E comme Emancipation : Alexandre SAPIN

Je profite de ce challengeAZ 2019 pour vous présenter la branche de mon conjoint originaire de Condé-sur-l’Escaut (59). Pour cette lettre E, je vais vous parler de l’émancipation d’Alexandre Joseph SAPIN et de la mauvaise fortune de son père Jean Baptiste.

Jean Baptiste Joseph SAPIN et Anne Marie MUREZ

Avant de vous parler d’Alexandre, je me dois de vous présenter son père, Jean Baptiste Joseph SAPIN, né le 9 mars 1745 à Lille (paroisse Sainte Catherine). Ses parents Philippe Joseph et Marie Madeleine Joseph ROTY étaient bateliers de la navigation de Condé, et à ce titre leurs enfants sont nés dans différentes villes situées le long des canaux (j’aurai l’occasion de vous reparler d’eux d’ici la fin de ce ChallengeAZ).

1745-03-10 naissance Sapin Jean Baptiste Joseph
Baptême de Jean Baptiste Joseph SAPIN à Lille Sainte Catherine – 1745 – AD59

« Le dix mars 1745 je soussigné pasteur de cette paroisse ay baptizé Jean Baptiste Joseph Sapin, né hier deux heures apres midy en legitime mariage de Philippe Joseph battelier et de Marie Magdelaine Rotÿ domicilié en cette paroisse ont ete parain Jean Baptiste Joseph Leconte et la marainne Catherine Joseph Parent lesquels ont signé le pere a declaré ne scavoir ecrire. »

Jean Baptiste a épousé Anne Marie Joseph MUREZ le 14 juillet 1772 à Condé. Celle-ci est issue d’une longue lignée de charpentiers (voir la lettre C).

1772-07-14 mariage Sapin-Muré
Mariage SAPIN-MURE à Condé – 1772 – AD59

« L’an mil sept cent soixante douze, le quatorze du mois de juillet, après la publication d’un ban faite le douze des dits mois et an, veu la dispense des deux autres signée de Messieurs Duhamel vicaire general et Henry secretaire en datte du treize des memes mois et an que dessus, après avoir pris leur consentement mutuel et celui de leurs parens ont eté par nous mariés Jean Baptiste Sapin garcon batelier de son stil agé de vingt huit ans, fils de feu Philippe Joseph, et de Marie Magdeleine Roty d’une part, et Anne Marie Muré agée de vingt trois ans, fille de Pierre Joseph, et de feue Marie Joseph Grumiau d’autre part, assistés de Pierre Joseph Muré pere de la mariée, de Philippe Tilmant, d’André Sapin, et de Jacque Demarez tous temoins de cette paroisse, lesquels ont signé après lecture faite. »

Ils auront ensemble pas moins de dix-sept enfants : des jumeaux nés sans vie cinq mois après le mariage (1773), Léocadie Joseph (1774), Albertine Marie Victoire (1775), Alexandre Joseph (1776-1852), Marie Françoise Joseph (1777), Jean Baptiste Joseph (1778-1781), Nicolas Ernest (1779-1845), Firmin Joseph (1780), Hubert François Joseph (1781-1847), Charlotte Ludovine Françoise Joséphine (1783), Mélanie Flore (1785-1852), Pierre Marie Benoît Joseph (1786-1787), Marie Félicité Françoise (1787), Marie Augustine Joseph (1788), Albert Joseph Aimé (1791-1800) et Anne Marie Joseph (1794-1794).

C’est donc le 11 juin 1776 qu’Alexandre Joseph SAPIN, qui va nous intéresser par la suite, naît à Condé.

1776-06-11 naissance Sapin Alexandre Joseph
Baptême de Alexandre Joseph SAPIN à Condé – 1776 – AD59

« L’an dix sept cent soixante seize, le onze du mois de juin, a eté baptisé, Alexandre Joseph Sapin, né le meme jour, vers les trois heures du matin, fils de Jean Baptiste, fils de maitre batelier, et d’Anne Marie Murez, son épouse légitime, de cette paroisse, le parrain, Alexandre Joseph Rasez, fils de maitre batelier, de cette paroisse, la marraine delle Cecile Lefebvre, marchande de la paroisse de Fresne, le pere présent lesquels ont signé. »

Mauvaise fortune ?

Il semble que la fortune ait ensuite tourné pour Jean Baptiste, le père de famille : il en vient à céder la conduite de son bateau, comme on peut le constater dans un acte passé le 16 floréal an 4 devant A.J.DEWERCHIN, notaire public à Nord-Libre.

cession
Cession SAPIN-FENEUILLE à Condé – 1796 – AD59

« Fut present le citoyen Jean Baptiste Sapin fils de Philippe batelier demeurant en cette commune, lequel a declaré de louer et accorder à bail […] pour le terme d’un an seulement […] au citoyen Alexandre Joseph Feneuille aussi batelier dud lieu […] la conduite de son bateau. » En contrepartie, le dit FENEUILLE lui versera « par chaque grand tour de Mons […] la somme de cent ecus faisant trois cents francs, valeur de 1790 ; et pour tous tours de France […] la somme de soixante francs, même valeur de 1790 ».

