Pierre Joseph ALLARD, médaillé de Sainte-Hélène

Pierre Joseph ALLARD fait partie des ancêtres de mon conjoint. Il a participé aux guerres napoléoniennes, dont la bataille de Waterloo, et à ce titre il a reçu la médaille de Sainte Hélène. Les nombreuses sources d’archives disponibles pour le XIXe siècle m’ont permis d’en apprendre beaucoup sur lui.

L’énigme de sa naissance à Thivencelle (59)

Jérôme Joseph ALLARD et Marie Martine DUBOIS se sont mariés le 18 février 1783 à Thivencelle (59). Ils sont ménagers, ouvriers ou encore journaliers, et auront sept enfants, dont cinq atteindront l’âge adulte : Marie Julie Joseph Casimir (1783-1842), née six mois après le mariage ; Jean Baptiste Joseph (1786-1862) ; Pierre Joseph (1790-1869) ; François Joseph (an V-an V) ; Marie Emérence (an VII-1862) ; Guislain Denis (an XI) et Amandine Joseph (1808-1810).

Pierre Joseph ALLARD est donc le troisième de la fratrie. Il naît le 9 janvier 1790 à Thivencelle… enfin, je crois… à moins que ce ne soit mars 1791… ou 1792… Je crois que ça mérite des explications, non ?

Lorsque j’ai cherché l’acte de naissance de Pierre Joseph ALLARD, je l’ai trouvé sans aucune difficulté dans les archives en ligne sur le site des Archives Départementales du Nord :

1790-01-10 naissance Halard Pierre Joseph
Naissance de Pierre Joseph ALLARD à Thivencelle – 1790 – AD59

« L’an mil sept cent quatre vingt dix le dix du mois de janvier fut baptisé Pierre Joseph, né le jour precedent vers neuf heures du soir en legitime mariage de J… Halard, ouvrier et de Marie Marg… Dubois. Le parain Pierre Joseph Bourgeois, la maraine Marie Catherine Croën jeunes gens de la paroisse le pere present, qui nous a declaré ne savoir ecrire. »

Le problème, c’est que son acte de mariage le dit né en mars 1791, suivant un acte de notoriété. Quant à sa fiche matricule (que je vous présenterai un peu plus bas), elle le dit né en mars 1792. Mais alors, l’acte de naissance que j’ai trouvé ne serait pas le bon, et il y aurait deux Pierre Joseph ALLARD ? Voilà qui mérite d’être creusé.

Une première vérification m’apprend que la collection communale des registres de Thivencelle est lacunaire pour les années 1790-1792… Ceci pourrait expliquer cela. En effet si cette lacune date des origines (soit que les actes n’aient pas été rédigés en double, soit qu’il soit arrivé malheur au registre), Pierre Joseph ALLARD, n’ayant pas accès à la collection du greffe, aurait pu avoir recours à un acte de notoriété pour prouver sa naissance. Et entre janvier 1790 et mars 1791, voire 1792, de mémoire d’homme il n’y a pas beaucoup de différence (c’était l’hiver dans ces années-là quoi…).

J’ai fini par récupérer l’acte de notoriété grâce à une visite aux archives départementales, et il semble que j’aie vu juste !

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Acte de notoriété – 1829 – cote 4 U 17 / 25 – AD59

Le 27 avril 1829, sept personnes se retrouvent chez le Juge de Paix de Condé-sur-l’Escaut (59). Il y a Jean Baptiste et Ghislain ALLARD, tous deux frères de Pierre Joseph, ainsi que leurs épouses Julie GRAS et Séraphine DEFRESNE. Avec eux sont venus Jean Baptiste et Albert GODIN, cultivateurs à Condé, et Jean Baptiste CORNU, maître des postes au même lieu. Ils déclarent « parfaitement connaître le sieur Pierre Joseph Allard, menager, domicilié & demeurant à Thivencelles, fils des feu Jerome Allard & de Marie Martine Dubois, & frère des deux premiers comparants, lequel Pierre Joseph Allard est né en la commune de Thivencelles dans le courant du mois de mars mil sept cent quatre vingt douze onze, sans pouvoir préciser le jour, du légitime mariage desdits feu Jerome Allard & de Marie Martine Dubois. »

