C comme Charpentiers : la famille MURÉ

Je profite de ce challengeAZ 2019 pour vous présenter la branche de mon conjoint originaire de Condé-sur-l’Escaut (59). Pour cette lettre C, je vais vous parler d’une famille de charpentiers, les MURÉ.

Les MURÉ de Condé-sur-l’Escaut sont charpentiers de père en fils : je vous propose de les suivre sur trois générations.

Génération 1 : Jacques MURÉ et ses deux masures

L’ancêtre de mon conjoint Jacques MURÉ a épousé Marie LEFEBVRE le 6 janvier 1671 (l’information provient des tables, malheureusement les actes correspondants n’existent plus). A noter que plusieurs arbres sur Geneanet font naître Jacques le 5 juin 1657 à Condé, mais il n’aurait eu que 14 ans lors de son mariage ce qui me paraît tout de même un peu jeune !

Ils ont eu ensemble neuf enfants : Marie Anne (1672), Marie Madeleine (1674), Jeanne Antoinette (1678), Jean Joseph (1679), Hubert (1682-1727), Gilles (1685), Jacques François (1686-1745), Marie Philippe (1690) et Marie Catherine (1692).

C’est le 9 janvier 1683 que Jacques MUREZ acquiert de Joseph THOMAS et de son épouse Marie Jeanne SOHIER, à titre d’arrentement perpétuel par obligation, « deux masures et demeures au bout du jardin dudit Thomas haboutant a la noeuf rue [et] huict pieds de jardin outre lesdits masures en dedans le jardin dudit Thomas et aussy large que lesdits places sont, a charge de par le prenneur de renserer lesdits huict pieds de jardin avecq une palisade ou haye d’espeinne et l’entretenir » , avec promesse « d’en passer le debvoir de loy au besoing. »

Mais Jacques, le père de famille, décède entre 1692 et 1696.

Le 13 février 1696, devant les mayeur et échevins de la seigneurie Notre-Dame à Condé, « Joseph Thomas marchand demeurant a Condé et le sieur Albert Thomas son fils, p[re]tre de la mesme residence » confirment l’arrentement perpétuel des deux masures dont il a été question précédemment à Marie LEFEBVRE, veuve de Jacques MUREZ. Elle devra payer sur ces biens une rente de 30 livres, avec possibilité de rachat au denier dix-huit.

arrentement
Arrentement THOMAS-LEFEBVRE à Condé – 1696 – AD59

Et puis dix-sept ans plus tard, le 12 octobre 1713, Marie LEFEBVRE, « pour les bons services et amittié qu’elle a receu et espere recevoir par la suitte de Jacques Francois Murez son fils » fait donation à celui-ci « par pur don d’entrevifs remuneratoire et irrevocable a toujours les deux masures et demeures gisant en cette ville rue neuve » , à charge par lui d’en payer les rentes.

donation
Donation LEFEBVRE-MUREZ à Condé (signatures) – 1713 – AD59

Cette donation sera confirmée lors du contrat de mariage de ce même fils Jacques François avec Anne Joseph MOGUÉ, daté du 13 novembre 1713. Marie LEFEBVRE y déclare « quelle avoit acquis une maison et heritage le lieu comme il se contient en la neuve rue […] provenant d’arrentement qu’icelle Lefevre en a fait dudit Joseph Thomas, de laquelle maison pour les bons et agreable service qu’elle avoit eu et receu dudt Muret future espoux son fils, elle luy en donnoit la moitié sans prejudice a sa part dans l’autre moitie allencontre de Hubert Muré son frere. »

Comme on le verra un peu plus loin, la situation ne va pas en rester là. Mais tout d’abord, intéressons-nous à un autre fils du couple.

Génération 2 : Hubert MURÉ dit « Mansfel » et ses réalisations

Hubert MURÉ est le cinquième enfant de la fratrie, né le 26 juillet 1682 à Condé.

1682-07-26 naissance Muré Hubert
Baptême de Hubert MURÉ à Condé – 1682 – AD59

« 26. Hubert Muré fils de Jacques et Marie Lefebvre. p. Hubert Pouterna et Catherine Anne Legrand »

Il se marie le 10 janvier 1706 avec Marie Françoise DORINUÉ. Il est dit dans l’acte de mariage « fils de pauvre charpentier défunt » tandis qu’elle est « pauvre servante. » Le jeune couple semble loin de rouler sur l’or !

