De WEBER à VEVERE, de la Moselle à la Meuse

« Les noms propres n’ont pas d’orthographe. » Qui n’a jamais entendu cette phrase ? Je ne suis pas d’accord bien entendu, et je suis la première à râler quand on écorche mon nom de famille, ce qui arrive (beaucoup trop) souvent ! Mais cette affirmation prend tout son sens quand on fait de la généalogie. J’ai déjà évoqué un cas précédemment, et je vais aujourd’hui vous en présenter un autre.

Il s’agit ici de ma branche mosellane, ou plutôt devrais-je dire de mon rameau mosellan, avec la famille WEBER, originaire de Château-Rouge (57), dont le nom finira par se transformer en VEVERE.

Adam WEBER (~1703-1766), manouvrier

Adam WEBER est originaire de Château-Rouge (57). Il a épousé Marie Marguerite KUNTZELER, originaire de Berviller-en-Moselle (57), avec qui il a eu six enfants : Jean (1729), Pierre (1732-1797), Michel (1734), Philippe (1737-1790), Adam (1740) et Anne Marie (1742).

Son nom de famille est orthographié WEBER dans tous les actes :

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WEBER : orthographe admise et stable entre 1729 et 1742

Adam WEBER est manouvrier. Il décède le 17 octobre 1766 à Château-Rouge. Marie Marguerite KINTZELER y décédera le 25 février 1789.

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Décès de Adam VEBER à Château-Rouge – 1766 – AD57

« Anno Domini milesimo septingentesimo sexagesimo sexto, dia decima septima octobris, sacramentis paenitentiae eucharistiae et extremae unctionis rite praemunitus obiit in Domino, et postri die in caemeterio ecclesiae nostrae parochialis cum consuetis ecclesiae caeremoniis sepultus est Adam Veber operarius diurnus annos natus circiter tres et sexaginta, conjux Annae Margerittae Cuntzeler cui sepulturae testes adfuere complures, quosinter Petrus Veber defuncti filius Antonius Schideler gramaticus Franciscus Jean ludimagister et Philippus Schideler sutor mecum partim subscripsere partim subsignavere scribere nescientes »

Vous noterez que le prêtre qui a rédigé l’acte de décès d’Adam avait une culture plus française qu’allemande : WEBER est devenu VEBER et KUNTZELER est devenu CUNTZELER !

Philippe WEBERT (1737-1790), maçon

Philippe WEBER, le quatrième fils d’Adam, est donc né le 11 avril 1737 à Château-Rouge.

1737-04-11 naissance Weber Philippe
Naissance de Philippe WEBER à Château-Rouge – 1737 – AD57

« Undecimã aprilis 1737. Baptizatus fuit Philippus filius legitimus Adami Weber et Mergeritha Cunzlers conjugum. Patrinus fuit Philippus Schüsser, matrina Lucia Zerrer »

Je ne sais pas exactement à quelle date il a quitté sa Moselle natale pour la Meuse, mais c’est à Gercourt-et-Drillancourt (55) que je le retrouve le 17 juin 1766 lorsqu’il épouse Louise VAUTRIN.

