Jean LONGBRAY, une histoire d’adultère

Vous est-il déjà arrivé de vous rendre compte que vous étiez passé à côté d’une information capitale sur certains de vos ancêtres ? C’est ce qui m’est arrivé récemment avec Jean LONGBRAY, le deuxième époux de la SOSA 2569 de mon fils. Je vous ai raconté sa vie dans mon article « F comme FLAMME : une fratrie remarquable » du ChallengeAZ 2019. Je pensais en savoir déjà beaucoup sur lui, jusqu’à ce que je réalise que je n’avais rien compris.

Ce que je savais

Je vous invite à aller lire ou relire ma lettre F, et sinon voici un résumé de ce que je savais jusque là sur Jean LONGBRAY :

  • Il a épousé Catherine LOCQUET le 22 janvier 1695 à Condé-sur-l’Escaut (59). Catherine est alors veuve de Pasquier FLAMME, de qui elle a retenu trois enfants (Nicolas, Catherine et Pasquier).
  • Ils avaient passé un contrat de mariage le 31 décembre 1694. On y apprend que Jean est boucher et qu’il est originaire de Béclers en Belgique (j’avais initialement lu Berles mais mes dernières découvertes m’ont permis de corriger).
  • Il ne savait pas signer lors de son mariage, mais il a appris à le faire par la suite (une signature assez touchante et maladroite).
  • Catherine LOCQUET renonce à son viager le 7 juin 1717 au profit des enfants de son premier mariage qui procèdent alors au partage des biens immobiliers. Elle décède le 2 novembre 1719, sans avoir à ma connaissance donné d’enfant à Jean LONGBRAY.
  • On retrouve par la suite Jean LONGBRAY dans les archives notariées à trois reprises, lorsqu’il met en location une maison située au Cocq puis à Macou (19 janvier, 11 juin et 7 août 1724).
  • Il décède dix ans après sa femme, le 20 décembre 1729 ; il est qualifié dans son acte de sépulture de « garde des bestiaux. »

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je trouve que c’est déjà pas mal pour un ancêtre ayant vécu au début du XVIIIe siècle. En tout cas je m’en étais satisfaite.

De découverte en découverte

Et puis en faisant des recherches sur une toute autre famille, juste en dessous de l’acte de baptême que je consultais, je trouve ceci :

bapteme1
Baptême de Jeanne Joseph LONGBRAY à Condé – 1720 – AD59

« Jeanne Joseph Longbray fille de Jean et d’Agnes Vincent son epouse legitime de cette paroisse née le 14 a minuit fut baptizée le meme jour. Parein Pasquier Flamme, mareine Jeanne Subile le pere present lesquels ont signez excepté la mareine. »

Tiens ! Serais-je passée à côté d’un remariage de Jean LONGBRAY ? Je reconnais bien sa signature, et c’est son beau-fils Pasquier FLAMME qui est parrain. Catherine LOCQUET étant décédée le 2 novembre 1719, et cette naissance ayant eu lieu le 14 décembre 1720, je ne devrais pas avoir de mal à retrouver le mariage. Et je le trouve en effet à la date du 2 décembre 1719, tout juste un mois après le décès de Catherine ! Un tel empressement est étonnant : j’ai déjà vu des remariages très rapides lorsqu’il y a des enfants en bas âge, mais là ce n’est pas le cas… Et la lecture de l’acte me réserve une grosse surprise :

mariage
Mariage LONGBRAY-VINCENT à Condé – 1720 – AD59

« L’an 1719 le 2 du mois xbre apres la publication de deux bans faite en cette eglise, scavoir le 26 et le 30 dudit mois, vu la dispense d’un bans et d’un empeschement de crime d’adultere accordé par messieurs les vicaires generaux signé de Monsr Lalou et plus bas Canaple secretaire ont esté par nous mariez apres que nous avons eu pri leur consentement mutuel et aïant recu de nous la benediction nuptiale, Jean Longbray agé de 50 ans, de son styl censier demeurant dans cette paroisse fils de Jean et de Jaqueline Vastrade pere et mere demeurant dans cette paroisse et Marie Agnès Vincent agé de 30 ans de ceste paroisse fille de Michel de son stil censier et de Catherine Francois, demeurant dans cette paroisse, assistes de Francois Delecleuse et de Louis de Lecluse temoins qui ont fait leur signe ordinaire declarant ne scavoir signer. »

Une dispense d’un empêchement de crime d’adultère !? C’est la première fois que je vois ça… Dois-je en déduire que Jean LONGBRAY fricotait déjà avec Agnès VINCENT avant le décès de Catherine LOCQUET ???

C’est ce que me confirme un petit crochet par Geneanet : le couple a déjà eu un enfant deux ans auparavant… et Agnès était partie accoucher en Belgique, à Ellignies-Sainte-Anne (qui se trouve à une petite vingtaine de kilomètres de Condé).

bapteme2
Baptême de Noël LONGBRAY à Ellignies-Sainte-Anne – 1718 – search.arch.be

« Le 26 de xbre 1718 a été batizé Noel Longbray enfant adulterin de Jean et d’Agnes Vincent etrangers de la parroisse de Condez : le parrain fut Martin Hanart, et Marie Jeanne Hanart la maraine. Le parrain de cette parroisse et la marraine de la parroisse d’Aubechies. »

Le couple aura en tout six enfants :