C’est la clause suivante qui me laisse à penser que la situation de Jean Baptiste SAPIN était délicate. Céder la conduite de son bateau en soi ne veut rien dire, mais il est ensuite stipulé « que ledit Feneuille employera le plus souvent possible le citoyen Sapin comme ouvrier quand le bateau naviguera »

Emancipation, vente et protêt

Devenu batelier comme son père, le jeune Alexandre est émancipé le 17 pluviôse an 6, à l’âge de 21 ans, par acte dressé devant le juge de paix de Nord-Libre :

« Sont comparus les citoyen Jean Baptiste Sapin fils de Philippe batelier et Anne Marie Murez son épouse Eustache Antoine Bourlier et Léocadie Sapin son épouse, fille des premiers comparants, Jean Baptiste Dewerchin bâtelier Albertine Murez sœur de l’épouse dudit Sapin Maurice Noël et Jacques Deschamps négociant amis des premiers comparans, habitans de la dite commune de Nord-Libre ; lesquels nous ont dit que le citoyen Alexandre Sapin fils des premiers comparans âgé de vingt deux ans désireroit d’être émancipé à effet de pouvoir contracter avec telles personnes il trouvera convenir pour former un établissement et jouir de tous les avantages qu’il en retirera, et afin de profiter et de jouir également des hérédités qui lui échoiront pourquoi ils se sont réunis en assemblée de famille devant nous, à l’effet de la dite émancipation ; qu’ayant reconnu que ledit citoyen Alexandre Sapin garçon batelier de sa profession s’est toujours bien comporté depuis qu’il a l’age de raison et qu’il est capable de jouir par lui-même des biens qui pourroient lui échoir et de contracter des engagemens pour former son établissement, ils sont unanimement d’avis de l’émanciper comme de fait ils déclarent l’émanciper des aprésent, à l’effet de jouir par lui-même de tous les avantages qu’il poura se procurer et du survenu des successions qui pouront lui echeoir. »

emancipation
Emancipation d’Alexandre SAPIN à Condé (signatures) – 1798 – AD59

La mauvaise fortune que laissait soupçonner la cession de l’an 4 nous est ensuite confirmée par un acte de vente passé quelques jours plus tard, le 22 pluviôse an 6 (c’est d’ailleurs sans doute à cet effet qu’Alexandre a été émancipé) :

« Comparurent le citoyen Jean-Baptiste Sapin fils de Philippe batelier demeurant en cette commune, et la citoyenne Anne Marie Murez, son épouse […] lesquels ont declaré qu’etant bien et léalement redevables envers et au profit du citoyen Alexandre Sapin, leur fils majeur duement émancipé […] de la dette et somme de six cent francs en numeraire pour argents qu’il leur a prétés et avancés en plusieurs fois provenant de son industrie et de son travail, à l’effet de les aider à se substanter et pour faire face à des dettes urgentes »

N’ayant pas les moyens de rembourser cette somme à Alexandre, ses parents lui cèdent la totalité de leurs meubles se trouvant à leur domicile « dont les plus apparents sont ; sçavoir, deux grandes armoires, trois commodes, dont une grande et deux petites, un miroir, trois fers à feu, deux caffetieres, six tasses à caffé et quatre pots, deux pots d’étain, cinq tables, quatre bois de lit, quatre matelats, un lit de plume, quatre couvertures de laisne, une douzaine de chaises, deux oreillers, trois paires de draps, trois chandeliers, deux poëlons, une poële, une casserolle, un chaudron, une marmitte, une marmitte de cuivre, une paire de pincette et une pelle, une demie douzaine d’assiettes d’étain, deux coffres, trois douzaines d’assiettes de fayence, plusieurs cordages et ustensils servants à la conduite d’un bateau, tels qu’un harnat, une esconate, des trettes, ancres, ferrailles, differents outils de charpentier en blois et en fer, deux cuvelles et autres petits objets. » Contre quoi Alexandre leur donne quittance des 600F prêtés.

22 pluviose an 6 - vente Sapin
Vente SAPIN à Condé (répertoire) – 1798 – AD59

On retrouve dans le répertoire du notaire la trace d’un autre acte, passé le 14 brumaire an 9. Il s’agit d’un protêt fait à la requête de Jean Baptiste SAPIN, muni de patente d’un billet à ordre de 2601F souscrit par Nicolas PICQ à son profit. [Le protêt est un acte formel par lequel un huissier ou un notaire qui a présenté un effet de commerce (billet à ordre ou lettre de change) constate, si la présentation est faite avant l’échéance, que le tiré refuse de l’accepter, ou, si la présentation est faite à l’échéance, que le tiré refuse de payer ou déclare ne pas pouvoir payer la somme.] Je n’ai pas retrouvé l’acte correspondant, et je ne sais pas quelle suite a été donnée à cette procédure.