mariage
Mariage WEBERT-VAUTRIN à Gercourt-et-Drillancourt – 1766 – AD55

« L’an de grace mil sept cent soixante et six le dix sept de juin apres avoir publié au prone de la messe paroissialle de Drillancourt le quinze du present mois un ban en annonçant que l’on esperait obtenir dispense des deux autres bans de mariage entre Philippe Webert fils mineur de Adam Webert et de Margueritte Kinsler ses pere et mere de droit de la paroisse de Château Rouge du dioceze de Mets et de fait de cette paroisse d’une part, et entre Louise Wotrin fille mineure de Francois Wotrin et de defunte Margueritte Pouturier ses pere et mere de Gercourt de cette paroisse d’autre part tous manouvriers et semblable publication ayant ete faite en l’eglise paroissialle de Château Rouge du dioceze de Mets par messire Jean François Beur curé de la ditte eglise comme il m’est apparu par son certificat du neuf du present mois demeuré entre mes mains authorisés par monsieur de Vareilles vicaire general de monseigneur l’eveque de Mets en datte du quatorze present mois et visé par monsieur Seve vicaire general du reverendissime père en Dieu monseigneur Nicolay notre eveque en datte du seize demeuré entre mes mains vu les dispenses des deux autres lieux tant du dioceze de Mets que de celuy de Verdun, en datte l’une du quatorze l’autre du seize accordées par messeigneurs les eveques de Mets et de Verdun comme il se voit par leurs lettres signées par messieurs Seve et Vareilles vicaires generaux scellées de leurs sceaux et contresignées par messieurs Matthieu et André secretaires restées entre mes mains vu le consentement de Adam Webert et de Margueritte Hinsler au mariage de leurs fils Philippe donné en presence de messire leur curé de Château Rouge et de François Jean regent d’ecole du dit lieu legalisé a Mets par monsieur Vareilles vicaire general de monseigneur de Montmorenci Laval eveque de Mets en datte du quatorze present mois et visé par monsieur Seve vicaire general de monseigneur de Nicolay eveque de Verdun demeuré entre mes mains et ne s’etant trouvé aucun empechement civil ou canonique je soussigné curé de Drillancourt et Gercourt ay reçu leur mutuel consentement de mariage et leur ai donné la benediction nuptialle avec les ceremonies prescrites par la sainte eglise en presence de François Votrin son pere de Gercourt manouvrier Jacques Mercier son curateur laboureur et cousin issu de germain laboureur de Gercourt et Pierre Weber manouvrier frere de Philippe de la paroisse de Dessoffy Château Rouge et mr Dessoffy lieutenant colonel et chevalier de st Louis parents et temoins qui ont signés avec nous les jour mois et an susdits. »

Voilà un acte de mariage bien long qui a dû conduire le curé à s’arracher les cheveux : un mariage entre deux diocèses, avec dispenses de bans et consentement à distance, ça complique forcément les choses !

Ceci dit, cet acte nous apprend que Philippe « WEBERT » habitait déjà de fait dans la paroisse de Gercourt-et-Drillancourt en 1766. Je me demande ce qui l’a amené à parcourir les quelques 110 km séparant les deux localités. La présence du lieutenant colonel DESSOFFY (alias Jacques Charles Marie DESSÔFFY de CSERNEK et TARKO) est sans doute une piste à creuser : Philippe a pu être à son service, ou bien soldat sous ses ordres. Un indice me conduit à penser que c’est bien dans cette direction qu’il faut chercher : la famille DESSOFFY a habité à Mainvillers (57), à une trentaine de kilomètres de Château-Rouge, entre 1755 et 1756 (Jacques Charles Marie était alors capitaine au Régiment de Turpin Hussards) alors que Philippe venait d’avoir 18 ans.

carte
De Château-Rouge (57) à Gercourt-et-Drillancourt (55)

Philippe exerce le métier de maçon. Le couple aura au moins six enfants : Jean Baptiste (~1767-1773), Marie Rose (1770-1786), Catherine (1773-1776), François (1775-1866), Jean (1779-1850) et Marie Louise (1786-1859). Après avoir vécu à Gercourt-et-Drillancourt jusqu’en 1779, il s’installent à Vilosnes (55) à partir de 1786.

L’orthographe du nom de famille évolue au fil des années, pour commencer à se stabiliser sur la variante « VEVERE » à compter de 1786.

ortho
De WEBERT à VEVERE, en passant par VEVRE et WEVRE

Philippe VEVERE décède à Vilosnes le 19 octobre 1790 à l’âge de 53 ans.

