Adrien Joseph WAREILLE (1810-1881), enfant trouvé, paveur à Roubaix

Je vais vous conter le parcours d’Adrien Joseph WAREILLE, enfant trouvé devant l’hospice général de Valenciennes (59), qui après avoir été scieur de long en Belgique, créera une société de pavage à Roubaix (59).

L’enfant abandonné à Valenciennes

Un petit garçon est abandonné devant l’Hospice Général de Valenciennes le 21 avril 1810, à l’âge de quatre jours environ. Il intègre l’hospice des enfants abandonnés sous le n°519, comme l’atteste son procès-verbal d’admission. Il reçoit alors le nom d’Adrien Joseph WAREILLE (je me demande bien d’où sort ce nom… fonction de l’inspiration du jour j’imagine !).

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Procès-verbal d’admission d’Adrien Joseph WAREILLE à l’hospice des enfants abandonnés de Valenciennes – 1810 – Archives Municipales de Valenciennes

« L’an mil-huit-cent-dix, le vingt-un avril à dix heures du matin.
Pardevant nous Jean Louis Teinturier Adjoint au Maire et par délégation Officier de l’Etat Civil de la ville de Valenciennes, département du Nord, soussigné.
Est comparu Amé Joseph Caudron, âgé de soixante-six ans, Portier à l’Hospice Général de cette ville ; lequel nous a déclaré que le jour précédent vers les huit heures du soir, il aurait relevé à la porte dudit Hospice, l’Enfant qu’il nous représentait, lequel était emmailloté dans un morceau de molton rayé, une chemise, un linge, et un petit bonnet d’indienne jaune
après avoir visité ledit Enfant, avons reconnu qu’il était du sexe masculin, qu’il paraissait âgé d’environ quatre jours, ne portant aucun signe qui puisse le faire reconnaître
de suite l’avons inscrit sous les nom et prénoms de Adrien Joseph Wareille et ordonné qu’il fût remis à l’Hospice des Enfans abandonnés.
De tout quoi avons dressé le présent procès-verbal en présence dudit Amé Joseph Caudron qui n’a pu signer avec nous après que lecture lui en a été faite pour ne savoir écrire. »

Son dossier, consulté aux Archives Municipales de Valenciennes, contient très peu d’informations. Je sais juste qu’il est sorti de l’hospice des enfants abandonnés à l’âge de 12 ans.

Son mariage et son installation à Péruwelz (Belgique)

On retrouve Adrien Joseph WAREILLE lors de son mariage avec Catherine DEMAULDE le 5 juillet 1840 à Péruwelz (Belgique). Il est alors scieur de long, toujours domicilié à Valenciennes.

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Mariage WAREILLE-DEMAULDE (extrait) à Péruwelz – 1840 – vue 252/1059 – search.arch.be