14 brumaire an 9 - protest Sapin
Protêt SAPIN à Condé (répertoire) – 1800 – AD59

Epilogue

Notre jeune batelier Alexandre Joseph SAPIN épousera Marie Reine Joseph PISSINIER, fille de maçon, le 28 floréal an 10 à Condé.

1802-05-18 mariage Sapin-Pissenier
Mariage SAPIN-PISSINIER à Condé – 1802 – AD59

Ils auront ensemble dix enfants : Fortunée Louise (an 11), Jean Baptiste Joseph Michel (an 13-1886), Louis Joseph (1806), Napoléon Joseph (1808-1856), Amélie Joseph (1810), Jacques Achille (1811-1849), Auguste Joseph (1813), Stanislas Joseph (1816), Louis Juvénal (1818) et Sidonie Fortunée (1824-1874).

Jean Baptiste, le père, décède à Condé le 18 octobre 1822 ; il a alors 77 ans et il demeure Grande Rue à Condé. Son épouse Anne Marie Joseph MUREZ décédera le 19 janvier 1837 à l’âge de 88 ans, en son domicile situé rue Dervaux à Condé.

1822-10-19 décès Sapin Jean Baptiste
Décès de Jean Baptiste SAPIN à Condé – 1822 – AD59

« L’an mil huit cent vingt deux le dix neuf du mois d’octobre à huit heures du matin, pardevant Nous Charles Caudron adjoint au maire et par délégation spéciale officier de l’état civil de la ville de Condé département du Nord, sont comparus les sieurs François Bourla âgé de cinquante quatre ans tailleur et Jean Joseph Sapin âgé de cinquante quatre ans batelier tous deux domiciliés en cette ville. Lesquels nous ont déclaré que le sieur Jean Baptiste Sapin âgé de soixante dix huit ans, batelier domicilié en cette ville, natif de Lille, époux de Marie Murez, fils des défunts Philippe Sapin et de Marie Magdelaine Roti. Est décédé hier à cinq heures du soir en sa demeure sise grande Rue, et ont les déclarants signé avec nous le présent acte de décès après qu’il leur en a été fait lecture. »

Quant au fils Alexandre, il décède à Condé le 7 mai 1852 à l’âge de 75 ans ; il réside alors rue Dervaux. Son épouse Marie Reine Joseph PISSINIER décédera le 28 juin 1855 à l’âge de 74 ans, en son domicile rue Neuve.

1852-05-08 décès Sapin Alexandre Joseph
Décès de Alexandre Joseph SAPIN à Condé – 1852 – AD59

« L’an mil huit cent cinquante deux, le huit mai, à midi, devant Nous Charles Caudron Adjoint au Maire et par délégation spéciale Officier de l’Etat Civil de la Ville de Condé, Arrondissement de Valenciennes, Département du Nord, ont comparu Albert Joseph Vasse, âgé de soixante onze ans, ancien maréchal ferrant, et Occuli Posière, âgé de cinquante quatre ans, sellier, tous deux domiciliés à Condé, voisins du défunt, lesquels nous ont déclaré qu’hier, sept mai, à neuf heures du matin, en sa demeure sise Rue Derveau à Condé, est décédé Alexandre Joseph Sapin, âgé de soixante seize ans, ancien batelier, né et domicilié à Condé, époux de Marie Reine Joseph Pissinier, journalière, domiciliée à Condé, fils légitime de Jean Baptiste Sapin et d’Anne Marie Murez décédés à Condé. Après nous être assuré du décès nous avons dressé le présent acte qu’après lecture faite, les comparants ont signé avec nous.« 

14 réflexions sur “E comme Emancipation : Alexandre SAPIN

  1. Bravo pour ces recherches !

    Je suis intriguée par les professions « fils de maître batelier » dans l’acte de 1776. As tu vu cela ailleurs ou avec d’autres professions ?

    J’ai des professions « fils de brasseur » un bon siecle plus tard dans un village du Nord (Millam je crois). Je me demande si cela est lié à certains métiers où si c’est juste une formulation sans signification particulière

    Emmanuelle
    (Mamazonzon sur Twitter)

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Emmanuelle !

      Oui je croise cette formulation régulièrement dans le Nord. Voir à ce sujet dans ma lettre C « fils de pauvre charpentier » je crois.

      A vrai dire j’ai toujours considéré qu’il s’agissait simplement de la profession du père qui était ainsi désignée. Mais je ne sais pas si on peut systématiquement en déduire que l’occupation du fils consistait à épauler son père…

      J'aime

    1. Oui je n’ai pas tellement d’occasions de rechercher dans les archives des Justices de Paix, c’est toujours sympa. Je n’ai que deux émancipations, un conseil de famille et quelques actes de notoriété à mon actif, mais je suis sûre qu’il y a beaucoup plus à trouver !

      J'aime

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