Fruitiers à Paris (1/3) : Jean Paul François DALLEMAGNE et Clotilde Adélaïde CAFFIN

Je commence aujourd’hui une série de trois articles sur mes ancêtres ayant exercé le métier de fruitier à Paris, en commençant par Jean Paul François DALLEMAGNE.

Des origines à Conflans-Sainte-Honorine (78)

Jean Paul François DALLEMAGNE naît le 17 décembre 1787 à Conflans-Sainte-Honorine, de Jean Louis et Marie Anne Angélique CHARLET. Son père est dit tour à tour vigneron ou pêcheur.

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Baptême de Jean Paul François DALLEMAGNE à Conflans-Sainte-Honorine – 1787 – AD78

Il épouse Clotilde Adélaïde CAFFIN le 5 août 1809 à Conflans, sans avoir fait de contrat de mariage. Celle-ci y est née le 29 juillet 1785 de Jean Martin, cultivateur et vigneron, et Clotilde Martine HURE.

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Mariage DALLEMAGNE-CAFFIN à Conflans-Sainte-Honorine – 1809 – AD78

Le couple a une première fille à Conflans, Clotilde Marie (1810-<1832), avant de partir s’installer à Paris.

La vie parisienne

La famille s’installe au 4 rue Verderet (disparue lors de la percée de la rue Turbigo, elle reliait la rue Mauconseil à la rue de la Grande Truanderie), où naîtront deux autres enfant, Jean Nicolas (1818-1849) et Clotilde Joséphine (1822-1883).

Début 1830, le couple s’installe au 1 rue Montmartre, dans une maison adossée à l’église Saint Eustache appartenant à la fabrique. Jean Paul François, devenu marchand fruitier, y décède le 8 avril 1832 à l’âge de 44 ans.

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Décès de Jean Paul François DALLEMAGNE à Paris – 1832 – Etat civil reconstitué – FamilySearch

Il est inhumé le lendemain 9 avril au cimetière de Montmartre, comme nous l’apprend le registre d’inhumation. Malheureusement les colonnes concernant la concession et la localisation n’ont pas été remplies, je n’en saurai donc pas plus.

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Inhumation de Jean Paul François DALLEMAGNE à Montmartre – 1832 – Archives de Paris

Un précieux inventaire

Un inventaire de ses biens est réalisé le 6 juillet 1833 par Me CHANDRU, « à la requête de Mad Clotilde Adélaïde Caffin, veuve du S Jean Paul François Dallemagne, marchande fruitière, demeurant à Paris rue Montmartre n°1er. »

La veuve agit à la fois en son nom personnel et comme tutrice de ses enfants mineurs Jean Nicolas et Clotilde Joséphine DALLEMAGNE. Elle se fait assister de « Mr Joseph François Pierre Lallemant propriétaire, son conseil, demeurant à Paris rue J.J. Rousseau n°15. » Est également présent « Mr Pierre Denis Thomas Lacroix journalier demeurant à Paris rue de la Beynie n°26 » le subrogé tuteur des enfants, élu suite à un conseil de famille présidé par le juge de paix du 3e arrondissement de Paris le 6 août 1832.

L’inventaire est réalisé par un commissaire priseur dans leur « maison sise à Paris rue Montmartre n°1er appartenant à la fabrique de la paroisse de l’église de St Eustache. »

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Le n°1 rue Montmartre et l’église Saint Eustache – Google Maps

La boutique et l’arrière-boutique

La prisée commence « dans la boutique donnant sur la rue Montmartre. » On y trouve un comptoir en bois blanc, six rayons, trois chaises, un cuvier, onze paniers à œufs & à légumes, une tablette en marbre pour le beurre, une scie, un chaudron en cuivre, une petite glace à baguette dorée et une paire de balances en cuivre avec les poids.

« Dans une pièce au fond à la suite de la boutique » se trouve une fontaine en pierre en mauvais état, un baquet, une grande armoire en bois peint, une table carrée, un poêle en faïence mutilé et une petite glace dans son parquet peint en gris. L’armoire contient des draps, des chemises, des vieux tabliers en toile très élimés, des robes, souliers et mouchoirs. Dix-neuf petites gravures sous verre dans leur cadre noirci agrémentent le tout.

La chambre

« Dans la chambre au premier étage éclairée sur la rue Montmartre par une fenêtre » on remarque en rentrant une pendule en marbre et cuivre formant arc de triomphe !