Il semble qu’ils aient eu du mal à se mettre d’accord sur l’année de naissance : le greffier a d’abord écrit 1792, puis finalement il a corrigé pour 1791… Suit la justification de la démarche : « pour suppléer au défaut d’inscription sur les registres qui servent à constater l’Etat Civil des citoyens pour la commune de Thivencelles, en la dite année, qui se trouvent perdus par suite des evenemens de la guerre qui ont désolé ce pays, les diverses recherches faites pour retrouver cet acte ayant été infructueuses. »

Le registre correspondant aux années 1790-1792 a donc bel et bien été détruit pendant la guerre (s’agit-il de la révolution, des troubles qui ont suivi, de la période napoléonienne ?). Heureusement le double de la série du greffe, lui, existe toujours ! Je pense donc pouvoir affirmer que c’est bien le 9 janvier 1790 que Pierre Joseph ALLARD a vu le jour à Thivencelle. Penchons-nous à présent sur son existence.

La maison ALLARD à Thivencelle

Le père de Pierre Joseph, Jérôme Joseph ALLARD décède le 18 février 1811 à l’âge de 57 ans, en son domicile situé rue du Marais à Thivencelle. Dans la déclaration de décès (cote 3 Q 206 / 11 aux AD59), on apprend qu’il délaisse un mobilier d’un montant de 225 F. Il ne possède aucun immeuble, la maison appartenant à son épouse Marie Martine DUBOIS.

Lors de l’établissement du cadastre sur la commune en 1827, c’est donc au nom de Marie Martine DUBOIS, ainsi dénommée « ALLARD Jérôme la veuve journalière à Thivencelles » que l’on retrouve les propriétés de la famille, situées rue du Marais, à savoir :

  • un bâtiment (A228) ;
  • une pâture de 39a 40ca (A230) ;
  • deux parcelles de jardin pour une superficie de 6a 90ca (A229 et A231).
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Propriétés de la famille ALLARD en 1827 rue du Marais – Cadastre ancien de Thivencelle – AD59

La conscription et les guerres napoléoniennes

Arrive la période de la conscription, et Pierre Joseph tire un mauvais numéro : il est intégré au 5e Régiment de Lanciers en 1813, puis il rejoint le 51e Régiment d’Infanterie de Ligne le 20 juin 1815.

conscription 51e RIL 1814-1815
51e régiment d’infanterie de ligne (ex 55e), 1814-1815 (matricules 1 à 2 049) – SHD/GR 21 YC 463

Le registre matricule nous apprend qu’il est né en mars 1792 (…), qu’il mesure 1m63, a un visage ovale, un front haut, des yeux bleus, un nez grand, une bouche petite, un menton rond, des cheveux blonds et un teint coloré.

Le registre mentionne également qu’il a « déserté le 29 juin 1815 »… comme c’est le cas pour la majeure partie du régiment ! En effet le régiment a participé à la bataille de Waterloo du 18 juin 1815 : il semble que les hommes se soient dispersés par la suite, ce qui leur aurait valu cette mention.

Heureusement, Pierre Joseph ALLARD n’a pas fait partie des 23 700 morts de la campagne de Belgique, et il est rentré sain et sauf au pays.

Le partage

Pierre Joseph ALLARD revient donc à Thivencelle où il deviendra ménager puis cultivateur.

Sa mère Marie Martine DUBOIS décède le 1er avril 1827, à l’âge de 66 ans. La déclaration de décès (cote 3 Q 206 / 16) liste un mobilier à 303 F, et une maison avec 47a 60ca d’héritage à Thivencelle (pour un revenu de 92 F et un capital de 2300 F).

Une semaine plus tard, le 8 avril, le partage est réalisé devant Me ROUSSEAU, notaire à Condé-sur-l’Escaut (59), entre les cinq enfants qui sont tous ménagers à Thivencelle.

