S comme SAPIN : Philippe Joseph et son bateau « D’Arras »

Je profite de ce challengeAZ 2019 pour vous présenter la branche de mon conjoint originaire de Condé-sur-l’Escaut (59). Pour cette lettre S, je vais vous parler de Philippe Joseph SAPIN et de son bateau, le « D’Arras. »

L’homme dont je vais vous parler aujourd’hui est le père de Jean Baptiste SAPIN et le grand-père d’Alexandre, que je vous ai présentés à l’occasion de ma lettre E.

Fils de batelier

Philippe Joseph SAPIN est fils d’Antoine François, batelier, et de Marie Jeanne Françoise GILLIOT. Ses parents se sont mariés le 8 juin 1700 à Condé :

1700-05-30 mariage Sapin-Gillot
Mariage SAPIN-GILLOT à Condé – 1700 – AD59

« Le 30 maÿ 1700 : en pnce de Jean François Delacroix, Michel Sapin et Catherine Boudifle sont fiancés
Antoine François Sapin
Marie Jeanne Françoise Gillot de Fraisne
Le premier ban publié    le 30 maÿ
Le second                          le 31 maÿ
Le 3e                                  le 1 juin
controllé le 7 juin fol 14
Et sont épousés le 8 juin 1700 : en pnce d’Antoine Sapin, André Gillot, Henrÿ Joseph Demoustiez et autres tess »

Le couple avait établi un contrat de mariage le 29 mai devant les échevins de Condé :

« Entre Antoine Francois Sapin mre battelier de Condé jeusne home fils Antoine accompagné de son père d’aultre part Marie Jenne Francoise Gillio aussy jeusne fille accompagné d’Antoine Crudenaire son beaupere et de Margte Dieu sa mere »

Dans ce contrat, Antoine SAPIN promettait de livrer son fils « francq et libre des touttes debtes a la reserve de ce quil doibt de son batteau et ustensilles. » Antoine CRUDENAIRE promettait quant à lui de payer comptant à sa belle-fille 200 livres Hainaut pour sa fourmourture, comme convenu dans son contrat de mariage avec Marguerite DIEU, mais aussi de « lamenager et habillier selon qua son estat appertient, et en recompense des bons services quelle luy a rendu jusque a present il luy a donné a delivrer come dessus la some de six cens livres ts. » Il était finalement convenu que le dernier vivant serait héritier des biens meubles du pré-mourant.

cdmsg
Contrat de mariage SAPIN-GILLOT à Condé – 1700 – Archives Municipales

Vous noterez la très belle signature du marié, Antoine François SAPIN, et de son père Antoine ! L’épouse sait écrire elle aussi.

Mais revenons à Philippe Joseph : troisième d’une fratrie d’au moins neuf enfants, il naît quatre ans après le mariage de ses parents, le 15 août 1704 à Condé. Il deviendra lui aussi batelier.

1704-08-15 naissance Sapin Philippe Joseph
Baptême de Philippe Joseph SAPIN à Condé – 1704 – AD59

« 15 : Philippe Joseph Sapin fils d’Antoine François et Marie Jeanne Françoise Gilliot. p. Philippe Degage. m. Anne Joseph Gi? »

Son mariage avec Anne Joseph BRICQUE

Il épouse Anne Joseph BRICQUE le 19 septembre 1730 à Condé.

1730-09-19 mariage Sapin-Bricque
Mariage SAPIN-BRICQUE à Condé – 1730 – AD59

« Le dix neuf 7bre mille sept cent trent apres la publication de trois banc ont esté par nous mariés apres avoir pris leur consentement mutuel et recu de nous la benediction nuptialle Philippe Joseph Sapin agé de vingt six ans battellier de son style fils d’Antoine Francois battellier de Condé et de Francoisse Gillot sa mere natif de Fresne et d’Anne Joseph Bricque agée de vingt huit ans fille d’Antoine de cette paroisse et de Marie Madelaigne Durot sa mere, de la paroisse de Fresne, assistés de Mr Henrÿ Joseph Demoutiéz eschevin de cette ville, d’Antoine Bricque, Marie Jeanne Francoisse Gillot et Anne Joseph Gillot tous tesmoins de cette paroisse lesquels ont signé de cet interpellé »

Le couple aura quatre enfants nés à Condé : Anne Joseph (1733), Augustin Joseph (1734), Catherine Joseph (1736-1813) et une fille née sans vie (1742). Anne décède, probablement des suites de couche, le 5 juin 1742 à l’âge de 40 ans.

L’achat du « D’Arras »

Le 26 septembre 1742, Philippe Joseph SAPIN émet une obligation devant Me FONTAINE, notaire royal à Lille :

« Est comparu Philippe Joseph Sapin battelier de Condé sur Lecaux de present en cette ville de Lille. » Il déclare devoir à Dreux Louis Joseph SCHEPRELLE, marchand à Tournai, la somme de 951 florins 15 patars argent d’Espagne (les écus à 65 patars et 1 liard). Le sieur SCHEPRELLE a en effet payé cette somme pour lui à Louis CANDELET, « nachelier [= nacelier, constructeur de bateaux] au faubourg de la Barre pour le prix d’un batteau appellé d’Arras que ledit Sapin avoit acquit d’iceluy. »

Philippe Joseph SAPIN s’engage à lui payer « à chaque tour de Tournay la somme de douze livres de gros monnoye susdite sans aucune interruption et cent florins ditte monnoie à chaque grand tour de la ville de Douay sans que deux tours puissent ratindre l’un l’autre non plus que pour le tour de Gand à chacun desquels il promet et s’engage de paier aussy la somme de cent pareille florins. » Les paiements sont donc conditionnés aux tours de bateaux effectués par Tournai, Douai ou Gand ! Les paiements continueront « de tour à autre » jusqu’au remboursement complet de la somme.

