R comme RIGAUT : Nicolas, le boucher Rémois

Je profite de ce challengeAZ 2019 pour vous présenter la branche de mon conjoint originaire de Condé-sur-l’Escaut (59). Pour cette lettre R, je vais vous parler de Nicolas RIGAUT, le boucher Rémois.

Je vais vous raconter cet ancêtre sous l’angle des recherches que j’ai faites pour le retrouver, c’est à dire en partant de son fils Etienne.

Etienne RIGAUT, boucher à Condé

Etienne RIGAUT, boucher, est né le 8 juin 1699 à Condé. Fils de Nicolas et Marguerite DELANGRE, il épouse Marie Adrienne GHISLAIN le 4 février 1727 à Fresnes-sur-Escaut (59).

L’acte de mariage est filiatif, et Nicolas RIGAUT, qui assiste au mariage de son fils, appose une belle signature au bas de l’acte :

1727-02-04 mariage Rigaux-Guislain
Mariage RIGAUT-GUISLAIN à Fresnes-sur-Escaut – 1727 – AD59

Nicolas RIGAUT et Marguerite DELANGRE

Pour remonter à la génération précédente, il me faut donc trouver l’acte de mariage de Nicolas et Marguerite. Je découvre en consultant les tables de mariage qu’ils se sont mariés le 6 mai 1696 à Condé. Malheureusement, pour cette période, la table existe mais pas le registre ! J’aurais pu me retrouver bloquée…

… mais la chance est avec moi, car Nicolas et Marguerite ont dressé un contrat de mariage le 25 avril 1696 ! Il ne s’agit pas d’un acte passé devant notaire (consultable aux Archives Départementales du Nord), mais devant les échevins (et donc consultable aux Archives Municipales de Condé).

cdm
Contrat de mariage RIGAUT-DELANGRE – 1696 – Archives Municipales de Condé-sur-l’Escaut

« A l’honneur de Dieu et de nre mere la ste eglise catholicque et romaine le traicté et alliance de mariage se fait et conclud, d’entre Nicolas Rigault vallet de la vefve Arnould Thiecon et Margte Delangre servante a Anne Cambier, accompagné de leur parens et amis soubsignés, et cest soubs les debvises et conditions suivants

Premierement du costé dudit Rigault pour n’avoir rien du tout a porter au pnt mariage pour estre pauvre n’en a esté fait aucune declaration nayant aucun bien en fond de part ny d’autre

Mais come il est vefve de feue Jenne Laignier ayant retenu dicelle un enffans només Jenne Rigault, a laquelle a esté fait de fourmorture de vingt quattre livres tournoy une fois, pourveu et moyennant quicelle fille ne leve sa maisneté meubliere, attendu quil n’a aucun meubles a eux, et sy elle le voulloit lever ou manbour en son nom, elle sera exclud de laditte fourmorture, quoy quil n’y a pas meubles, et quelle n’en doib … mais la pnte condition se fait pour eviter dificulté, a delivrer quand laditte fille aura attaing leage de dix huict ans ou quant elle prendra estat de mariage ou aultres estat honnorable,

Du costé deladte Delangre pour estre aussy sans comodité ny au… argent ny meubles n’en a esté declaré en estant ledit Rigault …

Ayant esté debvisé expressement que  le dernier vivant deulx deux demeurera en tous biens meubles joyaux et catels et a tous aultres reputés pour tels,

A l’entretenement du pnt contract de mariage les parties ont promis furnir a tous ce que dessus et aller avant a iceluy mariage endedans quarante jours sy nre mere la ste eglise y consente, a quoy ils se sont obligés sur xxs ts de peine le crand renforcher de xs avecq serm in fa fait et passé à Condé pns les notaire royal et homes de fiefs soubsignés ce vingt cincq  d’apvril 1696 advertissant que la pnte est subiect au droict de controlle pour le droit duquel sera payé cincq sous attendu que les parties n’ont aucun biens en fond ny aultres »

Avec toujours la même belle signature :

sign
Contrat de mariage RIGAUT-DELANGRE – 1696 – Archives Municipales de Condé-sur-l’Escaut

Ce contrat m’apprend plusieurs choses. Tout d’abord que les mariés sont sans le sou. Ils sont respectivement valet et servante, et n’apportent strictement rien en mariage. Etonnant qu’un homme si pauvre sache écrire, or la fluidité de la signature ne laisse aucun doute. Et surtout, j’apprends que Nicolas est veuf d’une certaine Jeanne LAIGNIER, avec qui il a eu une fille prénommée Jeanne. Voilà de quoi poursuivre mon enquête.

