T comme THOMAS : Claude Joseph, bourgeois de Condé et mayeur de Fresnes

Je profite de ce challengeAZ 2019 pour vous présenter la branche de mon conjoint originaire de Condé-sur-l’Escaut (59). Pour cette lettre T, je vais vous parler Claude Joseph THOMAS, qui fut bourgeois de Condé et mayeur de Fresnes.

Sa naissance à Condé

Claude Joseph THOMAS naît le 23 juillet 1682 à Condé, de Joseph et de Marie Jeanne SOHIER. L’accouchement semble avoir été difficile, car la sage-femme a cru l’enfant suffisamment en danger pour devoir le baptiser à la hâte.

1682-07-23 naissance Thomas Joseph Claude
Baptême de Claude Joseph THOMAS à Condé-sur-l’Escaut – 1682 – AD59

« 23. Joseph Claude Thomas fils de Joseph et Marie Jeanne Sohier p. Mr Nicolas Charpentié et Melle Marie Margueritte Lambert. L’enfant ayant esté baptizé auparavant en necessité par la sage dame »

Claude Joseph est né dans une bonne famille : son père Joseph est dit tour à tour échevin ou lieutenant de la ville de Condé. Un de ses frères, Joseph Albert, est prêtre et chanoine à Condé.

Son mariage avec Marguerite Joseph DECORNAIX

Marguerite Joseph DESCORNAIX est née le 21 mars 1694 à Condé, d’Antoine et d’Elisabeth BREDA : il s’agit également d’une famille importante.

Le couple se marie le 14 avril 1711 à Condé. Il a vingt-huit ans, elle en a dix-sept.

1711-04-14 mariage Thomas-Decornez
Mariage THOMAS-DECORNEZ à Condé-sur-l’Escaut – 1711 – AD59

« Le 18 mars 1711 : en pnce de Joseph Thomas Joseph Debloise et autres avec consentement de la mere de la contractante sont fiancés
          Claude Joseph Thomas
          Margueritte Joseph Decornez
Le premier ban publié    le 22 mars
Le second                           le 25 mars
Le 3e                                   le 29 mars
et sont épousés le 14 avril 1711 en pnce de Joseph Thomas, Jean Debreda et Joseph Deblois soubsignéz. »

Ils ont auparavant fait établir un contrat de mariage le 17 mars 1711 :

« Entre Claude Joseph Thomas assisté du Sr Joseph Thomas Eschevin de cette ville de Condé d’une part, et Margueritte Joseph De Cornaix assistée du Sr Joseph Deblois son beaupere et Delle Elizabeth Breda sa propre mere demeurans en cette ville d’autre part »

Joseph THOMAS, le père du marié, leur donne pas moins de 1200 livres Hainaut et s’engage à les « nourir, allimenter, blanchir et loger pendant un année a commencer du jour de la celebration dud mariage. »

Joseph BLOIS et Elizabeth BREDA ont remis à Jean BREDA (je suppose qu’il s’agit du mambour de la mariée, même si ce n’est pas précisé dans l’acte) 800 florins pour sa fourmourture. Ils lui doivent également 300 livres pour ameublement selon les termes de leur contrat de mariage : 100 florins sont déjà aux mains de Jean BREDA, et les 100 livres restantes seront versées « aussitost led mariage consommé. » Si jamais Elizabeth BREDA venait à mourir avant la récolte (était-elle souffrante pour qu’une telle clause soit insérée ?), Joseph BLOIS « profitera de la depouille des terres qu’il a assemencé et qui appartiendroient alade de Cornaix. »

Enfin, il est établi que le survivant des futurs époux sera héritier de tous les meubles.

signatures
Contrat de mariage THOMAS-DECORNEZ à Condé-sur-l’Escaut – 1711 – AD59

Claude Joseph et Marguerite auront ensemble six enfants : Catherine Joseph (1712) ; Albertine Joseph (1714) ; Joseph (1716) ; Philippe Joseph (1718-1781) ; Barbe Rosalie Joseph (1720) ; Augustin Joseph (1723).

Transactions immobilières à Condé

Claude Joseph THOMAS et Marguerite DESCORNAIX sont censiers, ils forment un ménage plutôt aisé, c’est donc sans surprise qu’on les retrouve chez les échevins et chez le notaire.

Pour commencer, le 22 octobre 1718, devant le mayeur et les échevins de Condé, ils prennent en arrentement perpétuel, avec faculté de rachat, « une grange, escurie et cour faisant partie d’une maison et héritage scitué en cette ville […] le longt de la rue Derveau […] jusques […] à la grande porte qui s’ouvre sur la place de Saint Wasnon […] et par derierre tout le longt du cymetierre » appartenant à Georges FRANCOIS, marchand graissier au faubourg de Fresnes. La rente sera de 110 livres par an. Le rachat pourra se faire « à l’avenant du denier vingt cincq. »

