Antoine DUBREUCQ dit « Tonneau », brasseur à Fresnes-sur-Escaut

Je ne serais pas étonnée d’apprendre que beaucoup de nos ancêtres portaient des surnoms, bien que peu soient arrivés jusqu’à nous. C’est le cas d’un des ancêtres de mon conjoint, Antoine DUBREUCQ, qui était surnommé « Tonneau » ! Diminutif de son prénom, en lien avec son métier de brasseur, et qui sait peut-être avec son apparence physique ou sa bonne descente, voilà en tout cas qui a suffi à piquer ma curiosité !

Son mariage avec Marie Catherine ROLAND

Je ne connais pas la date de naissance d’Antoine DUBREUCQ, ni même le nom de ses parents. Je sais par contre qu’il a épousé Marie Catherine ROLAND avant 1709.

Son épouse va lui donner au moins sept enfants : Charles Joseph (1709-1709), Pierre François Joseph (~1711-1781), Louis Joseph (1713), Jean Baptiste Joseph (1716-1755), Hyolente (1718-1720), Marie Marguerite Louise (1721) et Gabriel Joseph (1724-1725).

Antoine est valet de brasseur au faubourg de Fresnes-sur-Escaut (59). A partir de 1720, il cumule à cette fonction celle de cabaretier. Puis en 1724, il devient « brasseur et cabaretier », ayant sans doute repris l’affaire à son compte.

Marie Catherine ROLAND, sa femme, décède à Fresnes le 2 octobre 1726.

Des locataires amidonniers !

Le 15 avril 1727, Antoine DUBREUCQ passe devant le notaire de Condé-sur-l’Escaut afin de louer une partie de sa maison à Louis LECOCQ. C’est dans cet acte que j’ai appris son surnom.

bail
Bail DUBREUCQ-LECOCQ à Condé-sur-l’Escaut – 1727 – AD59

« Antoine Dubreucq, dit Tonneau, brasseur demeurant au faubourg de cette ville dit de Fresnes » loue à « Louis Lecocq, marchand resident au Quesnoy » pour sept mois « une salle d’en bas, une petite place haute, la moitié d’une remisse ou garain, faisant partie de la maison qu’il occupe, pour y mettre et nourrir un nombre de porcs, à la discretion du preneur, avec la faculté et liberté d’aller et venir dans lad maison ou dehors, quand bon luy semblera, ou a ses commis ou ouvriers, et de leurs donner toutes les aisances convenables et necessaires pour y exercer leur metier d’hamidonnier. » Le loyer est de 140 livres Hainaut.

Cet acte faisant mention de porcs et d’amidonniers, je me suis demandé en quoi consistait cette activité. L’amidonnier était donc un artisan qui fabriquait de l’amidon (ensuite utilisé pour faire de l’empois). Il concassait des céréales (mais attention, pas les bons grains, réservés à la fabrication du pain) et les mettait à macérer dans de l’eau sûre. Après filtration, un dépôt appelé « blanc » se formait au fond des tonneaux : la première couche, appelée « premier blanc », « gros » ou « noir », était utilisée pour engraisser les porcs (ceci explique donc la mention des cochons dans l’acte). La couche du dessous ou « second blanc » était constituée de l’amidon, qui était ensuite rincé et séché. Le Dictionnaire historique de la ville Paris et de ses environs décrit dans le détail les différentes étapes du processus.

Son remariage avec Marie Françoise BOURLA

Antoine DUBREUCQ épouse en secondes noces Marie Françoise BOURLA le 24 avril 1730 à Fresnes, après avoir établi un contrat de mariage en date du 7 avril précédent.

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Contrat de mariage DUBREUCQ-BOURLA à Condé-sur-l’Escaut – 1730 – AD59

« A l’honneur de Dieu et de nostre mere la sainte Eglise le traitté et convention de mariage se fait entre Antoine Dubreucq veuve de Marie Catherine Roland demt au fauxbourg de Fresnes d’une part, et Marie Francoise Bourlar jeune fille a marier suffissament agée assistée de Marie Joseph Bourlar sa soeure d’autre part »

Les apports des futurs ne sont pas spécifiés. Antoine DUBREUCQ déclare « avoir retenu de lad Roland sa premiere femme quatre enfans nommés Pierre Francois, Louis, Jean Bapte et Marie Marguerite Dubreucq » : ils promettent de leur donner pour fourmourture* la somme de 40 patars. Le mambour** sera Emmanuel ROLAND demeurant à Fresnes.

Enfin Antoine déclare « qu’il a acquit la moitié d’une maison et heritage contenant demy bonnier ou environ de jardin scituée au village de Fresnes […] dont il n’at point encore de devoir de loy de fait ny passé. » La future épouse en sera viagère, et la propriété sera pour la moitié aux enfants de son premier mariage et pour l’autre moitié aux enfants à naître.