Nicolas RIGAUT et Jeanne LAIGNIER

Me voilà donc partie à la recherche du couple RIGAUT-LAIGNIER. Mais aucune trace d’eux à Condé… Il faut donc que j’élargisse un peu géographiquement. A tout hasard, je vérifie sur Filae si je ne trouve pas la trace du couple.

Filae me renvoie un résultat : Nicolas RIGAN aurait épousé Jeanne LAGNIER le 11 mars 1684… à Reims (51), paroisse Saint-Pierre ! Elargir géographiquement oui, mais à ce point ? Reims se situe tout de même à 150 km de Condé ! Je suis sceptique.

Mais bon, qu’est-ce que ça coûte d’aller vérifier ? Je trouve l’acte comme indiqué.

1684-03-11 mariage Rigau-Lagnier
Mariage RIGAUT-LAGNIER à Reims – 1684 – AD51

Est-ce que ça vous a aussi sauté aux yeux ? La signature ! Aucun doute, il s’agit bien de la même, très reconnaissable avec l’étoile à cinq branches qui finit le T ! J’ai donc bien retrouvé mon homme !

« L’an de grace 1684 le unzieme de mars apres avoir publié les bans en trois jours de dimanche a la messe de paroisse et veu la dispense d’epouser nonobstant le temps de caresme et en consequence d’un bref obtenue pour lever l’empeschement de consanguinité au troisieme degres comme il nous est apparue par l’acte de la fulmination du dit bref faict pardevant Monsieur l’official de Reims en date du        signé la susdite publication faicte entre Nicolas Rigau agé d’environ vingt deux ans fils de Jacque Rigau Mre boucher et de Nicolle Huet ses pere et mere d’une part et Jeanne Lagnier agé de vingt et un an fille de Poncelet Lagnier aussi Mre boucher et de Marie Chevenot ses pere et mere d’autre part toutes deux de cette paroisse sans qu’il soit eu aucuns empeschement excepté celuy de consanguinité dont il est faict mention cy dessus j’ay Jacque Flandrin pretre habitué de la paroisse de St Pierre a Reims soussigné du consentement de Monsieur le curé de la dite paroisse receu d’eux la promesse et consentement de mariage faict les ceremonies accoutumées et celebré le mariage dans l’eglise de la dite paroisse en presence du pere de Henry Chasté oncle du marié de Claude Chevenot cousin de Poncelet Chasté oncle de la mariée qui ont avec le marié signé le present acte la mariée aiant declaré ne scavoir escrire »

Je peux donc à présent reprendre l’histoire à l’endroit.

De Reims à Condé

Nicolas RIGAUT est donc fils de boucher, et il épouse Jeanne LAIGNIER, également fille de boucher, le 11 mars 1684. Il était temps, car Jeanne accouche d’une petite fille une semaine plus tard ! La petite Jeanne RIGAUT naît le 19 mars 1684.

Nicolas, devenu boucher à son tour, perd son père Jacques RIGAUT le 28 juillet 1694. Puis c’est son épouse Jeanne LAIGNIER qui décède le 16 janvier 1696, toujours à Reims Saint-Pierre, à l’âge de 35 ans environ.

C’est donc peu après le décès de sa femme que Nicolas quitte Reims pour Condé. Trois mois et demi plus tard, le 6 mai 1696, il y épouse Marguerite DELANGRE. Je n’ai pas la moindre idée de ce qui l’a poussé à ainsi tout abandonner pour se retrouver sans le sou à 150 km de chez lui…

Nicolas RIGAUT est venu de Reims avec sa fille Jeanne, mais également avec sa mère Nicole HUET, qui décède à Condé le 19 avril 1698. Après avoir servi en tant que valet à son arrivée à Condé, il redevient bientôt boucher, métier qu’il transmettra à son fils Etienne.