« Lesquels désirant faire entre eux le partage des biens qui leur sont échus par la mort de ladite leur mère, consistant en quarante sept ares quarante huit centiares (cent soixante verges) de terrain situé en ladite commune de Thivencelles, […] en ont formé cinq lots les plus justes et égaux possibles, et se les sont partagés. »

La maison, indivisible, reste en commun entre eux, avec 3m 80cm de cour au devant. Les 47a 48ca de terre sont découpés en cinq lots de chacun 9a 56ca (soit 33 verges). Pierre Joseph hérite du dernier lot, le plus éloigné de la maison :

« Le cinquième sera égal aux autres il tiendra au précédent d’une liste, de l’autre aux heritiers Merlin & a Robillard, et d’un bout à la rue, il est échu à Pierre Joseph Allard. »

Par la suite, Pierre Joseph ALLARD rachètera la part de ses frères et soeurs dans la maison familiale sur licitation volontaire. Je n’ai malheureusement pas (encore) le document correspondant en ma possession et je n’en connais pas non plus la date.

Son mariage avec Flore Joseph CARPENTIER de Vicq (59)

Pierre Joseph ne se mariera que plusieurs années après son retour de la guerre. Il sera le dernier des cinq enfants ALLARD à le faire :

  • L’aînée Marie Julie Joseph Casimir a épousé Noël Joseph DUROUX le 23 mai 1809 ;
  • Jean Baptiste Joseph a épousé Marie Julie GRARD le 1er octobre 1823 ;
  • Marie Emérence a épousé Isidore Joseph CROIN le 21 mai 1828 ;
  • Guislain Denis a épousé Marie Séraphie Joseph DESFRESNES le 24 juin 1828.

Pierre Joseph finit par épouser Flore Joseph CARPENTIER le 14 mai 1829 à Vicq (59). Il a alors 39 ans et elle en a 24, étant née le 29 germinal an XIII. Flore est la fille aînée de Pierre Joseph et Circule Joseph DELEAU (Circule fait partie de mon top 3 des prénoms improbables je crois !). Elle est issue d’une fratrie de huit enfants, dont six ont vécu assez longtemps pour se marier.

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Mariage ALLARD-CARPENTIER à Vicq – 1829 – AD59

« L’an mil huit cent vingt neuf, le quatorze du mois de mai, dix heures du matin pardevant nous Pierre Antoine Mariage, maire et officier de l’état civil de la commune de Vicq, canton de Condé, département du nord, sont comparus publiquement en la salle à ce destinée, Pierre Joseph Allard, agé de trente huit ans deux mois, ménager né à Thivencelle en mars quatre-vingt onze, comme il conste de la acte de notoriété passé pardevant Monsieur le juge de paix du canton de Condé le vingt sept avril dernier homologué par le tribunal de première instance de l’arrondissement de Valenciennes, le trente du même mois, et y domicilié, fils majeur des défunts Jérome Allard, et de Marie Martine Dubois, en leur vivant ménager domiciliés audit Thivencelle, d’une part, et Demoiselle Flore Joseph Carpentier, âgée de vingt quatre ans, ménagère née en cette commune de Vicq, le vingt-neuf germinal an treize, suivant acte du lendemain, et y domiciliée, fille majeure de Pierre Joseph Carpentier et de Circule Joseph Deleau cultivateurs de le même domicile ci présents et consentans d’autre part, lesquels nous ont requis de procéder à la célébration du mariage, projetté entre eux dont les publications ont été faite en cette commune savoir, la premiere le dimanche vingt six du mois d’avril dernier à dix heures du latin, et la seconde le dimanche suivant trois du mois de mai, aussi à dix heures du matin, ainsi que dans la commune de Thivencelles, les même jour mois et an, ainsi qu’il conste du certificat duement delivré par Monsieur Gilment, maire et officier de l’état civil de ladite commune en date du huit de ce mois ; aucune opposition audit mariage ne nous ayant été signifiée, et faisant droit à leur requisition après avoir donné lecture, 1° de l’acte de notoriété du futur époux mentionné ci-dessus 2° de l’acte de décès de son père et de celui de sa mère, délivrés tous deux à la mairie de Thivencelles le quatre du présent mois, 3° du certificat du maire dudit Thivencelle constatant les publications audit lieu, délivré comme il est dit ci-dessus 4° de l’acte de naissance de la future épouse délivré en cette mairie le vingt huit avril dernier, 6° des actes de publication et affiche de mariage, enfin du chapitre six du titre du code civil, intitulé du mariage avons demandé au futur époux et à la future épouse s’ils veulent se prendre pour maris et pour femme chacun d’eux ayant répondu séparément et affirmativement déclarons au nom de la loi, que Pierre Joseph Allard et la demoiselle Flore Joseph Carpentier sont unis par le mariage, de tout ce nous avons dressé acte en présence de Pierre Joseph Deleau agé de cinquante ans cultivateur domicilié en ce lieu, oncle de la future épouse du coté maternel, 2° Noël Duroux agé de cinquante ans, journalier, 3° Ghislain Allard, agé de vingt sept ans, journalier frere au futur époux tous les deux domiciliés en la commune de Thivencelles, et 4° Pierre Joseph Carpentier agé de vingt deux ans, cultivateur frère à la future épouse, domicilié en ce lieu et ont les futurs contractants et les témoins ainsi que le père et la mère de la future epouse, signé avec nous, le present acte de mariage, après lecture ; escepté l’époux qui nous a déclaré ne savoir ecrire ni signer. »