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Contrat de mariage DUBREUCQ-BOURLA à Condé-sur-l’Escaut (signatures) – 1730 – AD59

Avant le mariage, le 15 avril, Antoine DUBREUCQ fait inventorier ses biens, en prévision de la levée de maisneté*** que fera le plus jeune des enfants issus de ses premières noces : « Inventaire des meubles et effets fait a la requisition et demande d’Antoine Dubreucq demt au fauxbourg de Fresnes et trouvé dans sa maison sur lesquels meubles l’enfant maisné qui se trouvera de luy pourra lever son droit de maisneté après sa mort. »

La liste de ses meubles est ainsi constituée et évaluée : une crémaillère (16s) ; un gril, pincette, potière, réchaud, chenet, lampe, fer à feu de charbon (4#) ; un petit chaudron (3#) ; un plat et une ansette d’étain (4#) ; une écuelle et une cuillère d’étain (2#) ; un chandelier de cuivre (10 patars) ; un plat, une assiette et un pot de galère (10 patars) ; une dresse à deux portes avec sa barre (10#) ; un ferme (10#) ; une table (15 patars) ; une garde-robe de vieux bois (18#) ; un rideau de lit (6#) ; un bois de lit (8#) ; un matelas et travers (10#) ; une couverte et un drap (6#) ; une chaise et un tonneau (2#) ; une broche et un tableau (10 patars) ; un petit jantier (10 patars).

J’apprécie toujours autant les inventaires qui nous permettent de jauger avec quoi nos ancêtres vivaient (en l’occurrence pas grand chose…).

Antoine et Marie Françoise auront ensemble quatre enfants : Philippe Emmanuel (1731), Lambert (1733), Pierre Joseph (1735-1808) et André Joseph (1738-1798).

Épilogue

Antoine ne connaîtra pas son dernier fils, André Joseph, qui naît posthume le 1er janvier 1738.

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Naissance posthume de André Joseph DUBREUCQ à Fresnes-sur-Escaut – 1738 – AD59

« L’an de grace dix sept cent trent huit le premier janvier je Jean Bapte Deruesne prestre curé de la paroisse de Fresnes sur l’Escaut ay baptisé le fils né ce meme jour en legitime mariage d’Antoine Dubreucq natif du faubourg brasseur en son vivant et de Francoisse Bourloiwe? natifve de Condé ses pere et mere auquel on a imposé le nom André Joseph le parain a esté André Joseph Disant marchand a Condé la marainne Marie Anne Declairfay demeurants au faubourg lesquels ont signé cet acte avec moy prestre curé soubsigné le pere estant mort. »

Malheureusement, et malgré la période temporelle très ciblée (avril-décembre 1737), je n’ai pas réussi à mettre la main sur l’acte de décès du brasseur Antoine DUBREUCQ.

Un peu plus de deux ans plus tard, le 6 juin 1740, Jean Baptiste Joseph DUBREUCQ, fils du premier mariage d’Antoine et ancêtre de mon conjoint, devenu cordonnier, épouse Marie Barbe GARDEBOIS. Dans le contrat de mariage qu’il a établi le 23 mai, on apprend qu’il « avoit une maison et heritage sçitué a Fresnes, contenant trois journaux ou environs, donc moitié luy appartient en propre pour son droit de maisneté ainsy qu’il en a fait le reliefve, et droit dans l’autre moitié pour sa cotte part a partager contre ses autres freres apsens. »

La levée de maisneté immobilière a donc bien eu lieu, et c’est Jean Baptiste qui en a bénéficié. Sans doute a-t-il également procédé à la levée de maisneté mobilière par la même occasion, mais les apports des futurs ne sont pas détaillés dans le contrat de mariage. La plus jeune sœur Marie Marguerite Louise, qui était encore vivante en 1730 lors du remariage de son père, est donc décédée entre temps, bien que je n’aie pas réussi à mettre la main sur son acte de décès.

Marie François BOURLA décédera le 11 juin 1767 à Fresnes à l’âge de 65 ans, après trente ans de veuvage.

◊◊◊◊◊

*Fourmourture (ou formorture) : somme d’argent ou meuble qu’une personne veuve laisse à ses enfants du premier lit, en se remariant.

**Mambour : tuteur, procureur, curateur, exécuteur testamentaire.

***Maisneté : en province de Hainaut, droit dû au plus jeune des enfants vivants (maisné = mauvais né) au décès des parents. C’est en quelque sorte l’opposé du droit d’aînesse qui avait cours dans le Sud.

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6 réflexions sur “Antoine DUBREUCQ dit « Tonneau », brasseur à Fresnes-sur-Escaut

  1. Briqueloup

    Faute de les voir mentionnés, on ignore souvent le surnom de nos ancêtres, et pourtant ce devait être la principale façon de les appeler. Alors tu dois être contente de toutes ces découvertes.

    Aimé par 1 personne

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