desirant s’unir ensemble par mariage suivant la loy de la republique francoise une et indivisible ont fait entre eux les promesses et accords ainsy qu’il suit c’est a sçavoir ;

Que lesdits André Guette et laditte Roze Choffin se sont promis et promettent par ces presentes la foy de mariage et quils s’uniront ensemble aussitost que leurs affaires leurs permetteron l’un et l’autre, sans pouvoir par eux changer ny se pourvoir envers d’autres personnes qu’elles, et consentent lesdittes parties sçavoir ledit André Guette du consentement de sesdits père et mere quy s’obligent et promettent sous l’obligation de touts leurs biens n’en prendre point d’autre en mariage que laditte Roze Choffin sous les peines prononcées par la loy ;

Et laditte Roze Choffin, n’en prendre egallement point d’autre que ledit André Guette en mariage sous les memes peines prononcée par la loy, et pour l’execution des presentes lesdittes parties comparantes ont obligé et affecté et hypotequés touts leurs biens presents et a venir comme de tenir et entretenir ces presentes sans aller a l’encontre sous peine renoncant

La lecture est déjà terminée. Le notaire lève les yeux vers mes ancêtres :

– Vous me confirmez que tout est correct ?

– Oui Maître.

– Très bien. Il ne me reste plus qu’à ajouter le nom des témoins dans ce cas : Jean Pierre Truy marchand et Sebastien Legrand pannetier. Voilà. Vous pouvez venir signer.

André et ses parents s’approchent tour à tour du bureau du notaire afin de signer l’acte. Rose déclare quant à elle ne pas savoir écrire.

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Promesse de mariage GUIETTE-CHOFFIN – 1794 – AD02

– Voilà, c’est terminé. Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une bonne journée !

Et bien on peut dire que c’était vite expédié… Tout le monde dit au revoir au notaire en le remerciant, puis ressort dans la rue. La lumière est aveuglante après ces quelques instants passés à l’intérieur.

André serre tendrement Rose dans ses bras. Il salue ensuite ses parents.

– A très vite !

Et il repart d’où il était venu…

Il est temps pour moi de repartir également. Je me réveille dans mon fauteuil.

Cette rencontre me laisse beaucoup d’interrogations ! Rose et André se marieront quatre mois plus tard à Laon (02), le 28 brumaire an III (18 novembre 1794). Pourquoi ont-ils ainsi dû attendre pour se marier ? Est-ce à cause des obligations militaires d’André, ou y a-t-il d’autres éléments dont je n’ai pas connaissance ? Et pourquoi rédiger une telle promesse ? Craignaient-ils que la situation s’éternise au point que l’un d’eux ne change d’avis ?

Je m’assois à mon bureau et je reprends les données en ma possession sur ce couple d’ancêtres. Après leur mariage, ils resteront plusieurs années à Laon, où naîtront trois de leurs enfants : Louise Thérèse Rose le 18 nivôse an III (André est alors infirmier major à l’hôpital ambulant), Nicolas Marie le 14 floréal an IV (André est toujours employé à l’ambulance de Laon) et Henri André le 8 nivôse an VI (André est alors devenu menuisier comme son père). Par la suite, la famille retournera s’installer à Beaurieux, où André restera menuisier jusqu’à la fin de sa vie.

L’enchaînement des dates m’intrigue… il doit y avoir quelque chose à creuser de ce côté là. Je fais rapidement une frise chronologique :

frise

Mais bien sûr… Rose avait découvert sa grossesse, et faute de pouvoir se marier rapidement (même si je ne sais toujours pas pour quelle raison), le couple a eu recours à cette promesse de mariage. J’imagine que pour elle il était important d’être rassurée sur le fait que le père de son enfant n’allait pas s’évaporer dans la nature, la laissant déshonorée et mère célibataire !

J’espère simplement que ce rendez-vous ancestral rêvé n’est pas trop idéalisé, et qu’André ne s’est pas présenté chez le notaire contraint et forcé…

12 réflexions sur “#RDVAncestral – Jean Louis André GUIETTE, infirmier major à Laon (02)

    1. Merci Béatrice. En effet ce n’était pas si commun. Je pense aussi aux obligations militaires, même si la situation n’a pas l’air fondamentalement différente de ce point de vue lorsqu’il se marie quelques mois plus tard…

      J'aime

  1. La « promesse de mariage » » correspondait aux fiançailles. Une sorte de « pré-mariage », d’une période plus ou moins longue durant laquelle les époux établissaient leur avenir : travail stable, constitution de dot, d’économies etc. pour stabiliser leur futur et ne pas risquer de tomber dans l’indigence en quittant leur famille. C’est d’ailleurs, me semble-t-il, assez clair dans l’acte du notaire : « s’uniront ensemble aussitost que leurs affaires leurs permetteron l’un et l’autre, sans pouvoir par eux changer ny se pourvoir envers d’autres personnes qu’elles »

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  2. Je rejoins Catherine, au Pays basque aussi, je suis tombée sur plusieurs contrats (ou pactes) de mariage qui s’effectuaient longtemps avant les noces. Le terme de « promis » prend alors tout son sens. Mais ton hypothèse est plausible, surtout avec la différence d’âge : elle avait peut-être peur que le père de son futur enfant ne prenne la tangente 😉

    Aimé par 1 personne

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