G comme GUIGNARD : Louis Albert, aubergiste endetté

Je profite de ce challengeAZ 2019 pour vous présenter la branche de mon conjoint originaire de Condé-sur-l’Escaut (59). Pour cette lettre G, je vais vous parler de Louis Albert GUIGNARD.

Sa naissance à Condé

Louis Albert Joseph GUIGNARD naît le 12 mai 1754 à Condé, de Louis Albert GUIGNARD, maître boutonnier, et Marie Ursule JOARY, dont j’aurai l’occasion de vous reparler.

1754-05-12 naissance Guignart Louis Albert
Baptême de Louis Albert GUIGNARD à Condé – 1754 – AD59

« L’an mil sept cent cinquante quatre le douze de may a été baptisé Louis Albert Guignart né le meme jour a sept heures et demie du matin fils de Louis Albert maitre boutonnier de son stile et de Marie Ursule Joyrie son epouse legitime : parain : Louis Albert Desanglois. Marraine : Marie Joseph Joyrie tous deux de cette paroisse : lesquels ont signé le pere present »

Son mariage avec Catherine Joseph THOMAS

Il épouse Catherine Joseph THOMAS (1755-an VIII) le 7 mai 1776 à Fresnes-sur-Escaut (59). Il a 21 ans, elle en a 20. Catherine est la fille de Philippe Joseph (1718-1781) et de Marguerite Louise RIGAUT (1728-1763), qui sont censiers (c’est-à-dire fermiers, laboureurs) à Fresnes.

1776-05-07 mariage Guimart-Thomas
Mariage GUIGNARD-THOMAS à Fresnes-sur-Escaut – 1776 – AD59

« L’an de grace mil sept cent soixante et seize le sept du mois de mai après la publication des bans du futur mariage faite au prône de la messe paroissiale le vingt et un, le vingt huit du mois d’avril et le cinq du mois de mai, tant en cette église qu’en celle de la paroisse de Condé diocese de Cambraÿ ; sans qu’il se soit trouvé aucun empechement, ou fait aucune opposition ; ainsi qu’il m’a paru par le certificat du sieur vicaire de Condé en datte du sept dudit moi de mai signé …alle entre Louis Guiniart agé de vingt deux ans fils de Louis Albert et de Ursule Joirÿ de la paroisse de Condé diocese de Cambraÿ d’une part et entre Catherine Josephe Thomas agée de vingt ans fille de Philippe et de Margueritte Louise Rigaut de cette paroisse ; je soussigné vicaire de Fresnes ai reçu en cette église leurs promesses et consentement mutuel de mariage, et leur ai donné la bénédiction nuptiale avec les cérémonies prescrites par la sainte église vu le consentement de leurs peres et meres respectifs, en presence de Philippe Joirÿ, Jean Baptiste Boquet, Jacques François Dujardin, Alexandre Joirÿ tous temoins a ce specialement appellé lesquels ont signé avec moi le present acte. »

Peu après son mariage, le 2 septembre 1776, « Louis Albert Joseph Guinard marchand cabaretier » prend en location pour le terme de neuf années « une maison et heritage scituée en cette ville de Condé Rue du Quesnoy » appartenant à « Marie Claire Fernez veuve de Antoine Joseph Dehier Maitresse batteliere de la Navigation de cette ville. » Le loyer s’élève à 40 écus à 48 patars pièce. Il s’oblige à « bien et duement entretenir les vitres, moullettes, chesnes et sceaux du puit » et à « wider les latrinnes a ses fraix et depens. »

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Bail FERNEZ-GUIGNARD à Condé (signatures) – 1776 – AD59

Louis Albert et Catherine auront ensemble pas moins de douze enfants : Philippine Désirée Saturnine (1776-1776), Clotilde Philippine Joseph (1777-1795), Augustin Louis (1778-1852), Stanislas Fidèle Amand (1780-1781), Stanislas Philippe Joseph (1783), Albert Joseph (1785-1854), François Joseph (1787-1793), Ludovine Agathe (1789-1826), Thomas Philippe Eléodon François (1791-1860), Catherine Nathalie (1793-1793), François Frédéric Joseph (1794-1795) et Nicolas Joseph (an IV-1847).

Transactions diverses et mauvaises affaires

On retrouve Louis GUIGNARD à maintes reprises dans les archives notariées… et il semble qu’il n’ait pas fait que de bonnes affaires !

Le 19 octobre 1792, Louis BLASSEAU de Condé fait un bail au profit de Louis GUIGNARD. Je n’en connais malheureusement pas le contenu.