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Décès de Philippe VEVERE à Vilosnes – 1790 – AD55

« L’an mil sept cent quatre vingt dix, le dix neuf octobre est décédé en cette paroisse environ six heures du matin Philippe Vevére époux de Louise Vautrin demeurant en cette paroisse, âgé d’environ cinquante trois ans, après avoir été confessé, reçû le St Viatique et le Sacrement de l’extrême Onction, le lendemain son corps à été inhumé par nous Curé de D’annevoux sussigné, dans le cimetière de cette paroisse, avec les cérémonies accoutumées, en présence de François Vautrin beau pere au deffunt, de Jean Baptiste Vautrin son beau frere tous les deux demeurant à Gercourt, de François Vevére son fils de cette paroisse et autres témoins qui ont signez avec nous, lecture faite. »

Sa veuve Louise VAUTRIN épousera en secondes noces Lambert GODFROY et décédera le 19 février 1826 à Gercourt-et-Drillancourt, chez son fils Jean VEVERE demeurant rue Basse.

Marie Louise VEVERE (1786-1859)

Mon ancêtre Marie Louise VEVERE est née le 16 mai 1786 à Vilosnes (55), de Philippe WEBERT et Louise VAUTRIN.

mlv
Naissance de Marie Louise WEVRE à Vilosnes – 1786 – AD55

« L’an mil sept cent quatre vingt six le seizième jour de may Je N.J.Durand Ch. R. Curé de Villosne, ay baptisé la fille légitime de Philippe Wèvre et de Louise Vautrin ses pere et mere mariez ensemble, habitans de cette paroisse qui est née le même jour, on luy a donné le nom de Marie Louise.
Elle a eue pour parain Messire Augustin Rouyer Conseillier du Roy Lieutenant Général au Bailliage Royalle de Clermont séant à Varennes, et pour maraine Dame Madame Marie Louise Florentine Philippe Thomas de Vidame Comtesse Dessoffy, Dame en partie de Villosne y demeurants, qui ont signez avec moi le present acte. »

Il y a du beau monde à ce baptême ! La marraine de Marie Louise est en effet l’épouse du lieutenant colonel comte DESSOFFY, qui était témoin au mariage de ses parents. Quant au parrain, Augustin ROUYER, c’est un des gendres du comte et de la comtesse DESSOFFY.

Marie Louise épouse Nicolas MERCIER, dit « Colette », le 7 août 1810. Originaire de Gercourt, il est né le 21 avril 1788 de Jean MERCIER, laboureur, et de Marie NOEL, et exerce successivement les métiers de vigneron, charpentier, couvreur et charron. Leur acte de mariage nous offre une nouvelle variante du patronyme : WEVERT ! Par la suite, la version VEVERE (que Marie Louise utilise également pour signer) sera standardisée.

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Mariage MERCIER-WEVERT à Gercourt-et-Drillancourt – 1810 – AD55

« L’an mil huit cent dix le septieme jour du mois d’aout, pardevant nous Pierre Joseph Neyon, maire officier de l’etat civil de la commune de Gercourt, canton de Montfaucon, département de la Meuse, sont comparus Mr Nicolas Mercier charpentier âgé de vingt deux ans, né audit Gercourt le vingt un du mois d’avril 1788, fils de deffunt Jean Mercier, et de Dame Marie Noel ses père et mere, ladite Marie Noel ici présente et consentante, ledit son père décédé audit Gercourt le vingt un floréal an neuf ainsi qu’il est constaté par son acte de décès ; Et Mlle Marie Louise Wevert âgée de vingt quatre ans, née à Vilône le seize may 1786, fille légitime de deffunt Philippe Wevert et de Dame Louise Vautrin ses père et mere, laditte sa mere ici présente et consentante, ledit son père décédé à Vilône le 19 octobre 1790 ainsi qu’il appert par l’extrait de son acte de décès délivré par Mr le maire de la comune dudit Vilone, tous demeurants audit Gercourt. Lesquels nous ont réquis de procéder à la célébration du mariage projetté entre eux, et dont les publications ont été faites devant la principale porte d’entrée de l’église dudit Gercourt, savoir la premiere le quatrieme dimanche de juillet dernier, et la seconde le cinquieme dimanche suivant à heure de midy ; Aucune opposition audit mariage ne nous ayant été signifiée, faisant droit à leur réquisition après avoir donné lecture de toute les pieces ci-dessus mentionnée, et du Chapitre VI du code Napoléon intitulé du mariage, avons demandé au futur époux et à la future épouse s’ils veulent se prendre pour mari et pour femme chacun d’eux ayant répondu séparément et affirmativement declarons au nom de la loi que Mr Nicolas Mercier et Mlle Marie Louise Wevert sont unis par le mariage … nous avons dressé acte en présence de Mr Lambert Godfroy âgé de soixante dix ans beau père de l’epouse à cause de la ditte Louise Vautrin son épouse, de Jean Baptiste Vautrin tailleur âgé de cinquante huit ans oncle maternel à l’épouse, de Jean Wevert tisserand âgé de vingt six ans frère à l’épouse et beau frère à l’époux, à cause de Catherine Mercier son épouse, de Hubert Mouton maréchal ferrant âgé de quarente trois ans, beau frere à l’époux à l’époux à cause de Marie Elizabeth Mercier son épouse, de Claude Mercier cultivateur âgé de trente ans frere à l’époux et de Jean Louis Mercier le plus jeune âgé de vingt neuf ans aussi frere à l’époux tous demeurants audit Gercourt, lesquels après qu’il leur en a été donné lecture l’ont signé avec nous et les parties contractantes. »