« L’an mil huit cent quarante le cinq juillet vers dix heures du matin
Pardevant nous Henri Trufin, échevin et officier de l’Etat Civil de la ville de Peruwelz, Hainaut
Sont comparus pour contracter mariage :
D’une part, Adrien Joseph Wareille, scieur de long, âgé de trente ans, né et domicilié à Valenciennes, fils majeur de parens inconnus
D’autre part, Catherine Demaulde, ménagère, âgée de vingt six ans, née à Blaton, domiciliée à Péruwelz, fille majeure d’Antoine Demaulde, journalier, âgé de cinquante six ans, ci présent et consentant audit mariage, et de Catherine Moularte, ménagère, âgée de soixante six ans, son épouse, domiciliés au dit Péruwelz
Lesquels nous ont requis de procéder au mariage projeté entre eux et dont les publications ont été faites sans oppositions devant la porte d’entrée de notre hôtel de ville, les dimanches quatorze et vingt un juin dernier à midi, et repétées les mêmes jours, également sans oppositions, en la ville de Valenciennes, comme il conste d’un certificat délivré le vingt-quatre juin dernier par l’officier de l’Etat Civil du dit lieu
Faisant droit à leur réquisition : après avoir donné lecture aux parties des actes justificatifs de leur état et des formalités du mariage, ainsi que du chapitre six du titre du mariage au Code Civil, sur les droits et les devoirs des époux, nous avons demandé aux futurs s’ils veulent se prendre respectivement pour mari et pour femme et ayant reçu de chacun d’eux sa reponse séparée et affirmative, nous avons déclaré au nom de la loi que Adrien Joseph Wareille et Catherine Demaulde sont unis en mariage
Et à l’instant les époux ont déclaré que le six septembre dernier, il est né d’eux un enfant du sexe feminin enregistré le lendemain à l’état civil de ce lieu, sous les noms de Marie Noël Demaude, lequel enfant ils entendent légitimer par l’effet du présent mariage.
De quoi nous avons dressé acte en présence de Louis Paulet, scieur de long âgé de trente sept ans, Isidore Moulart, scieur de long, âgé de soixante deux ans, Henri Rigaut, journalier, âgé de quarante deux ans, et Augustin Paulet, scieur de long, âgé de trente six ans, tous domiciliés à Peruwelz et non parens des époux.
Et ont les parties, assistants et temoins declaré ne savoir signer après lecture du présent acte. »

Adrien et Catherine reconnaissent ainsi lors de leur mariage une petite fille née d’eux quelques mois auparavant, Marie Noëlle (1839-1881). Ils auront ensemble neuf autres enfants, tous nés à Bonsecours, commune de Péruwelz : Pauline (1841-1842), Romain (1843), Julie Joséphine (1845), Philomène (1847), Sidonie Lucie (1850), Adeline (1851), Désirée (1855), Césarine (1857) et Adrien Joseph (1860).

Pendant toute cette période, c’est-à-dire jusqu’à 1860 au moins, Adrien Joseph WAREILLE exerce la profession de scieur de long à Bonsecours.

Entrepreneur en pavage à Roubaix (59)

La famille WAREILLE arrive à Roubaix entre février et septembre 1871 : Adrien, son épouse et leurs huit enfants quittent la Belgique pour s’installer dans le Nord de la France, à une quarantaine de kilomètres de là. Seule Marie Noëlle, l’aînée, qui est mariée depuis 1859, restera à Péruwelz.

Adrien continue d’abord d’exercer le métier de scieur de long : c’est toujours le cas en 1874 lors du mariage de sa fille Philomène à Roubaix. Par la suite, Adrien va devenir paveur, ainsi que son fils Romain.

En 1878, devant Me POISSONNIER à Roubaix, Adrien et Romain montent leur propre entreprise de pavage, quelques jours avant le mariage de ce dernier !

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Acte de création de la société « Wareille père et fils » à Roubaix – 1878 – AD59

Voici quelques extraits de l’acte de création de société : « Il est formé entre les comparants une Société en nom collectif, ayant pour objet l’entreprise du pavage des rues, cours et trottoirs, ainsi que le dallage en pierre ou en ciment pour ateliers et usines. » « La Société aura son siège à Roubaix, rue des Arts prolongée, en la demeure actuelle des comparants. » « La raison et la signature sociales sont Warelle père et fils. » « Les associés devront consacrer tout leur temps et tous leurs soins à la prospérité des affaires sociales. » « Monsieur Romain Warelle sera spécialement chargé de la direction des travaux et des démarches nécessaires pour les obtenir des propriétaires. En raison de cette obligation il lui sera alloué une somme de cinq francs par jour de travail qui lui sera payée tous les samedis. » « Le fonds social est fixé à la somme de quatre mille huit cent francs qui sera fournie par Mr Adrien Warelle. Cette somme produira au profit de Mr Warelle des intérêts au taux de trois pour cent l’an qui seront réglés lors de chaque inventaire. L’apport de Mr Romain Warelle ne consiste que dans son industrie, cet apport est ici évalué mais pour la perception du droit d’enregistrement seulement à la somme de deux cents francs. » « En cas de décès de l’un des associés la présente société continuera d’exister entre le survivant, la veuve et les héritiers du prédécédé sur les bases du présent acte. »

L’enfant abandonné a parcouru bien du chemin pour en arriver là… C’est en effet lui qui amène les fonds pour créer la société, à hauteur de 4800 F !

