Marguerite DIEU, cabaretière à Fresnes-sur-Escaut (59)

L’héroïne du jour se nomme Marguerite DIEU (rien que ça !). Elle fait partie des ascendants de mon conjoint et a vécu à Fresnes-sur-Escaut (59) où elle était cabaretière.

Son mariage avec Jean GILLOT

J’estime la naissance de Marguerite DIEU vers 1647. Mais le premier événement précis que je suis en mesure de lui associer est son mariage avec Jean GILLOT en juin 1668 à Fresnes :

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Mariage GILLOT-DIEU à Fresnes-sur-Escaut – 1668 – AD59

« Juin 1668 – Audit mois fut espousés Jean Gillo, & Marguerite Dieu par mre Jacq Crudenaire pasteur en pnte de                   et Nicolas Tricquot clercq »

Le couple aura au moins huit enfants, dont six vivront : André (~1668-1740), Marie Françoise (~1670-1756), Marie (1671-1731), Damien Joseph (1673), Nicolas François (1674), Andrieu (1675), Anne Joseph (~1681) et Jean Laurent (~1683).

Mais Jean décède dans la force de l’âge, le 24 juin 1684 à Fresnes, laissant Marguerite veuve avec des enfants en bas âge.

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Décès de Jean GILLOT à Fresnes – 1684 – AD59

« Le 24 juin 1684 est mort Jean Gillio ages de 40 ans enteres dans la cimentier »

Son remariage avec Antoine CRUDENAIRE

Marguerite va épouser en secondes noces Antoine CRUDENAIRE (ou CRUDENELLE, CRUNELLE), quelque part entre 1684 et 1687 (cette période étant lacunaire dans les archives de Fresnes, il m’est difficile d’en dire plus…). Antoine exerce le métier de cabaretier et de cordonnier.

Le couple va avoir au moins deux enfants, dont aucun ne vivra : Hélène Françoise (~1687-1692) et Nicolas Martin (~1689-1692).

Entre 1692 et 1707, les six enfants du premier mariage de Marguerite DIEU avec Jean GILLIOT se marient. Puis leur fils Damien Joseph décède (entre 1709 et 1712), laissant lui-même quatre enfants vivants. La cellule familiale de Marguerite se compose ainsi de la façon suivante :

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La cellule familiale de Marguerite DIEU – visuel Généatique (cliquer pour agrandir)

De son côté, Antoine CRUDENAIRE n’a donc aucun enfant vivant. Il a par contre une sœur, Françoise (décédée en 1695), qui a eu trois enfants avec Jacques DUBOIS, nommés Pierre Joseph (époux de Marie Jeanne MASSON), Marie Madeleine et Hélène Françoise.

Le testament conjonctif

Le 5 février 1722, Marguerite DIEU et Antoine CRUDENAIRE se présentent devant le notaire de Condé-sur-l’Escaut (59) afin d’établir un testament conjonctif.

« Antoine Crudenaire et Marguerite Dieu sa femme demeurans au fauxbourg de Fresnes […] estans en leurs bons sens vraye memoire et entendement, scachant quil ny a rien de plus certain que la mort et rien de plus incertain que l’heure d’icelle, et souhaittans mettre ordre a leurs affaires ont fait et dicté leur testament conjonctif et disposition de derniere volonté dans la forme et maniere suivante »

Ils recommandent leur âme à Dieu, « desirans que leurs corps soient inhumés dans l’eglise dud Fresnes avec un service a trois messes, ils ordonnent deux cens messes aux Reverends peres Capucins de Condé pour le repos de leurs ames a la retribution de huit patars chacune a celebrer apres la mort du survivant. »

Ils ordonnent que soient donnés aux pauvres de Fresnes « deux sacs de bled reduits en pains » après le décès du prémourant, et deux autres après le décès du survivant. Ils ordonnent également 100 livres pour les pauvres de Quérénaing (59), à prendre sur leurs meubles.

