Sur la trace des soldats et vivandiers : Pierre MOUGIN et Dorothée CHENU

Le parcours de Pierre MOUGIN, soldat suisse puis vivandier, et de son épouse Dorothée CHENU, fille d’un maître tailleur d’habits de Longwy (54), n’est pas facile à retracer : ils mènent en effet une vie nomade au gré des mouvements de leur régiment. Je vais vous présenter ici ce que j’ai réussi à reconstituer de leur vie.

Les origines de Pierre MOUGIN à Villars-lès-Blamont (25)

Pierre MOIGEY et Marguerite VANNIER se sont mariés le 28 décembre 1697 à Glay (25). Ils sont de confession protestante : leurs enfants sont donc baptisés à Glay, alors qu’ils résident à Villars-lès-Blamont (25).

villers
Villars-lès-Blamont et Glay (25), à la frontière suisse, sur la carte de Cassini – Géoportail

Ils ont eu à ma connaissance huit enfants : Pierre (1698), David (1700), Jean Georges (1702), Jacques (1705), Marguerite (1707), Anne (1710), David (1715) et Georges Adam (1720).

Les registres du Doubs n’étant disponibles en ligne qu’à partir de 1737 pour le moment, je n’ai pas encore pu récupérer les actes correspondants, je me base donc sur les relevés effectués par le Centre d’Entraide Généalogique de Franche-Comté.

C’est de leur fils aîné, Pierre, né le 23 mars 1698, que je vais vous parler : il s’engage en tant que soldat dans le régiment d’Affry suisse… et c’est près des frontières du Nord-Est, dans la ville fortifiée de Longwy (54), que nous allons le retrouver en 1724, son nom de famille transformé en « MOUGIN », je suppose du fait des écarts de prononciation entre le Doubs et la Meurthe-et-Moselle…

Mais avant de poursuivre avec le parcours de Pierre, intéressons-nous à celle qui deviendra son épouse, Dorothée CHENU.

Les origines de Dorothée CHENU à Longwy (54)

François CHESNU, âgé de 26 ans, épouse Marguerite PONCIGNON le 9 juin 1682 à Stenay (55).

1682-06-09 mariage Chesnu-Poncignon
Mariage CHENU-PONCIGNON à Stenay – 1682 – AD55

Le couple quitte Stenay pour Longwy (54), situé à une cinquantaine de kilomètres vers l’Est, vers 1684. Ils auront ensemble au moins sept enfants :

  • Vencislas, né le 1er septembre 1683 à Stenay, « fils de François CHENUT dict Poictevin et de Marguerite PONCIGNON »
  • Madeleine, née le 18 octobre 1685 à Longwy, « fille de François SCHNUCK et Marguerite CONCIGNOT conjoincts et bourgeois de Longwy »
  • Bernard, né le 14 mai 1690 à Longwy, « fils à Mr François CHENU Me tailleur d’habits et Marguerite PONSIGNON conjoins et bourgeois de cette ville ». Il décédera le 2 octobre 1709 à Crusnes (54) « venant de l’armée d’Allemagne et ne pouvant gagner la ville de Longwy ».
  • Catherine, née le 8 décembre 1692 à Longwy, « fille à François CHENY et Marguerite PONCIGNON ». Elle épousera Mathias KOENIGSTÄTER le 29 mai 1718 à Longwy.
  • Marie, qui épouse André BERGUER le 29 mai 1718 à Longwy.
  • Jean, qui épouse Françoise DROUAINE le 11 janvier 1729 à Nancy, paroisse Saint-Sébastien.
  • Dorothée, née le 3 mars 1702 à Longwy, « fille à Me François CHENY dit Poitevin Me tailleur d’habits et à Marguerite PONSIGNON conjoins et habitans de cette ville ». C’est elle qui deviendra l’épouse de Pierre MOUGIN.
1702-03-03 naissance Dorothe Cheny
Naissance de Dorothée CHENU à Longwy – 1702 – AD54

Vous noterez les évolutions orthographiques multiples du patronyme CHENU… Ceci associé au surnom de François, « Poitevin », je crois en effet que ce dernier était bien originaire du Poitou, d’autant que c’est un patronyme qui y est assez commun (voir aussi à ce sujet mon article sur Claude OLLIER).

Marguerite PONSIGNON décède le 15 mars 1730 à Longwy. A noter qu’elle n’est pas nommée dans son acte de décès, simplement décrite comme étant « femme à CHENU dit Pot de Vin » : l’évolution du surnom est intéressante ! Je n’ai pas encore retrouvé le décès de François.