  • Noël (1718), fils adultérin né à Ellignies-Sainte-Anne ;
  • Jeanne Joseph (1720), dont le parrain est Pasquier FLAMME, fils de Catherine LOCQUET ;
  • Jean Baptiste (1723), dont le parrain est Jean Baptiste FLAMME (un des petits-fils de Catherine LOCQUET par son fils Nicolas) et la marraine Catherine Joseph DEGAGE (une de ses petites-filles par sa fille Catherine) ;
  • Paqué Joseph (1726), dont le parrain est à nouveau « Paqué » FLAMME ;
  • Catherine (1727) ;
  • Jacques Joseph (1730), né posthume.
signature
Signature de Jean LONGBRAY à Condé – 1726 – AD59

Le baptême du troisième enfant, Jean Baptiste, est enregistré sous le nom de LONGPRET, au lieu de LONGBRAY, ce qui donnera lieu à un procès verbal de rectification par le bailli à l’occasion de son mariage en 1758. Son parrain Jean Baptiste FLAMME témoigne, ainsi qu’un nommé Jean BOCQUET, ce qui nous permet de pénétrer un peu plus dans la vie de Jean LONGBRAY :

« Est aussy comparu Jean Bocquet boucher en cette ville agé de soixante deux ans ou environ, lequel après serment par luy fait de dire verité, a dit et declaré d’avoir parfaite connoissance de feu Jean Longbray et de Marie Agnès Vincent sa femme aussy defunte pour avoir resté chez eux pendant vingt ans ou environ et qu’il est très memoratif que le 26 may 1723 Jean Bte Flamme et Catherinne Joseph Degage ont tenu sur les fond de bapteme un de leurs enfants qui a eté nommé Jean Bte Longbray, ce qu’il sçait avec d’autant plus de certitude, qu’il restoit alors avec Jean Longbray et que c’est le meme enfant qu’il a placé à Valenciennes pour y aprendre le metier de boucher, ou il est encore actuellement. »

En résumé

Reprenons : Catherine LOCQUET a eu trois enfants avec Pasquier FLAMME. Son second époux Jean LONGBRAY la trompe et a un enfant adultérin avec Agnès VINCENT. A peine Catherine est-elle enterrée que Jean épouse Agnès. Et les enfants et petits-enfants de Catherine deviennent tranquillement parrains et marraines des enfants du couple.

Il n’y a qu’à moi que ça semble bizarre ? Les enfants FLAMME cautionnaient-ils la situation et le fait que leur beau-père trompait leur mère ? Leur mère elle-même était-elle au courant ? J’en viens à me poser toutes les questions…

Mais je crois que la seule conclusion qui s’impose, c’est que nous ne connaissons jamais nos ancêtres. Même lorsque nous avons la chance de retrouver suffisamment d’informations pour étoffer leur vie, les rendant moins « invisibles » , nous continuons d’ignorer leur personnalité et ce qui les animait ! Je crois bien que nous sommes là aux limites de la généalogie…

 

18 réflexions sur “Jean LONGBRAY, une histoire d’adultère

    1. Mes pensées n’avaient pas vagabondé dans cette direction 😱… Je me suis plutôt demandée dans quel état physique et de santé Catherine a passé ses dernières années, voire si elle-même, regrettant de ne pas avoir pu lui donner d’enfant et se voyant décliner, n’aurait pas consenti à la situation. Mais qui sait ?

      Aimé par 2 personnes

  1. Très intéressant ! Il m’est arrivé aussi de me poser des questions en lisant des registres paroissiaux, en trouvant, à Rouen, si mes souvenirs sont bons, un nombre important sur plusieurs années d’enfants illégitimes, nés avant mariage, jusqu’à deux ou trois pour un même couple, d’enfants illégitimes nés d’une femme mariée ayant déjà des enfants de son mari, et qui en aura encore d’autres dudit mari après la naissance hors mariage. Je me rappelle m’être dit que, décidément, le curé ne tenait pas ses paroissiens… Et tout ça sans compter les enfants sur lesquelles les maris fermaient plus ou moins gentiment les yeux en les déclarant légitimes.

    Je pense qu’en fait, selon les lieux, les époques, les conditions dans lesquelles vivaient nos ancêtres, la morale officielle était observée d’une manière plus ou moins élastique, comme maintenant. La pression sociale existait, forcément, mais il y avait aussi la vie réelle, qui ne suit pas toujours la vie rêvée.

    Merci pour cet article qui repose effectivement de bonnes questions sur une des limites de la généalogie.

    Aimé par 1 personne

  2. Merci beaucoup pour ce commentaire ! Le cas que vous citez est très perturbant ! C’est sûr qu’on peut se poser beaucoup de questions, et je pense en effet que l’Eglise avait du mal à maintenir la morale parmi ses ouailles.

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  3. Véronique DEBORDE arbre sur généanet : "verodamien"

    Fin 19°, j’ai trouvé le même cas en Vendée : 6 mois après le décès de son épouse, l’homme se remarie et légitime par le mariage 2 enfants qu’il avait eu auparavant alors que son épouse était vivante ! Je n’ai pas vérifié pour les parrains et marraines…

    Aimé par 1 personne

  4. Encore une fois un article de haut vol et très instructif. La généalogie est une source intarissable d’informations dans un cadre limité, celui des traces écrites du passé. Autant on ne cesse jamais d’en apprendre, autant effectivement sauf à tomber sur un journal intime il est difficile de connaître les pensées intimes de nos aïeuls. Et c’est là qu’on bascule dans les hypothèses et les scènes romancées. Pas le choix Christelle : la prochaine étape c’est l’écriture d’un livre!

    Aimé par 1 personne

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