Le survivant sera héritier universel des meubles et aura la jouissance des immeubles sa vie durant. Après le décès du survivant, les biens retourneront « sçavoir moitié aux trois nepveu et niesses dud Crudenaire a charge de quatre cens livres monnoye de Haynaut que lesd nepveu et niesses seront obligés de payer aux enfans de Damien Gilliot, et l’autre moitié desd biens immeubles aux cinq enfans que lad Marguerite Dieu a retenus de Jean Gilliot son premier marit. »

Ils déclarent avoir fourni aux enfants du premier lit de Marguerite « leurs fourmourtures et meme plus, comme aussy la maineté meubiliaire a Jean Gilliot. » Ils devront s’en contenter, sous peine d’être privés de leur part au profit de leurs frères et sœurs.

La part revenant à Hélène Françoise DUBOIS, nièce d’Antoine CRUDENAIRE, restera dans les mains des exécuteurs testamentaires jusqu’à ce qu’elle ait pris état honorable, avec 250 livres Hainaut qu’ils lui doivent « suivant une transaction qu’ils ont fait ensemble. » Sont nommés exécuteurs testamentaires « George Francois marchand demt aud fauxbourg et André Gilliot mre cordonnier a Condé. »

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Testament CRUDENAIRE-DIEU à Condé (signatures) – 1722 – AD59

Marguerite DIEU s’éteindra trois ans plus tard, le 11 avril 1725 à Fresnes. Son second époux Antoine CRUDENAIRE la suivra quelques mois plus tard, le 15 octobre de la même année.

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Décès de Marguerite DIEU à Fresnes – 1725 – AD59

« L’an dix sept cens vingt cincq le unziesme d’avril est decedé dans le faubourcq Margueritte Dieu femme a Antoine Crunel cabaretier administre des sacremens et at eté inhumé dans l’eglise le douzieme desd. mois et an »

Le compte de succession

Le 15 février 1727, Georges FRANCOIS et André GILLOT, les exécuteurs testamentaires du couple et tuteurs des enfants de Madeleine DUBOIS, rendent compte « a Messieurs du Magistrat de la ville de Condé […] des recettes et depenses des deniers provenans de la vente des meubles et imeubles delaissez par ledit Crudenelle. » Le document correspondant se trouve dans les actes de l’échevinage conservés aux Archives Municipales de Condé-sur-l’Escaut.

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Compte CRUDENELLE-DIEU à Condé – 1727 – Archives Municipales de Condé-sur-l’Escaut

Les recettes

Les recettes s’élèvent à la modique somme de 10901 livres 16 sols (près de 123000€ selon le convertisseur de monnaie ancienne !), provenant :

  • de la vente des meubles suivant la criée du 17 au 24 octobre 1725, pour un montant de 1365# (on apprend entre autres que le nommé Claude MARECHAL sera dédommagé de 20# pour avoir acheté 34# une charrette qui ne valait rien !)
  • de la vente de trois maisons pour la somme de 9110#, à savoir :
    • une maison en deux demeures gisant au faubourg de Fresnes, tenant par derrière au magasin à foin, vendue le 28 novembre 1725 à Jean GILLOT pour 3900#
    • une maison et héritage gisant à Condé en la grande rue, tenant à la ruelle des Foulons et au rempart, vendue le 29 novembre 1725 à Jacques DANJOU pour 2350#
    • une maison et héritage gisant à Fresnes tenant au Wareschaix à la rivière d’Escaut, vendue le 17 décembre 1725 à Jean Baptiste DUPONT pour 2800#
    • et 60# pour les frais d’autorisation et de criée
  • de divers rendages pour 426# 16s, à savoir :
    • une demi-année de loyer de la maison de Fresnes pour 100# due par Jean Baptiste DUPONT
    • le reste du loyer de la maison du faubourg due par Pierre GUIZE pour 50#
    • 11# pour deux sacs d’avoine dues par Joseph VERMEIL
    • 200# dues par Joseph DUBOIS « pour un marché quil occupe de la chapelle St Jean »
    • 53# rendues par Anne Joseph GILLOT pour « les marchez du long muid […] pour les fumeurs. »
    • 12# 16s pour deux sacs de « quenebuise » vendus à Valenciennes

Les dépenses

Quant aux dépenses, elles s’élèvent à 5172# 5s 6d. Il est particulièrement intéressant d’examiner les différents items afin de mieux cerner le train de vie du couple et leurs interactions avec les autres habitants.