Nicolas et Marguerite auront ensemble six enfants : Catherine (1697-1697), Etienne (1699-1782), Nicolas Joseph (1702), Jeanne Françoise (1706-1706), Anne Jeanne (1708) et Marie Florence (1713-1713).

On découvre un autre élément dans les archives notariées : le 20 janvier 1720, Nicolas RIGAUT et Jean François DELANGRE assistent à une criée « au pied de la maison de ville. » Ils remportent pour la somme de 350 livres par an le bail d’une « grande maison jardin et heritage […] gisant en cette ville a la haynette et parderiere au rampart nommé vulgairement le vieu refuge de Crespin » exposée à louage par les tuteurs de l’enfant de feu Paul DENIS ; à charge par eux de payer leur loyer, d’entretenir les vitres et de livrer cent bottes de paille « pour employer a la couverture de lad maison. »

criée
Bail par adjudication ensuite de criée à Condé (signatures) – 1720 – AD59

Suite et fin

Nicolas RIGAUT décède entre septembre et novembre 1727 à l’âge de 65 ans environ. C’est précis sans l’être, vous allez bientôt comprendre pourquoi.

En février 1727, Nicolas assiste au mariage de son fils Etienne et signe au bas de l’acte, comme on l’a vu plus haut. En novembre 1727, sa veuve vend ses biens. Retrouver le décès devrait être facile vu la période relativement bien ciblée entre ces deux événements, non ? C’est sans compter la lacune du registre entre septembre et décembre 1727 ! Jusqu’au bout cet ancêtre aura décidé de me compliquer la vie !

lacune
Lacune à Condé-sur-l’Escaut – 1727 – AD59

« Nota que depuis ces enregistremens il n’est fait aucun renseignement des morts jusqu’a mil sept cent vingt huit pour avoir esté malheureusement deschirez et cela pour les avoir mis dans un registre separé a dessin de les escrire ensuite dans dans ce registre »

Le 24 novembre 1727, Marguerite DELANGRE, veuve, vend donc ses meubles à une femme d’Hergnies (59) nommée Marguerite CORDIER, épouse de Bernard DUPRIEZ, pour la somme de 800 livres « payé comptant, en espèces sonnantes » :

vente.png
Vente RIGAUX-DUPRIEZ à Condé-sur-l’Escaut – 1727 – AD59

« Fut presente Margueritte Delangre, veuve de feu Nicolas Rigaux, bourgeoise de lad ville, y demeurante, laquelle a connu et declaré d’avoir bien et leallement vendu les meubles et effets, cy après specificativement declarés, à damoiselle Margueritte Cordier, femme du Sr Bernard Dupriéz, fils de Charles, resident au village d’Hergnies, icy presente et acceptante un lict, un traversin, et deux oreillers de plumes, un matelat de laine, une couverte de laine jaune et une verte, un bois de lict de chesne avec les verges de fer et rideaux de serge verte, une garderobe de bois de chesne, une dreiche a deux portes et tiroirs aussy de chesne avec sa barre à pots, quatre grands plats, cinq moyens et douze assiettes d’estain, cinq plats de fine fayance, deux pots de chambre et une grande escuelle à la souppe d’estaing, deux chandeliers de cuivre et deux d’estain, douze pots de fayance à couvepes d’estain, un tournebroche et une lisfride, un esteindoire à braises de cuivre, six chesses de bois de serissier, un tapis de toille cirée, deux habits d’homme, l’un de drap bleuate et l’autre de dauphine roussatte, six serviettes et deux paires de drap, trois tableaux, une canne à traire lay et un chaudron de cuivre et six chemisses d’homme. »

Malheureusement la raison de cette vente n’est pas précisée. Marguerite a-t-elle tout vendu pour subvenir à ses besoins, ne pouvant elle-même pas poursuivre l’activité de boucherie ? Elle-même décédera le 28 novembre 1730 à Condé à l’âge de 64 ans environ.

8 réflexions sur “R comme RIGAUT : Nicolas, le boucher Rémois

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s