Le 25 pluviôse an IV (14 février 1796), Louis Albert GUIGNARD et son épouse achètent un bonnier de terre situé à Fresnes pour la somme de 2250F, provenant de la succession de son beau-père Claude Joseph THOMAS. Vous noterez à cette occasion la signature originale de Catherine Joseph THOMAS, qui signe « la fame guignard » !

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Vente THOMAS-GUIGNARD (signatures) – 1796 – AD59

Le 1er germinal an IV (21 mars 1796), « François Thomas (qui se trouve être le beau-frère de Louis Albert GUIGNARD) demeurant au fauxbourg de cette commune, terroir de Fresnes » déclare « qu’en vertu de l’offre réélle faite à deniers découverts au citoyen Louis Guignard aubergiste en cette commune d’une somme de 486 livres par l’huissier Babonaux et deux temoins en date du 23 vendemiaire dernier, [il] fait devoir de deposer et consigner […] en l’etude du notaire soussigné » la somme de 486 francs en assignats, « requerant que copie des presentes soit delivrée et signifiée aud Louis Guignard afin qu’il ne puisse pretexter aucune cause d’ignorance. » Si quelqu’un y comprend quelque chose, faites-moi signe, car personnellement je reste assez perplexe !

Le 6 messidor an V (24 juin 1797) Louis GUIGNARD passe une procuration en blanc « à l’effet de plaider au tribunal de commerce à Valenciennes. » Là encore il me manque des pièces du puzzle pour savoir de quoi il retourne.

Le 28 nivôse an VII (17 janvier 1799), « le citoyen Louis Guignard aubergiste en cette commune et la citoyenne Catherine Thomas, son épouse » vendent à « Augustin Joseph Crassier, […] sécrétaire de l’administration municipale du canton de Nord-Libre » commandé par la Compagnie des Mines et Charbons de Terre, un bonnier de terre labourable « scitué sur Nord-Libre et Vieux-Nord-Libre en la couture de Demizelle » provenant de la succession des parents THOMAS. Le prix de vente s’élève à 2400F numéraires-écus.

Dans la foulée, Augustin CRASSIER leur reloue cette même parcelle pour le terme de neuf années et pour un loyer annuel de 90F. Louis GUIGNARD « entretiendra et fumera la terre en temps utile, suivant l’usage rural, sans permettre ni faire aucuns trous, ni degradations, ni emprises, ni chemins non usités. » Le rendeur se réserve cependant 60 verges « pour les occuper ou en disposer à sa volonté à prendre comme il trouvera convenir. »

28 nivose an 7 - vente et bail Guignard
Transactions GUIGNARD-CRASSIER (répertoire) – 1799 – AD59

Cette double transaction est probablement liée au creusement d’un nouveau puits de mine par la Compagnie des mines d’Anzin.

Le 22 messidor an VII (10 juillet 1799), Louis GUIGNARD et Catherine THOMAS sont condamnés par jugement du tribunal civil à payer une somme de 1052F 16c à Jean Baptiste PETIT, marchand à Quiévrain (Belgique, alors département de Jemappes). Je ne sais toujours pas de quelle affaire il s’agit là…

Le 26 brumaire an VIII (17 novembre 1799), le couple comparaît devant le notaire pour hypothéquer, en garantie et sûreté de la somme due à Jean Baptiste PETIT, « toute une maison à eux appartenant du chef de ladite Catherine Thomas, située au faubourg de cette ville, commune de Fresnes. »

Le 13 pluviôse an VIII (2 février 1800), François Joseph DESOUBRY, demeurant à Lille, loue pour neuf années à Louis GUIGNARD « cinq journeux de prairie situé au territoire de Nord Libre hors la porte du Quesnoy » pour un montant annuel de 130 francs en écus. Il devra de plus acquitter toutes les contributions foncières, entretenir les digues et fossés, et faire dans le courant de l’année « avec son charriot et ses chevaux une voiture gratuitement pour le compte du rendeur. »

Veuf… et endetté

Catherine Joseph THOMAS, décède peu après, le 6 prairial an VIII (26 mai 1800) à l’âge de 44 ans, laissant Louis Albert GUIGNARD veuf.

Le 19 thermidor an IX (7 août 1801), « Louis Guignard cultivateur demeurant en cette ville veuf avec enfants de Catherine Thomas » comparaît devant le notaire afin de se libérer d’une créance de 300F. Cette créance résulte d’un billet à ordre du 21 ventôse an VIII (12/03/1800) payable le 1er messidor an IX (20/06/1801) à l’ordre du citoyen Elie VISEUR. Faute de paiement à la date fixée, un protêt a été dressé par le ministère de Joseph BABONAUX, huissier, ce qui a débouché sur une sentence du tribunal de commerce de Valenciennes le 7 messidor an IX (26/06/1801).