1706-01-10 mariage Muré-Dorinué
Mariage MURÉ-DORINUÉ à Condé – 1706 – AD59

« Le 31 xbre 1705 : en pnce d’Albert Duhot Nicolas Morel et autres, les contractans aÿants declarez leurs qualitez être celles de fils de pauvre charpentier defunct et pauvre servante sont fiancés
m. Hubert Muré
Marie Françoise Dorinüé
le premier ban publié      le 1er janvier 1706
le second                           le 3 janvier
le 3e                                   le 6 janvier
controllé le 8 janvier
Et sont épousés le 10 janvier 1706 : en pnce de Philippe Duhot, Nicolas Camberlent Jacques Delcourte et autres tess »

Le couple aura huit enfants : Jacques Joseph (1706), Jacques Joseph (1707-1773), Marie Madeleine (1711), Jean Pierre Joseph (1713-1767), Marie Elisabeth (1716), Pierre Joseph (1718-1791), Claude (1721-1722) et Jean François (1722).

On retrouve dans les actes notariés la trace de deux des réalisations de Hubert MURÉ en tant que charpentier.

La première convention est datée du 31 mai 1720 : « Michel Francois Baillon mre charpentier demt a Pont sur Sambre entrepreneur de la construction d’un magasin a poudre a la porte du marais de cette ville, et d’un hangard pour l’arsenal au chateau dud Condé » cède à Hubert MURÉ « un quart de la charpente a faire pour lesd magasin et hangard aux mesmes charges clauses et conditions du devis dudit Baillon […] ayant esté conditionné que led Baillon devera fournir les bois necessaires pour trois quarts et led Murez pour l’autre quart au fur et mesure que les ouvrages avanceront. » Hubert sera aussi « chargé de la main d’oeuvre entiere desd charpentes moyennant cinquante deux livres dix sols monnoye de France pour chaque cent de solives. »

convention2
Convention BAILLON-MURÉ à Condé (signatures) – 1720 – AD59

(J’aime beaucoup sa marque « HM » )

La seconde convention est passée le 23 juillet 1721 entre « Joasse Poncheau mre masson et Hubert Murez mre charpentier demt aud Condé d’une part, et le S Louis Bouvart au nom et par ordre du S Fontaine receveur de mons le Comte de Gommignye d’autre part » afin de fabriquer une ventelle (sorte d’écluse).

Tandis que Joasse PONCHEAU se charge « de la maçonnerie necessaire pour les masses d’un venteille pour la sortie des eaux des prairies de la Seigneurie de Sarty » pour un salaire de 9 patacons et demi, « led Murez s’est obligé de faire le venteil de neuf pieds de hauteur de jour, de six pieds trois pouces de creu entre deux poteaux, de chesnes de huit pouces quarrez, le seuil de mesme espaisseur et largeur, le chapeau de huit et dix ; l’assemblage dud venteil sera de quatre et six pouces, les planches de deux pouces d’epaisseur, il y aura dix boulons de fer de la grosseur convenable pour tenir l’assemblage, il fournira une patte de chevre garnye de fer par le bout pour lever led venteille avec deux chevilles de fer, il livrera son travail entierement achevé et bien conditionné le tout de bon bois de chesne scié a une arrette et sans aubun a dire d’experts aussy pour la fin dud mois d’aoust prochain. » Ce travail lui sera rémunéré 40 patacons de 48 patars chacun.

convention
Convention PONCHEAU-MURÉ-BOUVART à Condé (signatures) – 1721 – AD59

Hubert MURÉ décède le 11 juillet 1727 à l’âge de 44 ans. C’est dans son acte de décès qu’on apprend qu’il est surnommé « Mansfel ».

1727-07-11 décès Muré Hubert
Décès de Jubert MURÉ à Condé – 1727 – AD59

« Hubert Muré dit Mansfel de son stÿle charpentier inhumé le onze »

Un partage tardif

Le 9 avril 1729, devant maître DESROCHE notaire royal à Condé, les héritiers de Jacques MURÉ et Marie LEFEBVRE (génération 1) se retrouvent pour finaliser la succession :

Sont présents « Jaques Murez charpantier en la même ville y demeurant & Anne Josephe Moguez sa femme. » Ils déclarent que le 12 octobre 1713, sa mère « Marie Lefebvre veuve de Jaques Murez […] lui avoient fait donation d’entre-vifs rémunératoire et irrévocable, de deux petites maisons et héritages, situées en la rue Neuve de cette Ville, […] que sesd. père et mere avoient aquis à titre d’arantement des Sieurs Joseph et Albert Thomas père et fils le treize de février mil six cens quatre vints seize. »

Cette donation a-t-elle fini par donner lieu à des tensions ? C’est bien possible : « Come nonobstant lad. donation ils désiroient vivre en paix et union avec Marie Françoise Dorinez veuve avec enfans d’Hubert Murez, frère aud. comparant, pourquoi par forme de partage et don purement gratuit ils declarent de céder et abandonner pour toujours aux enfans dud. feu Hubert, […] une desd. deux petites demeures et héritages. »

Jacques MURÉ restera propriétaire de la seconde demeure, « avec la cour et jardin en dépendans jusques au niveau et alignement d’un noyer y planté. » Chacun devra payer la moitié de la rente de 30 livres au denier dix-huit due aux héritiers THOMAS, soit 15 livres chacun.

signatures
Partage MURÉ à Condé (signatures) – 1729 – AD59

Vous remarquerez la touchante signature de Marie Françoise DORINUÉ « la vef Huber Muré. »

Remariages

La veuve de Hubert MURÉ se remariera le 29 avril 1731 avec Jean Baptiste GALLEZ, scieur de bois déjà veuf par deux fois. Un contrat de mariage a été fait, mais je n’ai pas mis la main dessus. Elle décédera seulement quelques mois plus tard, le 29 décembre 1731 à l’âge de 50 ans environ.