On retrouve une trace des sans doute nombreuses réalisations de la société WAREILLE père et fils dans le « Rapport du Maire » de Roubaix de 1880 et 1881 :

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« Rapport du Maire » – 12/08/1880 – Bibliothèque Numérique de Roubaix
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« Rapport du Maire » – 29/09/1881 – Bibliothèque Numérique de Roubaix

Fin de vie à Roubaix

Adrien Joseph WAREILLE décède le 2 novembre 1881 à Roubaix, à l’âge de 71 ans, en son domicile situé rue des Fleurs, 19. Il est qualifié dans son acte de décès de « maître paveur ».

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Décès de Adrien Joseph WAREILLE à Roubaix – 1881 – AD59

On trouve son faire-part de décès dans l’édition du « Journal de Roubaix » du 4 novembre 1881.

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« Journal de Roubaix » du 4 novembre 1881 – Bibliothèque Numérique de Roubaix

Sa déclaration de décès (cote 3 Q 431 / 79 aux AD59) nous apprend que sa succession est composée de 289 F de biens meubles et objets mobiliers, ainsi que 5000 F de droits dans la société Wareille père et fils.

Quelques temps après le décès d’Adrien, l’entreprise de pavage « WAREILLE père et fils » est dissoute, comme en attestent les exemplaires des « Archives Commerciales de la France » du 22 avril et du 17 mai 1883 :

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« Archives Commerciales de la France » du 22 avril 1883 – Gallica
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« Archives Commerciales de la France » du 17 mai 1883 – Gallica

Me POISSONNIER fait paraître un extrait de l’acte de dissolution dans le « Journal de Roubaix » du 10 mai 1883 :

« Madame Catherine DEMAUDE, exerçant profession de paveur, demeurant à Roubaix, veuve de M. Adrien WARELLE ;
M. Romain WARELLE, paveur, demeurant à Roubaix ;
Mlles Sidonie, Adeline, Désirée et Marie WARELLE, tailleuses, demeurant à Roubaix ;
M. Adrien WARELLE fils, paveur, demeurant à Roubaix ;
M. Joseph GOBERT, ouvrier mineur, demeurant à Peruwelz ;
M. Philibert Ribourt, ouvrier mineur, et Mme Juliette GOBERT, son épouse, autorisée, demeurant à Peruwelz,
Tous les sus-nommés autres que M. Romain WARELLE, agissant en leur nom et comme se portant fort de Henri, Rosette, Philomène, Paul, Abel, Marie et Sidonie GOBERT, encore mineurs, sans profession, domiciliés à Peruwelz ;
Ont dissout à compter du onze avril mil huit cent quatre-vingt-trois, la société constituée pour l’entreprise du pavage des rues, cours et trottoirs ainsi que le dallage en pierre ou en ciment, pour ateliers et usines, suivant acte reçu par Me POISSONNIER, soussigné, le dix-neuf avril mil huit cent soixante-dix-huit, entre M. Adrien WARELLE père, en son vivant paveur à Roubaix, et M. Romain WARELLE, sus-nommé, sous la raison sociale : WARELLE PERE ET FILS avec siège social à Roubaix, rue des Arts prolongée, et plus tard, rue d’Inkermann, laquelle société, par suite du décès de M. WARELLE père, arrivé à Roubaix, le deux novembre mil huit cent quatre-vingt-un, existait entre les sus-nommés.
La liquidation est faite par Mme veuve WARELLE et M Adrien WARELLE fils, à qui tous pouvoirs sont donnés à cet effet. »

Catherine DEMAULDE décède quelques années plus tard, le 11 octobre 1887 chez son fils Adrien, toujours paveur et résidant place du Trichon à Roubaix, à l’âge de 73 ans.