Pierre et Flore auront ensemble quatre enfants : Adèle Joseph (1830-1903), Amédée (1832-1875), Adeline (1835-1867) et Lisanie (1840-1840). La petite dernière décède à l’âge de trois mois, mais Pierre et Flore auront la chance de marier leurs trois aînés : Adèle Joseph avec Constant Joseph TRICOT en 1857, Adeline avec Achille GOREZ en 1859, et enfin Amédée avec Victorine RIMAUX en 1862.

La médaille de Sainte-Hèlène

En 1857, Pierre Joseph ALLARD est âgé de 67 ans. Napoléon III institue la médaille de Sainte Hélène, qui récompense les 405 000 soldats encore vivants qui ont combattu aux côtés de Napoléon 1er pendant les guerres de 1792-1815.

médaille
Médaille de Sainte Hélène – www.stehelene.org

Pierre Joseph ALLARD est éligible pour bénéficier de cette reconnaissance.

Son nom est mentionné à ce titre dans la presse valenciennoise. En effet Le Courrier du Nord a publié le 21 février 1858 la liste des anciens militaires de l’arrondissement de Valenciennes qui ont reçu la médaille de Sainte-Hèlène. L’article décrit dans le détail la cérémonie de remise des médailles, je vous en conseille la lecture si vous êtes intéressés par le sujet :

presse
Le Courrier du Nord [1858-02-21] – patrimoine-numerique.ville-valenciennes.fr
Un cousin généalogiste de mon conjoint, qui descend en ligne patronymique directe de Pierre Joseph ALLARD, m’a confié avoir eu entre les mains le Brevet de Sainte Hélène de cet ancêtre. Malheureusement ce document a depuis disparu et nul ne sait où il se trouve.

L’héritage Carpentier

Contrairement à Pierre Joseph ALLARD, orphelin lors de son mariage, Flore Joseph CARPENTIER avait encore ses parents. Ceux-ci décèdent coup sur coup : Pierre Joseph CARPENTIER le 12 mars 1859 et Circule Joseph DELEAU un an plus tard, le 5 avril 1860 à Vicq.

Circule Joseph DELEAU avait fait un testament le 23 mars 1860, quelques jours avant son décès, devant Me CARLIER à Condé, dans lequel elle avait donné « par préciput et hors part et sans charge de rapport à la succession » à Hippolyte CARPENTIER, son fils demeurant avec elle, tous ses « biens meubles, effets et objets mobiliers qui se trouveront, lors de [son] décès, dans [sa] maison de résidence sise à Vicq, route de Quarouble à Fresnes et dans les lieux et dépendances qui composent cette maison. »

Le 17 avril, peu après le décès, les héritiers se retrouvent devant Me CARLIER. Pierre Joseph ALLARD est présent, assistant et autorisant son épouse dans ces démarches. Les héritiers commencent par prendre connaissance du testament et consentir à son exécution pure et simple.