Les meubles se composent d’une petite table pliante cassée, quatre chaises foncées de paille, une commode en noyer (avec dessus de marbre granit, boutons et entrées de serrure en cuivre), ainsi qu’un un lit peint à quatre pieds et roulettes à équerres garni.

Très peu d’objets sont trouvés dans la pièce : une carafe, une brosse, un petit pupitre en bois noirci, un chandelier en fer, douze torchons, un bonnet et une taie d’oreiller en calicot.

Voilà pour ce qui est du mobilier

Marchandises et achalandage

De retour dans la boutique, le commissaire priseur évalue les marchandises. On trouve vingt livres de beurre, deux cents œufs, dix paniers de cerises, des légumes verts de différentes espèces et deux douzaines de fromages de différentes espèces.

marchandises
Inventaire après décès : les marchandises – 1833 – CARAN

Voilà qui nous en apprend plus sur le métier de fruitier : faux-ami s’il en est, car le fruitier, même s’il vendait aussi des fruits, faisait avant tout commerce… de beurre, d’œufs et de fromage !

Quand à l’achalandage, le commissaire priseur, « considérant que le fonds de commerce de marchande fruitière qu’exerce la de veuve Dallemagne n’a d’autre valeur que celle que lui donne cette dernière par son industrie personnelle » , l’estime à la somme de 300F.

Le montant total de la prisée est de seulement 601F.

Les papiers

La prisée étant terminée, le notaire doit encore inventorier les papiers :

  • une copie de l’acte de mariage DALLEMAGNE-CAFFIN
  • quatre extraits d’inscription de rente 5% sur l’Etat au nom du défunt, de la somme de 360F, 240F, 175F et 100F respectivement. Les estampilles frappées au dos confirment que les arrérages en ont été payés jusqu’au 22 mars 1833.
  • une note de laquelle il résulte que « Mr Pierre Auguste Pradon agent comptable de la fabrique de la paroisse St Eustache […] aurait loué verbalement à Mr & Mad Dallemagne, pour neuf années consécutives qui auraient commencé à courir le premier janvier mil huit cent trente, une boutique arrière boutique & entresol sis rue Montmartre n°1er & dépendant de l’Eglise de la d paroisse » moyennant 700F par an.
  • une quittance de loyer de 175F datée du 15 avril 1833 pour le premier trimestre.
  • une quittance datée du 15 septembre 1828, délivrée par Mr MONDOR à Mr DALLEMAGNE d’une somme de 600F « pour prix d’effets mobiliers se trouvant dans les lieux occupés aujourd’hui par mad Ve Dallemagne.« 
  • un avertissement pour paiement des contributions mobilière et de patente pour l’année 1833, pour une somme de 40F 20c, ainsi que deux quittances de respectivement 10F et 8F 75c à valoir sur cette somme.
  • six actes de l’Etat-Civil « pouvant servir de renseignement de famille » (que le notaire n’a malheureusement pas jugé bon de détailler)

Les déclarations

La veuve DALLEMAGNE fait ensuite un certain nombre de déclarations : pendant leur mariage, elle a reçu pour la succession de ses père et mère la somme de 800F ; son défunt mari a aussi recueilli la succession de sa mère pour une somme de 100F. La communauté ne doit rien d’autre que le terme courant des loyers et les contributions de l’année 1833 évoqués précédemment.

Enfin il existe une somme de 400F en deniers comptants, « qui est la même que celle qui existait au jour du décès de Mr Dallemagne. » Sur cette somme, la veuve a payé 160F « pour frais de dernière maladie & frais funéraires de son mari » : 20F au médecin, 20F au pharmacien, 36F à l’administration des pompes funèbres, 50F à  la paroisse de l’église St Eustache et 40F à la ville pour concession de terrain. A quoi il faut ajouter 45F pour son deuil.