Le bateau servira de garantie pour le paiement. Enfin, Philippe Joseph SAPIN s’engage à « luy faire valoir les interest sur le pied de six pour cent paiable d’année en année. »

lille
Obligation SAPIN-SCHEPRELLE à Lille (signatures) – 1742 – AD59

Son remariage avec Marie Madeleine Joseph ROTY

Six mois après le décès de sa première femme, Philippe Joseph épouse en secondes noces Marie Madeleine Joseph ROTY, le 11 novembre 1742 à Antoing (Belgique). Il a alors 38 ans, elle en a 25.

1742-11-11 mariage Sapain-Roty
Mariage SAPAIN-ROTY à Antoing – 1742 – search.arch.be

« Le 11 de 9bre apres la publication de 3 bans faite en cette paroisse scavoir le 21 28 d’8bre et 1r de ce present et en celle de Condé comme il nous a paru par le certificat du Sr Lemaire pasteur de la dte ville et apres avoir donné leurs consentement mutuel furent par nous mariés Philippe Joseph Sapain agé de 39 ans battelier de Condé vefve d’Anne Joseph Bricque d’une part et Marie Magdeleine Rotÿ agée de 25 ans fille de feu Claude et de Marie Jenne Fievez sa mere de l’autre part en presence des tesmoins a ce appellez tels que Louis Joseph Rotÿ frere a l’espouse et Louis Joseph Truffin battelier de profession lesquels ont tous declaré ne scavoir ecrire »

Le couple aura au moins huit enfants, nés dans les villes le long des canaux (Condé, Lille, Douai et Gand pour ceux que j’ai réussi à trouver) : Georges Joseph (1743), Jean Baptiste Joseph (1745-1822), Philippe Joseph (1746), Marie Noëlle Joseph (1748-1750), Henri Joseph (~1749-1822), Marie Louise (~1753-1804), Marie Françoise (1755) et Jean Joseph (~1760).

Une transaction un peu obscure

Le 2 octobre 1750, Philippe Joseph SAPIN n’a pas encore fini de régler ses dettes envers le sieur SCHEPERELLE, qui est décédé entre temps. Sa veuve, qui demeure à Tournai, semble s’inquiéter quant aux paiements, et on retrouve donc notre protagoniste chez le notaire à Condé :

« Philippes Joseph Sapin Me battelier de la navigation de cette ditte ville » pour pouvoir acquitter son obligation, déclare « abandonner aladitte damelle Scheperelle la somme de huit livres de gros a chaque grand tour de Tournay Douay et Gand monnoye d’Hainaut autrichienne. »

Ensuite, je ne comprends pas tout… L’acte dit : « bien entendu et specialement conditionné que laditte damelle [ne pourra] inquieter ledit Sapin tant que ledit L’Heureux marchand de charbon de Mons luy fournira des urages et fera payer [a lad] damelle Scheperelle laditte somme de huit livres de gros monnoye avant ditte a chaque tour qu’il pourra faire de Mons Douay Tournay et de Gand et dont le Sieur Louis Finard marchand de cette ditte et commissionnaire dudit Sr L’Heureux et son procureur de luy suffissament etablis et icy present et intervenant pour ledit Sr L’Heureux a promis de payer et compter a son acquit et après les payemens cy dessus conditionnés de huit livres de gros avant dit et des payements que ledit Sapin peut avoir fait cy devant a l’acquit de laditte obligation il luy seront decompté et liquidés. » Ouf !

Si je comprends bien, le sieur L’HEUREUX, marchand de charbon de Mons, promet de payer à la place de Philippe Joseph SAPIN. Mais la raison et les contre-parties ne sont pas explicitées. Serait-ce lui qui a dorénavant la jouissance du bateau ? Je veux bien un peu d’aide pour l’interprétation si quelqu’un a des idées !

sign
Transaction SAPIN-SCHEPERELLE-L’HEUREUX à Condé (signatures) – 1750 – AD59

Epilogue

Philippe Joseph SAPIN décède le 5 novembre 1766 à Condé, à l’âge de 62 ans (même s’il en paraît huit de moins).

1766-11-05 décès Sapin Philippe
Décès de Philippe Joseph SAPIN à Condé – 1766 – AD59

« L’an mil sept cent soixante six, le cinq du mois de novembre, à dix heures du soir, est decedé Philippe Sapin agé de cinquante quatre ans, maitre battelier, et le lendemain fut inhumé en présence des temoins soussignés »

Marie Madeleine ROTY décédera bien des années plus tard, le 9 nivôse an XII à Lille, Rivage de la Basse Deûle.

4 réflexions sur “S comme SAPIN : Philippe Joseph et son bateau « D’Arras »

  1. La transaction obscure est effectivement très … obscure ! Je pense que ton idée est la bonne. Je suis très admirative de toutes tes transcriptions qui jalonnent ce challenge. Je ne suis pas sure que mes doigts taperaient l’orthographe d’antan en toute fluidité 🙂 et ne parlons pas du correcteur automatique !!

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