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Compte CRUDENELLE-DIEU à Condé – 1727 – Archives Municipales de Condé-sur-l’Escaut

Certaines dépenses sont directement liées aux funérailles : le curé de Fresnes reçoit ainsi 69# 16s pour son service ; le syndic des révérends pères capucins reçoit 169# 12s pour les 200 messes ordonnées par testament, et « pour deux reverands peres capucins qui ont esté dire la messe aud Frenes le jour de l’enterremt » ; Jean Augustin GALLET reçoit 43# 16s pour avoir livré de la cire aux funérailles ; Jean MASSON reçoit 13# 6s « pour avoir livré le cercueil et autre travail » ; les sonneurs et le fossier reçoivent 12# ; les religieuses de Condé, 9# 12s « pour huit religieuses qui ont esté a Frenes pour le service et pour conduire le deuil » ; le Sr DELESPINOY chanoine, 2# 8s « pour avoir esté dire une messe a Frenes » ; enfin Georges FRANCOIS a avancé 36# « pour trois fausses a l’eglize savoir le 22 d’aoust 1724 pour Marie Madeleine Dubois le 11 d’avril pour Margueritte Dieu et pour Anthoine Crudenelle. »

D’autres sont liées aux maladies des défunts avant leur décès : le Sr PAILLOT reçoit 18# 18s « pour avoir pensé d’un mal a la jambe led Crudenelle » ; le Sr DESCAMPS médecin, 46# 10s « pour visites faites pendant les maladies des deffunts » ; la veuve de BERGES apothicaire, 3# 4s pour des drogues ; le Sr DEMOUTIE, « pour remedes fournis pendant la maladie de Marguerite Dieu. »

Les pauvres ne sont pas laissés de côté : ceux de Quérénaing reçoivent 100# par testament ; ceux de Fresnes reçoivent 45# pour remboursement d’une rente de 60s ; le Sr DARTOIS pauvrier de Fresnes reçoit 72# « pour ce que led Crudenelle devoit aux pauvres et a l’eglize. »

Deux confréries sont aussi citées : celle du vénérable Saint Sacrement, représentée par Denis MOREAU, qui reçoit 4# 11s ; et celle de Saint Crépin, représentée par Nicolas FLAME, qui reçoit 12# pour les années 1724 et 1725.

Bien sûr il faut payer les impôts : 147# 14s au Sr DUPEROL receveur des domaines « pour les droits du Roy que luy devoit led Crudenelle » ; 223# 12s 3d au Sr ROUSSEAU receveur des octrois ; 76# 11s 9d à Nicolas DELZANDE collecteur de Fresnes « pour tailles de vingtieme que devoit ledit Crudenelle. »

On note aussi des paiements pour les arrérages et/ou le remboursement de diverses rentes (71# 16s au Sr DESHAUBOY, 150# au Sr de FONTENELLE, 79# à Mlle MAHY, 656# 5s à Vinocq ABINCQ), et pour rendages (166# 3s au receveur du vénérable Chapitre de Condé « pour rendage de terre quil occupoit du chapitre » ; 254# 6s au Sr SEGARD « pour paturage des bestieaux et grain fournis » ; 96# à Jacques FONTAINE « pour paturage des bestiaux et autres choses » ; 9# 10s à Pierre et Jean Baptiste GILLEMAN pour un rendage ; 160# au Sr de RECOURT pour rendage de terre).

Plusieurs artisans ont effectué des travaux pour le couple, pour lesquels ils reçoivent rétribution : 2# 8s à DANJOU, charron ; 6# 4s à Jacques DANJOU, maréchal ; 26# à Jacques Philippe CRUNELLE, charron ; 28# 15s à Nicolas PISSON, maréchal à Fresnes ; 32# 5s à Albert FROMENT, tonnelier ; 87# 11s à Jean Laurent GILLOT « pour depense faite chez luy par led Crudenelle et pour deux roues quil luy a livré » ; 4# 14s à Damien LEROY « pour avoir couvert la maison du faubourg a l’escuirie de paille. »