La succession

Trois semaines plus tard, le 30 juillet 1833, toujours devant Me CHANDRU, « madame Clotilde Adélaïde Caffin veuve du sieur Jean Paul François Dallemagne marchande fruitière demeurant à Paris rue Montmartre numéro premier » constitue pour son mandataire Joseph François Pierre LALLEMANT, propriétaire demeurant à Paris rue Jean Jacques Rousseau n°15, pour comparaître devant le Tribunal afin « d’accepter sous bénéfice d’inventaire seulement la succession du dit sieur Dallemagne, […] passer et signer tous actes, faire toutes déclarations et affirmations qu’il appartiendra et généralement tout ce qui sera nécessaire. »

Muni de ce mandat, Mr LALLEMANT comparaît au greffe du Tribunal civil de première instance du département de la Seine séant au Palais de Justice à Paris le 22 août 1833. Il déclare « que connaissance par lui prise des forces et charges de la succession du dit feu sieur Dallemagne […], il n’entendait accepter pour les dits mineurs […] la succession dont s’agit que sous bénéfice d’inventaire seulement. » Ce dont le tribunal lui a octroyé acte.

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Extrait des registres du greffe du Tribunal civil de première instance – 1833 – CARAN

Puis le 10 octobre 1833, Clotilde Adélaïde CAFFIN retourne voir Me CHANDRU. Elle constitue cette fois pour son mandataire « Mr Jean Joseph Jules Degors, étudiant en droit, demeurant à Paris rue Jean Jacques Rousseau n°18 » afin « d’acquitter les droits de mutation dus à l’état par suite du décès de Mr Dallemagne, faire à cet effet toutes déclarations et affirmations, payer toutes sommes, en retirer quittance. »

Elle demande enfin au notaire « de délivrer le certificat de propriété nécessaire pour faire immatriculer au nom de la d de ve Dallemagne & des d deux mineurs Dallemagne ses enfants [les] quatre rentes cinq pour cent sur l’Etat inscrites au grand Livre de la dette publique au nom du d feu Sr Dallemagne. » Elle donne pouvoir à Mr DEGORS pour effecuer les formalités correspondantes.

Epilogue : retour à Conflans

Clotilde Adélaïde CAFFIN retourne vivre à Conflans-Sainte-Honorine avec ses enfants, probablement entre 1836 et 1838. On l’y retrouve dans les tables du recensement à partir de 1841, où elle est dite rentière, demeurant place du Port.

Le 8 janvier 1851, elle comparaît devant Me SEBERT, notaire à Paris : « Mad Clotilde Adélaïde Caffin, rentière, demeurant à Conflans St Honorine, canton de Poissy, arrondissement de Versailles (Seine et Oise) veuve de M Jean Paul Dallemagne » constitue pour mandataire son gendre, « M Vincent Nicolas Clairbaut, marchand fruitier, demeurant à Paris, rue St André des Arts n°67 » pour vendre quatre actions de la banque de France inscrites à son nom.

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Procuration CAFFIN – 1851 – CARAN

La communauté et la succession de Jean Paul François DALLEMAGNE seront finalement liquidées devant le même Me SEBERT le 30 novembre 1856.

Trois ans plus tard, le 20 octobre 1859, devant Me HANRIOT à Conflans, la veuve « fait donation entrevifs à titre de partage anticipé de diverses rentes sur l’Etat lui appartenant, au profit de mad Clairbaut, sa fille, pour moitié et des deux mineurs Dallemagne ses petits fils conjointement pour l’autre moitié. »

Enfin le 27 juillet 1862, à court d‘argent, elle vend à son gendre Nicolas Vincent CLAIRBAUT, pour « lui aider à vivre » , une partie de son mobilier pour une somme de 481F 80c. Ce qui fait qu’à son son décès, il ne reste dans sa succession « que quelques objets mobiliers d’une bien faible valeur » dont il ne sera pas fait d’inventaire. 

Clotilde Adélaïde CAFFIN décède ainsi à Conflans-Sainte-Honorine, quartier de la rue Basse, le 7 août 1863 à l’âge de 78 ans. Les frais occasionnés par ce décès s’élèveront à 282F 10c (garde, médecin, fabrique, cierges, bière (!), monument funèbre, dépenses diverses).

1863-08-07 décès Caffin Coltilde Adélaïde
Décès de Clotilde Adélaïde CAFFIN à Conflans-Sainte-Honorine – 1863 – AD78
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6 réflexions sur “Fruitiers à Paris (1/3) : Jean Paul François DALLEMAGNE et Clotilde Adélaïde CAFFIN

  1. Merci Christelle pour cette plongée dans la passé ! Les inventaires après décès sont toujours aussi intéressants, d’autant qu’avec la description de la boutique, on peut presque sentir l’odeur des fruits et denrées, mêlé au vieux bois.
    Merci et bonne journée !
    Sébastien

    Aimé par 1 personne

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