1730-03-15 décès Ponsignon Marguerite
Décès de Marguerite PONSIGNON (non dénommée) à Longwy – 1730 – AD54

Pierre MOUGIN et Dorothée CHENU

C’est donc dans la ville fortifiée de Longwy que Pierre MOUGIN, soldat au régiment d’Affry, rencontre Dorothée CHENU, fille d’un maître tailleur d’habits.

longwy
Plan de Longwy du 15 Octobre 1698 – Gallica

Dorothée accouche le 5 décembre 1724 d’une petite Catherine, « laquelle a denomé pour perre Pierre Mougin ».

catherine
Naissance de Catherine CHENU à Longwy – 1724 _ AD54

Pierre MOUGIN « soldat au régiment d’Affry suisse muni de la permission de son capitaine, fils de Pierre MOUGIN et de Margueritte VANIER de Villars soub Blamont juridiction de Monbeliard » régularise la situation en épousant Dorothée le 14 novembre 1728 à Longwy.

1728-11-14 mariage Mougin-Chenut
Mariage MOUGIN-CHENU à Longwy – 1728 – AD54

Je perds ensuite la trace du couple pendant quelque temps (si vous travaillez près des frontières du Nord-Est et que vous les croisez au détour d’un registre, faites-moi signe !). C’est à Maubeuge que je les retrouve en 1735, lorsque Dorothée accouche d’un fils, Nicolas (mon ancêtre). Pierre MOUGIN est alors « soldat dans la compagnie de la colonel du régiment de Wittmer » (c’est ainsi qu’a été renommé le régiment d’Affry en 1734).

maubeuge
Gravure de la ville forte de Maubeuge en 1730 – Gallica
1735-06-22 naissance Mougin Nicolas
Naissance de Nicolas MOUGIN à Maubeuge – 1735 – AD59

C’est la dernière fois que je croise Pierre MOUGIN dans les registres.

Sans doute trop âgé pour continuer à être soldat, Pierre ne fera pas pour autant une croix sur le milieu militaire : il finira sa vie comme vivandier à la suite du régiment de Wittmer. Le vivandier assure l’approvisionnement en nourriture des troupes militaires pendant les campagnes. Ces « marchands » suivent les armées, procurant aux soldats vivres, boissons et autres objets de première nécessité. Pierre MOUGIN décédera avant 1749.

vivandiere
Estampe représentant une vivandière – 1855 – Gallica

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Edit du 09/01/2019 : je viens de trouver un acte daté du 19 avril 1745 à Rocroi (08), [encore une ville fortifiée !], dans lequel « Dorothée CHENU, épouse de Pierre MOUGIN, vivandier » est marraine d’un petit Jean Joseph HUBER, fils de « Jean Michel HUBER, vivandier dans le Regiment Suisse de Weittmer, passant icy aujourd’huy pour l’armée du Roy ».

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Le remariage de Dorothée CHENU à Phalsbourg (57)

Après le décès de son époux Pierre MOUGIN, Dorothée CHENU se remarie en secondes noces avec Jean Nicolas MASSAD, le 5 mai 1749 à Phalsbourg (57) ; celui-ci est né à Liège, il est « depuis sa tendre jeunesse tailleur de la compagnie de Mr MALVIEUX au régiment suisse de Wittmer en garnison en cette place » ; Dorothée est « veuve de feu Pierre MOUGIN vivandier de la compagnie ».

phalsbourg
Plan de Phalsbourg en 1760 – Gallica
1749-05-05 mariage Massa-Chenu
Mariage MASSA-CHENU à Phalsbourg – 1749 – AM de Phalsbourg (obtenu grâce au Fil d’Ariane)

De même c’est la dernière fois que je croise Dorothée CHENU, je ne sais pas où elle a fini ses jours, mais seulement qu’elle est décédée avant 1758, après avoir rejoint le régiment d’Jenner (autre régiment suisse) toujours comme vivandière.

Epilogue : Nicolas MOUGIN

Je voudrais terminer cet article en vous parlant de Nicolas MOUGIN, le fils de Pierre et Dorothée né à Maubeuge.