Pour se liberer de cette créance de 300F et des frais associés d’un montant de 78F 35c, Louis GUIGNARD vend à l’huissier BABONAUX « la depouille de trois journaux de terre aveties en colsats de mars scitués sur Nord-Libre, hors la porte de Tournay au Sainfoin, plus la depouille d’un bounier de terre aveti en orge de mars, scitué sur Nord-Libre et Vieux Nord-Libre. »

Une seconde vie illégitime

Louis Albert se remet en couple avec Jeanne Françoise Joseph BROUTIN, de quinze ans sa cadette. Pour une raison qui m’échappe, il ne l’épousera jamais, mais ils auront ensemble quatre enfants  hors mariage : Sophie (an XIII-1806), Jacques Philippe (1806-1807), Virginie Adèle (1808-1842) et Fidèle (1810-1825). Le couple vit rue Dervaux.

Louis Albert GUIGNARD aura exercé sa vie durant la profession de cuisinier et de marchand aubergiste, voire marchand cabaretier. Il est aussi cultivateur.

Il décède le 15 mai 1816 à Condé à l’âge de 62 ans, en sa demeure rue Burianne.

1816-05-15 décès Guignard Louis Albert
Décès de Louis Albert GUIGNARD à Condé – 1816 – AD59

« L’an mil huit cent seize le quinze du mois de mai à quatre heures du soir, pardevant nous Charles Caudron deuxieme adjoint au maire et par délégation spéciale officier de l’état civil de la ville de Condé, département du nord, sont comparus les sieurs Charles Wagret agé de quarante neuf ans profession de cabaretier, et Jean Baptiste Posiere agé de soixante ans profession de tailleur, tous deux domiciliés en cette commune ; lesquels nous ont déclaré que le sieur Louis Albert Guignard agé de soixante deux ans profession de cuisinier né et domicilié en cette ville, fils des defunts Louis Albert Guignard et de Marie Ursule Joyrie, veuf de Catherine Joseph Thomas, est décédé cejourd’hui à huit heures du matin en sa demeure sise rue Burianne, et ont les declarants signé avec nous le présent acte de décès après qu’il leur en a été fait lecture. »

Sa concubine Jeanne Françoise Joseph BROUTIN décédera célibataire le 4 mai 1839 à l’âge de 69 ans.

6 réflexions sur “G comme GUIGNARD : Louis Albert, aubergiste endetté

  1. Catherine Livet

    Sur l’acte du 25 pluviôse de l’an 4 n’y a-t-il pas, juste au dessus de la signature « la fame Guignard » une signature « la famme François » ? Je crois bien que c’est la première fois que je vois cette formule.
    Je ne comprends pas bien non plus l’acte du 1er germinal de l’an 4 d’autant plus que je pensais que les « assignats » n’avaient plus cours en 1796.
    Ici encore : plus on trouve de renseignements plus on s’ouvre de nouvelles pistes de recherches. Belle enquête !

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Catherine !
      En effet je confirme pour la seconde signature. Ce n’est pas très commun, mais ce n’est pas non plus le seul cas où j’ai vu des femmes signer « la femme + nom d’épouse » dans les archives de Condé.
      Et je suis bien d’accord : les recherches appellent les recherches, c’est aussi tout ce qui fait la beauté de la généalogie !

      Aimé par 1 personne

  2. Concernant l’acte du 1er germinal an IV, j’avoue n’avoir jamais vu ce genre de transaction. Par contre, j’ai trouvé sans doute une amorce d’explication :
    « Les  » offres réelles » font partie d’une procédure utilisée lorsqu’une personne refuse de recevoir un paiement, soit qu’elle ne se reconnaisse pas en être créancière, soit qu’elle estime que le paiement qui lui est offert ne correspond pas à ce qui était convenu. Dans ce cas, le débiteur fait offrir la somme par un huissier « à deniers découverts » c’est à dire en présentant au créancier la somme offerte en paiement ». Source = https://www.dictionnaire-juridique.com/definition/offres-reelles.php.
    Il semblerait donc que le beau-frère de Louis a voulu payer une certaine somme que Louis Guignard ne souhaitait pas accepter en l’état… Ne s’agirait-il pas de la part versée par le beau-frère pour l’achat du bonnier de terre provenant de la succession de Claude Joseph THOMAS ?

    Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup Sébastien pour ces recherches et ces informations complémentaires ! Ca paraît en effet être une bonne explication. Il faudrait que j’arrive à retrouver quelques pièces supplémentaires pour compléter le puzzle, mais tous ces éléments permettent déjà de se faire une idée de la vie de Louis Albert GUIGNARD !

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