Ils procèdent ensuite au partage des biens immeubles de la succession. La masse des biens à partager se constitue ainsi :

« Une maison en deux demeures, sise à Vicq, comprenant habitation, écurie, grange, cour et jardin, le tout contenant en superficie 16a 8ca […] ;
30a 20ca de terre labourable, situés sur le territoire de Vicq, au champ de Landimoret […] ;
12a 20ca de terre labourable, situés sur le même territoire, au chemin de Monpré […] ;
1a 20ca de terrain, situés sur le même territoire de Vicq, au champ de Landimoret […] ;
13a de pré, situés sur le même territoire, lieu dit le Gros Guillaume […] ;
22a 98ca de terre labourable, situés sur le territoire de Fresnes, lieu dit Créveau […] »

Or Pierre Joseph ALLARD et Flore Joseph CARPENTIER n’habitent pas à Vicq mais à Thivencelle, les biens immobiliers ne les intéressent donc guère. Le sixième et dernier lot, qui leur revient, est donc constitué d’une soulte de 1160 F.

Obligation et quittance

Un peu moins d’un an après, le 27 janvier 1861, Pierre Joseph ALLARD se retrouve cette fois chez Me MENTION à Condé. Il déclare devoir à Dominique LIETARD, domestique à Condé, la somme de 600F que ce dernier lui a prêté « pour employer à ses besoins & affaires. »

Pierre Joseph promet de lui rembourser cette somme cinq ans plus tard, et de lui verser chaque année des intérêts à 5%. Pour garantir ces paiements, il hypothèque « une maison composée de trois places avec cour, grenier et puits, ensemble neuf ares quarante sept centiares de terrain en sol, cour et jardin, située à Thivencelles, tenant à François Rousseau, à Maximilien Tricot, à la route de Condé à Blanc-Misseron et à la rue du Marais. »

Une quittance partielle de cette obligation est passée le 24 janvier 1867, toujours devant Me MENTION : Dominique LIETARD déclare alors avoir reçu comptant la somme de 300 F, soit moitié de la somme due. Il semble que Pierre Joseph ALLARD ait quelques difficultés à rembourser cette obligation, vu qu’il aurait dû le faire avant le 27 janvier 1866 ! Le reste de la dette écherra à son fils comme on le verra juste après.

Dernières dispositions

Pierre Joseph ALLARD passe son testament le 30 août 1862 devant Me MENTION, alors qu’il est âgé de 72 ans.

« Je donne et lègue par préciput et hors part, avec dispense absolue de rapport à M. Amédée Allard, mon fils, cultivateur demeurant avec moi à Thivencelles, issu de ma conjonction avec dame Flore Carpentier, ma femme :
1° Tous les biens meubles, effets et objets mobiliers, et actions réputées telles y compris les récoltes coupées ou pendant par racines, qui m’appartiendront au jour de mon décès
2° Tous les droits de baux de terre à labour ou de prairie que je détiendrai à ma mort
Pour par mondit légataire Amédée Allard en jouir faire et disposer comme de chose lui appartenant en pleine propriété à compter du jour de mon décès. »

Quelques jours plus tard, le 3 septembre 1862, c’est son épouse Flore Joseph CARPENTIER qui passe son testament, dans les mêmes termes, en faveur de son fils Amédée.

Le couple retourne chez Me MENTION le 2 mars 1867, cette fois pour faire une donation entre vifs, toujours à leur fils Amédée « qui accepte avec reconnaissance, d’une maison et toutes ses dépendances ensemble neuf ares cinquante-six centiares de terrain en sol et jardin, située à Thivencelles, rue du marais ». Le revenu annuel des biens est estimé à 140 F.