Le couple aura huit enfants : Marie (1811), Jean Louis (1814-1839), Pierre (1818-1867), Marie Catherine (1820), Nicolas (1823-1826), Marie Catherine (1826-1858), Catherine Félicité (1828-1828) et Marie Louise (1831-1835).

Marie Louise VEVERE décède le 14 septembre 1859 à Gercourt-et-Drillancourt, à l’âge de 73 ans. Nicolas MERCIER y décédera le 8 août 1871 à l’âge de 83 ans.

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Décès de Marie Louise VEVERE à Gercourt-et-Drillancourt – 1859 – AD55

« L’an mil huit cent cinquante neuf, le quinze septembre à six heures du matin pardevant nous Jean Vautrin, capitaine en retraite, chevalier de la légion d’honneur, maire et officier de l’etat civil de la commune de Gercourt et Drillancourt, arrondissement de Montmedy, département de la Meuse, ont comparu Nicolas Mercier, âgé de soixante et onze ans, vigneron, et François Vévère, âgé de quatre vingt quatre ans, aussi vigneron, tous deux domiciliés à Gercourt, le premier époux et le second frère de la décédée ci après dénommée, lesquels nous ont declaré que le jour d’hier à onze heures du soir, Marie Louise Vévère, âgée de soixante-treize ans, sans profession, née à Vilosnes et domiciliée à Gercourt, fille des défunts Philippe Vévère et Louise Vautrin, en leur vivant domiciliés audit Gercourt, et épouse du susdit Nicolas Mercier, est decedée en son domicile à Gercourt. Sur cette declaration nous susqualifié nous sommes transporté au lieu indiqué où nous avons vu et reconnu le cadavre de la prénommée, Marie Louise Vévère, et nous étant ensuite rendu à la Maison commune, nous avons écrit le present acte sur les deux registres à ce destinés et que les declarants ont signé avec nous après lecture et collation. »

Epilogue

Marie Louise est la dernière porteuse du patronyme WEBER / VEVERE dans ma généalogie. Je reste impressionnée par le nombre de variantes orthographiques trouvées en seulement trois générations ! Voilà de quoi me faire relativiser mon S qui se transforme en Z…

6 réflexions sur “De WEBER à VEVERE, de la Moselle à la Meuse

  1. Béatrice

    Il faut d’autant plus relativiser car avec le S qui se transforme en Z on parle de la dernière lettre du patronyme ! 😉 C’est plus ennuyeux quand même la première lettre évolue dans le temps… Je pense aux recherches dans les listes alphabétiques. Bravo en tout cas d’avoir réussi à suivre la transformation des Weber jusqu’au Vevere. Merci pour ce récit !

    Aimé par 1 personne

    1. Intéressant, comme quoi l’erreur n’est pas inhabituelle ! La langue française fait bien la distinction entre les sons b et v, mais quand on pense à l’espagnol par exemple où ce n’est pas le cas, on se rappelle à quel point ils sont proches.

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