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« Journal de Roubaix » du 13 octobre 1887 – Bibliothèque Numérique de Roubaix

Epilogue

Les deux fils WAREILLE, Romain et Adrien, poursuivront leur activité de pavage. Il semble d’ailleurs que ce soit une affaire de famille : parmi les cartes postales anciennes de Roubaix publiées en 1910, j’ai découvert avec émotion une image intitulée « Aux alentours du boulevard de Reims – Portrait de paveurs de l’entreprise François Wareille située rue Rocroi ». Selon toute vraisemblance, il s’agit là de François Marceau WAREILLE (1885-1967), un des fils de Romain et petit-fils d’Adrien.

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« Aux alentours du boulevard de Reims – Portrait de paveurs de l’entreprise François Wareille située rue Rocroi » – Bibliothèque Numérique de Roubaix
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8 réflexions sur “Adrien Joseph WAREILLE (1810-1881), enfant trouvé, paveur à Roubaix

  1. Beatrice

    Toujours attentive à la façon dont un enfant trouvé est vêtu et à la description du linge qui l’accompagne, je viens de me perdre un moment sur la toile dans les définitions et illustrations du tissu d’indienne 😁😁 Merci pour cette promenade matinale, c’est une belle histoire et la photo finale est superbe.

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  2. FOURNIER Jean-Marie

    Merci de vos recherches et de cette monographie illustrée et bien documentée.

    Etant descendant d’Adrien Joseph WAREILLE et de Catherine DEMAULDE par leur fille Philomène j’étais déjà remonté dans ma généalogie sur l’acte d’Etat-civil d’Adrien « enfant trouvé » et sur l’implantation familiale à Péruwelz, puis à Roubaix.
    En effet :
    – Adrien Joseph WARELLE est répertorié sur la matrice cadastrale de Péruwelz (Voir « Péruwelz, la commune, et Warelle, Adrien-Joseph, dit Lelièvre, (bâtisse), journal., Bon-Secours » in « VILLE DE PÉRUWELZ Copie de la matrice cadastrale obtenue auprès de l’UGEB (Société Royale de Géomètres-Experts-Immobiliers) Dépouillement réalisé par Danny DELCAMBRE, Rue Halbardier 49, B – 6700 ARLON »
    – Adrien et son fils Romain sont cités dans le livre de Chantal PETILLON : La Population de Roubaix: Industrialisation, démographie et société. 1750 – 1880 (2006) aux éditions Septentrion page 127.
    Votre monographie m’a permis de compléter quelques données et je vous en remercie. Plus, au-delà de l’origine qu’on avait tendance à taire, elle montre le travail et l’esprit d’entreprise de nos ancêtres et tout ce ce que nous leur devons !

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Jean-Marie d’avoir laissé ce commentaire ! C’est toujours un plaisir d’être contactée par un cousin suite à un de mes billets.

      Mon conjoint descend de Marie Noëlle, la fille aînée restée à Péruwelz. Ce fut pour moi une surprise de découvrir qu’Adrien, son épouse et tout le reste de la fratrie étaient partis à Roubaix. Si l’on ajoute le fait que c’est un enfant trouvé, cela le classe parmi ces ancêtres « exotiques » qui occupent une place particulière dans nos généalogies !

      J’avais en effet trouvé la mention dans le livre de Chantal PETILLON. Je n’ai par contre pas encore commencé à exploiter les archives du cadastre ni les archives notariées côté belge : cela fait partie de ma longue liste de choses à faire ! J’ignorais également qu’Adrien était surnommé « Lelièvre », j’aimerais bien savoir ce qui a pu lui valoir ce surnom…

      Si vous êtes intéressé pour avoir une copie des actes et documents que je mentionne dans ce billet (création de société, déclarations de succession) n’hésitez pas à me les demander et je vous enverrai les photos avec plaisir.

      Encore merci pour votre passage sur mon blog !

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