Jean Baptiste GALLEZ épousera alors en quatrièmes noces Marie Antoinette GROSSE après avoir établi avec elle un contrat de mariage le 5 février 1733 : « Entre Jean Baptiste Gallez marchand cabaretier en cette ville de Condé, et veuf en premieres, secondes et troisièmes nopces, d’Anne Marie Brouseau, Catherine Judich Demurbé et Marie Francoise Dorinéz, d’une part, Marie Antoinette Grosse, fille majeure de feus Christophe Grosse et Elisabeth Dubreucq, assistée de Marie Francoise Grosse et Marie Barbe Grosse, ses sœurs, d’autre part. »

L’épouse recevra 600 livres Hainaut de la part de sa soeur Marie Barbe. L’époux lui fait donation d’un quart d’une maison « scituée en cette ville et faisante le coin de la rue Barbe et au Boeure. » Il a « retenu de sa seconde femme un seul enfant, et il s’est chargé de deux enfants de sa troisième femme, ausquels a esté fixé leur droit de legitime et formorture par le contract de remariage, et dont ladite future espouse en a eu connoissance. »

C’est donc Marie Antoinette GROSSE qui va finir d’élever les enfants MURÉ non encore mariés.

Génération 3 : Pierre Joseph MURÉ, dernier porteur du nom

Pierre Joseph MURÉ, sixième de la fratrie, est né le 10 juillet 1718.

1718-07-10 naissance Muré Pierre Joseph
Baptême de Pierre Joseph MURÉ à Condé – 1718 – AD59

« 10 : Pierre Joseph Muré fils leg d’Hubert Muré et Marie Françoise Dorinué : parin Pierre Froment m. Isabelle Francoise Flutin »

Il convole en justes noces le 26 juillet 1739 avec Marie Joseph GRUMEAU, fille de Jean Baptiste et Marie Gabrielle AUBOURDIN.

1739-07-26 mariage Muré-Grumeau
Mariage MURÉ-GRUMEAU à Condé – 1739 – AD59

« L’an mille sept cent trente neuf le vingt six de juillet apres la publication de trois bans ont estés par nous mariez apres que nous avons eu pri leur consentement mutuel et aÿans recu de nous la benediction nuptiale Pierre Joseph Muré de cette paroisse de sa profession charpentier agé de vingt un an fils de feux Hubert et de Marie Francoise Dorinué d’une part et marie Joseph Grumeau aussi de cette paroisse agé de dixhuit ans fille de feux Jean Baptiste et de Gabrielle Aubourdin d’autre part assisté de Jacques Muré Jacques Joseph Muré Marie Ursule Laurent Jeanne Margueritte Tribou tesmoins tous de cette paroisse lesquels ont signé de ce interpelléz »

Ils seront parents de douze enfants : Marguerite Henriette (1740-1798), Jean Pierre (1742), Marie Françoise (1744-1744), Marie Madeleine Joseph (1746-1755), Anne Marie Joseph (1748-1837), Jean Baptiste Joseph (1750-1751), Jacques François Joseph (1752-1758), François David (1754-1817), Catherine Joseph (1755-1755), Marie Madeleine (1757), Ursule Albertine Joseph (1759) et Pierre François (1762).

Pierre MURÉ, maître charpentier comme son père et son grand-père avant lui, apprendra à signer tardivement, peu après ses 30 ans, entre 1748 et 1750.

signatures
Marque et signature de Pierre Joseph MURÉ – 1748 et 1750 – AD59

Marie Joseph GRUMEAU décède le 28 novembre 1764 à l’âge de 43 ans ; Pierre MURÉ décédera à son tour le 8 juillet 1791 à l’âge de 72 ans. C’est le dernier ancêtre masculin ayant porté ce patronyme dans mon arbre.

1791-07-08 décès Murez Pierre Joseph
Décès de Pierre Joseph MUREZ à Condé – 1791 – AD59

« L’an mil sept cent quatre vingt onze le huit de juillet à huit heures du matin est décedé Pierre Joseph Murez agé de soixante quinze ans de cette paroisse et le lendemain son corps a été inhumé dans le cimetiere de cette paroisse par nous Vicaire soussigné temoins Nicolas Tranchant et Pierre Bourla lesquels ont signé avec nous »

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