Un certain nombre de marchandises restaient aussi à payer : 2# à Nicolas DEROUCOUR d’Escautpont pour deux sacs d’avoine ; 17# 16s au Sr BAVAY, 10# 18s au Sr VASSE, 20# 15s au Sr DELDIGUE et 27# 12s à la femme Pierre GUIZE pour marchandises ; 9# à Catherine LENOIR pour du grain à manger ; 1# 14s à la veuve de Pierre GODIN pour du houblon ; 4# 16s à Michel NOPENAIRE marchand de toile à Valenciennes ; 10s à André GALLET pour deux licols ; à Pierre RICHART de Quevaucamps « pour vingt sept patars payés pour reste de fagots par lui fournis aud Anthoine Crudenelle. »

La nourriture et la boisson ne sont pas absentes des dépenses. On notera : 17# 10s à Jean MONSEU « pour la viande quil a livré aud Crudenelle et pour avoir boittelé le foin de la maison mortuaire » ; 10s à Paquet FLAME et 21# 16s à Antoine DELRUE, bouchers, pour de la viande ; 38# 8s au Sr Albert GOBEAU et 36# 16s à Pierre DUBOIS pour de la bière ; 20# 3s à DELBOVE boulanger « pour du pain quil a livré pour la nourriture du valet et de la servante qui ont gardé la maison apres le deces dud Crudlle. » Sans oublier 19# 10s au Sr PARANT cabaretier « pour depenses faites chez luy par les mayeurs et echevins de Frenes qui ont recordé led testament ayant etez assambles deux fois a ce sujet nayant rien pris que lad boisson non plus que les deux echevins qui avoient etes presents. »

Le couple employait des valets et servantes, qui doivent recevoir leurs gages : à François MOUTURE valet, 51# 4s pour une année de gages ; à la servante dud CRUDENELLE, 45# « pour une année de gages […] deduction faite de cinq livres quelle avoit receu du defunt » ; à Henry CAMBIER, 21# 12s « pour reste quil luy estoit deu pour ce quil avoit servy a la maison » ; à Lambert GILLOT, 90# « pour avoir servi en qualité de valet. »

S’ensuivent les dépenses de Georges FRANCOIS et André GILLOT en leur qualité de mambour pour les années 1724 et 1725, pour le temps qu’ils ont passé à l’inventaire et à la criée, pour plusieurs voyages à Valenciennes (pour le contrôle du testament, pour consulter Mr GODIN, pour le procès de FASSEAU et Mr MEUNIER, pour porter un rendage à Mr RECOURT et prétendre modération), pour le temps passé à la vente des trois maisons et aux devoirs des déshéritances et adhéritances, et celui passé à établir le compte. Ils perçoivent également le soixantième des recettes, soit 181#.

Le notaire Me DUCHATEAU reçoit quant à lui 270# 10s « tant pour son remboursement des avances quil a fait pour le controlle insinuation que pour ses journées a l’invantaire vendue et vacation » et 6# pour avoir « travaillé aud compte et a faire les apostilles. »

D’autres dépenses ont été faites « par les comptables pour audition et formation du present compte » à hauteur de 40# 16s, à Messieurs du Magistrat, à Georges FRANCOIS, au greffier et aux huissiers ; ce qui monte finalement les dépenses à 5213# 1s 6d.

Le partage

L’excédent s’élève à 5688# 14s 6d, dont la moitié revient aux cinq enfants que Marguerite DIEU a retenus de Jean GILLOT son premier mari : André, Marie Françoise (épouse d’Antoine SAPIN), Marie (épouse de Jean MASSON), Anne Joseph (femme de Jean Baptiste AUGOURDIN) et Jean Laurent recevront donc chacun 568# 13s 5d.

En ce qui concerne les héritiers d’Antoine CRUDENAIRE, il s’est passé beaucoup de choses depuis le testament du couple : parmi ses trois neveux et nièces, seul Pierre est encore en vie ; Marie Madeleine est décédée un an avant son oncle, laissant trois enfants vivants ; quant à Hélène, elle est décédée sans postérité. L’autre moitié est donc à partager « entre Pierre Joseph Dubois [époux de Marie Jeanne MASSON] pour une part, et l’autre entre les enfans delaissés par Marie Magdeleine Dubois qu’elle a retenu tant du … que de son second marit, Eleine Dubois troisieme niece estant decedée a … sa part est devolue auxd Dubois et aux trois enfans de Marie Magdelene Dubois. »

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Compte CRUDENELLE-DIEU (signatures) – 1727 – Archives Municipales de Condé-sur-l’Escaut

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