Il épouse Catherine ROLLIN le 12 décembre 1758 à Thierville-sur-Meuse (55). On apprend dans son acte de mariage qu’il est « âgé de 23 ans environ, originaire de Maubeuge et domicilié depuis 3 mois en la paroisse de St Pierre l’Angelé de la ville de Verdun ayant été jusqu’alors à la suite du régiment d’Jenner suisse en qualité de vivandier, fils de défunt Pierre MOUGIN et de défunte Dorotée CHENUT ses père et mère vivant aussi vivandiers dans le même régiment d’Jenner suisse. » C’est la fin de la vie nomade pour Nicolas, il s’installe définitivement dans la Meuse où il fera souche.

verdun
Plan de Verdun en 1720 – Gallica

Nicolas et Catherine auront ensemble neuf enfants, tous nés à Charny-sur-Meuse (55). Après le décès de Catherine le 20 avril 1778 à Marre (55), Nicolas épouse en secondes noces Barbe ROUYER, le 16 novembre 1779 à Chattancourt (55), qui lui donnera huit enfants, tous nés à Marre, dont mon ancêtre Jeanne.

Barbe ROUYER décède le 30 novembre 1821 et Nicolas MOUGIN le 10 février 1824, en leur domicile situé rue Haute à Marre. Pour l’anecdote, il est stipulé dans l’acte de décès de Nicolas qu’il est né… en Suisse ! Voici un joli raccourci !

carte
Les principaux lieux cités dans cet article – Google Maps

6 réflexions sur “Sur la trace des soldats et vivandiers : Pierre MOUGIN et Dorothée CHENU

  1. Beatrice

    Belle enquête très intéressante à lire ! Jamais simple quand les noms de famille s’orthographient selon l humeur du rédacteur… J ai des ancêtres Ponsignon dans cette région moi aussi, j irai verifier où exactement. Merci pour cette lecture.

    Aimé par 1 personne

  2. Stouder

    Bonjour !

    Déjà quelle chance d’avoir l’ascendance de votre militaire. Il a peut-être croisé le mien (ou peut-être vous, au cours de vos recherches?) :
    – Joseph (ou jean jacq) STOUDER (ou STUDER).
    – Sa future épouse Anne AUBERT, de Maubeuge, met au mode un fils, Pierre en 1738 à Maubeuge. Le père signalé comme « domestique dans le régiment de Willem (est-ce Wittemer ?) en suisse » est absent.
    – A la même époque à Maubeuge, pas mal de soldats dans les registres, mais le régiment Suisse de Wittmer revient régulièrement. (entre 1736 et 1738)
    – Hasard d’un relevé disponible sur les et : le les retrouve à BRUGE, où ils se marient en 1743. Sur l’acte il est indiqué militaire et a l’accord de son supérieur. Hélas, l’acte en latin n’est pas filliatif !!!!! Je n’ai donc pas les ascendants.
    – Ce qui vous intéressera peut-être, c’est de savoir que sur la même année (1743) à Bruges, plusieurs autres soldats se marient, meurent ou déclarent des enfants !
    – Ensuite, comme vous, je perds sa trace.
    – En 1759 à Maubeuge, son fils se marie et son père est déclaré décédé. La mère est revenue à Maubeuge et est présente. La descendance continue ensuite sur Maubeuge.

    – Entre le moment du mariage, 1743 et la dernière mention de lui comme décédé (1759), il y a eu la guerre de succession d’Autriche avec la prise de Tournai et la bataille de Fontenoy (1745) où les régiments suisses de Wittmer et de Courten ont pris leur part.

    Dans ce livre, vous trouverez en outre énormément d’informations sur les endroits où a stationné le régiment de Wittmer et les campagnes de guerre qu’il a faite, il y en a suffisamment que pour y trouver la mort. Votre ancêtre comme le mien a sûrement laissé sa peau sur un de ces champs de bataille :
    https://books.google.be/books?id=b0EM7nCrxoIC&pg=PA87&lpg=PA87&dq=régiment+de+wittmer+maubeuge&source=bl&ots=WUSkzvJCzd&sig=ACfU3U3mz5_uiau5ThpJXK4FWYzqB_EVeg&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwithI3D_tfkAhXP_aQKHTPTDbUQ6AEwD3oECAcQAQ#v=onepage&q=wittmer&f=false

    Si jamais vous croisez un STOUDER dans vos recherches, faîtes moi signe !!!!
    Merci 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Bonsoir et merci pour votre message !
      Il est en effet très probable que nos ancêtres se soient connus… Le patronyme Stouder ne me dit rien, je ne pense pas l’avoir croisé jusqu’ici, mais je me ferai un plaisir de vous alerter si jamais je tombe sur votre ancêtre au détour d’un registre.
      C’est particulièrement difficile de reconstituer le parcours des militaires au XVIIIe siècle, alors quand en plus on tombe sur des actes non filiatifs c’est frustrant. Peut-être que certaines clés apparaîtront quand Filae aura indexé les registres paroissiaux… ou avec une bonne dose de chance !
      Bonne chance dans vos recherches !

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