En échange, Amédée ALLARD devra « loger, nourrir, entretenir, vêtir, chauffer, éclairer et soigner ses père et mère tant en santé qu’en maladie et pendant leur vie », « avoir pour eux tous les soins et égards que leur âge et leur position de santé exigeront », « payer et acquitter à Dominique Liétard la somme de 300 F redue sur celle de 600 F montant d’une obligation, avec l’intérêt à 5% » et enfin payer à chacune de ses deux sœurs dans le mois qui suivra leur décès une somme de 650 F. Dans le cas « où la vie commune ne convienne plus à M. et Mme Allard, père et mère, et qu’ils veuillent aller demeurer ailleurs » la charge serait convertie en une pension viagère de 240 F.

Les deux filles du couple, Adèle (épouse TRICOT) et Adéline (épouse GOREZ), consentent à l’exécution pleine et entière de cette donation, « s’engageant à ne point la critiquer ni attaquer en aucun temps sous quelque raison ou motif que ce puisse être. »

Epilogue

Pierre Joseph ALLARD décède le 7 octobre 1869 en son domicile, rue du Marais à Thivencelle, à l’âge de 79 ans.

1869-10-08 décès Halard Pierre Joseph
Décès de Pierre Joseph ALLARD à Thivencelle – 1869 – AD59

« L’an mil huit cent soixante-neuf, le huit du mois d’octobre, à huit heures du matin, pardevant nous Eugène Désiré Alexandre Lefèvre, Maire et officier de l’état civil de la commune de Thivencelles, canton de Condé, arrondissement de Valenciennes, département du Nord, ont comparu Amédée Halard, âgé de trente-sept ans, cultivateur, fils du défunt et Félix Pouget, âgé de vingt deux ans, instituteur, voisin du défunt, tous deux domiciliés en cette commune ; lesquels nous ont déclaré qu’hier à huit heures et demie du matin, Pierre Joseph Halard, âgé de soixante-dix-neuf ans, journalier, né et domicilié en cette commune, fils de feus Jérôme Halard et de Marie Marguerite Dubois, en leur vivant, ménagers, domiciliés à Thivencelles, époux de Flore Carpentier, âgée de soixante-cinq ans, ménagère, domiciliée audit Thivencelle, est décédé en sa demeure, sise en cette commune, rue du Marais, ainsi que nous nous en sommes assuré. Les deux témoins ont signé avec nous le présent acte le tout après qu’il leur en a été fait lecture. »

[Vu la façon dont l’acte est rédigé (âge, orthographe du nom de famille, prénom erroné de la mère), je me demande s’ils n’avaient pas entre-temps retrouvé l’acte de naissance de la collection du greffe.]

La déclaration de décès (cote 3 Q 206 / 40) nous rappelle le passé militaire de Pierre Joseph : en plus de son mobilier, estimé à 90F, il laisse le prorata de sa pension militaire pour un montant de 36F10.

Flore Joseph CARPENTIER décédera à son tour le 6 décembre 1881 à l’âge de 76 ans.

12 réflexions sur “Pierre Joseph ALLARD, médaillé de Sainte-Hélène

  1. Beatrice

    Merci pour cette intéressante lecture. Je crois que je vais passer un peu de temps sur la liste des médaillés de Sainte Hélène moi ! Je ne connaissais pas son existence.
    Ah et j’aime beaucoup le prénom Circule 😁😁

    Aimé par 1 personne

    1. Merci ! En effet la médaille de Sainte Hélène n’est pas si rare, j’ai déjà identifié trois des ancêtres de mon fils qui l’ont reçue. Malheureusement aucune n’est parvenue jusqu’à moi…

      J'aime

  2. Briqueloup

    Les recherches sur ceux qui ont été gratifiés de la médaille de Sainte-Hélène sont passionnantes. J’ai ai découvert un, chez moi aussi. S’il ne l’avait pas reçue, nous en saurions beaucoup moins sur son parcours. Pourtant que de souffrances pour la mériter !

    Aimé par 1 personne

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