Ils devront un droit de passage « au Sr Jehu chanoinne de cette ville ses domestiques et autres à pied, cheval et charriot et autres voitures tout le longt de la chaussée qui est dans la cour menant d’une porte à l’autre. » Georges FRANCOIS se réserve le pouvoir « de prendre dans lad cour dix pieds de terraing de la largeur du coeur de l’esglisse paroissialle sans en rien payer […] en cas qu’on veulle faire grandir led coeur. »

Les détails donnés dans cet acte permettent de situer les lieux en question sur le plan de Condé :

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Emplacement approximatif de la cour, grange et écuries prises à rente par le couple THOMAS – plan de Condé de 1826 – AD59

Pour caution du paiement, le couple THOMAS rapporte « trois quarts d’une maison et héritage sur la place de Saint Wasnon de cette ville où réside apresent le nommé Dauber Me chirurgien » , cette maison leur appartenant « du chef de lad Descornaix, estant en premierre nopce et led sr Thomas n’ayant aucun bien de son chef scitué sur la banlieu et chef lieu de Vallenciennes ny ailleurs. »

Par la suite, le 9 décembre 1721, « les sieurs Philippe Augustin de Breda et Jacq Francois Desvignes demts à Bourlon et Avesnes le Secq » louent pour neuf ans à Claude Joseph THOMAS plusieurs parties de terre leur appartenant, à savoir : un demi bonnier de terre labourable sur Vieux-Condé, six journeux de terre à Vieux-Condé en trois pièces, et neuf huittelées de terre sur Condé en trois pièces. Il devra leur verser 50 livres Hainaut chaque année, « bien et duement cultiver lesd terres et les fumer d’une pleine ou de deux demy fumures […] sans souffrir qu’il y soit fait aucun villain trou ny cavain. »

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Bail BREDA-DESVIGNES-THOMAS à Condé (signatures) – 1721 – AD59

Deux ans plus tard, le 10 février 1724, c’est à nouveau chez le notaire que comparaissent Claude THOMAS « bourgeois et censier de cette ville » et son épouse. Ils vendent à Mathias LEROY et Jean RAZE la partie de maison dont il est question dans l’acte de 1718, à charge par ces derniers d’en payer la rente annuelle de 69 livres 11 sols Hainaut, rachetable au denier 45. Le prix de la vente est fixé à 550 livres Hainaut, payées comptant.

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Vente THOMAS-LEROY (signatures) à Condé-sur-l’Escaut – 1724 – AD59

Fresnes-sur-Escaut

Quelques mois après cette vente, le 21 juillet 1724, Marguerite Joseph DESCORNAIX décède à l’âge de 30 ans… au faubourg de Fresnes. J’ai un peu de mal à appréhender la chronologie des événements et à savoir si ce décès à cet endroit était fortuit, ou si le couple avait entre temps déménagé à Fresnes.

Claude Joseph THOMAS va se remarier par la suite avec Marie BREDA. Malheureusement je n’ai pas mis la main sur leur acte de mariage, je ne sais pas où il a eu lieu.

Le 23 septembre 1727, Claude Joseph THOMAS se rend à nouveau chez le notaire avec Joseph DEMOULINS. Les deux sont dits « bourgeois de cette ville y demeurans » (d’où mes interrogations sur la date du déménagement de Claude Joseph THOMAS). Les deux hommes baillent pour trois ans à Georges HIVER, maître cordonnier, une maison située sur la place Saint Wasnon (qu’il occupe déjà). Le loyer annuel est fixé à 26 écus à 48 patars pièce. Le locataire devra entretenir les vitres, mais aussi les cordes et seaux du puits. Sans doute s’agit-il là de la maison rapportée en caution dans l’acte de 1724.

signatures
Bail THOMAS-HIVER (signatures) à Condé-sur-l’Escaut – 1727 – AD59

Par la suite, c’est uniquement au faubourg de Fresnes que je retrouve la trace de Claude Joseph THOMAS, confirmant qu’il y a bien emménagé. Il y est laboureur et en deviendra le mayeur !

Décès et inventaire

Claude Joseph THOMAS, mayeur de Fresnes, y décède ainsi le 8 mai 1752 à l’âge de 69 ans.

1752-05-08 décès Thomas Claude Joseph
Décès de Claude Joseph THOMAS à Fresnes-sur-Escaut – 1752 – AD59

« L’an de grace mil sept cent cinquante deux le huit de may est decedé Claude Joseph Thomas agee de septante ans epoux de Marie Bredas tous deux native de Condé lequel fut inhumez le jour suivant dans l’eglise avec les ceremonies ordinaires de l’eglise son fils present lequel a signé »

Deux jours après son décès, le 10 mai 1752, un inventaire de ses biens est réalisé à la réquisition de ses enfants : « Inventaire des meubles, effets, hor argent ustencille de labeurre chevaux et papier trouvés en la maison mortuaire de feu le sieur Claude Thomas mayeur du village de Fresne. »

L’inventaire commence dans la cuisine, avec l’énumération des traditionnels ustensiles de ménage. La pièce contient notamment « une dreiche de fresne a trois porte et sa bayt » ainsi qu’un « boit de lits de chesne avec des mauvais rideau« , mais aussi « deux ecritoirre et un vannoire de verd. »

Il se poursuit dans la première chambre, où on notera entre autres une tabatière, un miroir, neuf cadres, une garde-robe de chêne, un bois de lit de chêne avec des rideaux bleus. Puis c’est au tour de la seconde chambre, qui contient des choses aussi variées qu’un mauvais garde-vent a trois portes, trois tonneaux à farine, un tas de plume, des couverts en argent et quelques vêtements.

Rien de très notable dans la cave, puis on passe à la cour où sont stockés un chariot, une herse, deux charrues et un petit tas de fumier. Les animaux sont bien sûr dans l’écurie : il y a quatre chevaux et un poulain, quinze poules et un coq.

La plus grande richesse de l’inventaire réside certainement dans les papiers : pas moins de quarante références cotées de A à NN ! Il faut dire que Claude Joseph était quelqu’un d’important… Il y a, au milieu des quittances, décharges et autres comptes, titres et lettres, plusieurs documents intéressants. Citons par exemple la « copie collationné du testament de Catherinne Breda » , le compte concernant « Marie Jeanne ancienne servante du defund » ou la « copie du contrac de mariage de Joseph Blois et d’Elisabeth Breda Ve du Sr Decorné. » Et enfin plusieurs documents concernant la canardière (mémoire et registres concernant la livraison de canards, farde concernant le prince et la canarderie, etc.) : si le sujet vous intrigue, je vous conseille cet article sur le sujet.

Mais ce n’est pas encore fini, car il faut maintenant inventorier les récoltes encore en terre : seigle, hivernage, avoine, sucoron (escourgeon ou orge d’hiver), froment, pâture, foeuvre (fèves ?) et trèfle, le tout répartis sur une quinzaine de parcelles dont j’ai estimé la superficie totale à près de 19 hectares.

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Extrait de l’inventaire après décès de Claude Joseph THOMAS – 1752 – AD59

Epilogue : des éléments de succession

C’est donc ainsi que s’achève le parcours de Claude Joseph THOMAS. Mais pour autant sa succession n’est pas encore réglée, et ses héritiers retournent chez le notaire deux ans plus tard, le 9 avril 1754, pour mettre en location ses propriétés.

« Ont fait scavoir que les heritiers de feu le sieur Claude Thomas font exposer a bail et louage pour une année seulement […] plusieurs parties de terre labourables […], a charge par les fermiers adjudicataire de payer leurs rendage a la Ste André prochaine »

L’adjudication se fait en deux parties : la matin pour les terres situées au pied du cimetière de Fresnes, et l’après-midi pour celles situées au pied du cimetière de Vieux-Condé. Les pièces sont adjugées une à une au plus offrant : il y en a cinq à Fresnes, adjugées pour un total de 163 livres 5 sols ; les huit parcelles de Vieux-Condé sont quant à elles adjugées pour un total de 257 livres.

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Adjudication THOMAS – 1754 – AD59

Quarante ans plus tard, la succession est toujours indivise. Le 25 pluviôse an IV, les héritiers de Claude Joseph THOMAS et Marguerite DESCORNAIX se rendent devant le notaire de Nord-Libre. Sont présents « les citoyens Louis Albert Guignard à titre de Catherine Joseph Thomas, la dite Catherine Joseph Thomas, François Carlier à titre de Cécile Joseph Thomas, la dite Cécile Joseph Thomas, François François à titre d’Albertine Maclart, la dite Albertine Maclart se faisant fort et agissant tant pour elle que pour les autres héritiers de defunt Maclart et Louise Maclart sa sœur, et François Thomas et Magdelaine Debonnet son epouse. »

Ils vendent au plus offrant:

  • un bonnier de terre situé à Fresnes, adjugé à Louis Albert GUIGNARD et Catherine Joseph THOMAS pour 2250F. La vente est donc suspendue, les adjudicataires faisant partie des héritiers.
  • un journel de terre situé à Nord-Libre, adjugé à François DUBOIS pour 600F

Puis le 8 prairial an IV, ils vendent à Antoine François LAPCHIN, berger à Fresnes, et son épouse Jeanne Joseph MASSY la moitié d’un bonnier de terre pour un prix de 270 écus faisant 810F

« Furent presents François Thomas cultivateur demeurant au fauxbourg de cette commune, terroir de Fresnes, Marie Magdelaine Debonné, sa femme, Louis Joseph Guignard aubergiste demeurant en cette ville à titre de Catherine Thomas, la dite Catherine Thomas, François Carlier mauchisseur au même lieu à titre de Cécile Thomas, et la dite Cécile Thomas, […] puissants les dits vendeurs de faire la presente vente pour le bien, dont s’agit, leur competer et appartenir comme cohéritiers de defunts Claude Joseph Thomas et Marguerite Joseph Descornaix et par suite d’Albertine Joseph Thomas, fille dud Claude Joseph Thomas religieuse à Condé, lequel bien a été recuperé par les dits vendeurs et leur a été rendu par la Republique française en vertu des loix existantes. »

C’est ainsi que j’ai appris que la deuxième fille de Claude Joseph THOMAS prénommée Albertine Joseph avait été religieuse à Condé !

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