Mon enquête sur les origines de Théophile PAUL – Episode 3/3

Je vous ai raconté lors des deux premiers épisodes mon enquête mouvementée sur les origines de Théophile PAUL : l’épisode 1 m’a permis de comprendre que c’était un enfant de l’Assistance Publique de Paris, et l’épisode 2 de découvrir sa branche maternelle en Alsace. Mais je n’ai pas encore dit mon dernier mot !

L’acte de décès de Marie Joséphine JUNG (la mère de Théophile, pour ceux qui n’auraient pas suivi) nous livre en effet un indice de choix : le décès est déclaré par un certain Nicolas Théophile DALLEMAGNE, à peu près du même âge, résidant à la même adresse qu’elle et exerçant le métier de fondeur… Ne pourrait-il pas s’agir du père de mon ancêtre ?

La fratrie DALLEMAGNE

Il est temps pour moi de repartir sur les traces des frères et sœurs de Théophile PAUL / JUNG (dont on a appris l’existence dans son dossier de l’Assistance). En effet mes recherches n’avaient rien donné avec le patronyme JUNG, mais peut-être seront-elles plus fructueuses avec le patronyme DALLEMAGNE !

Et l’avantage, c’est que nous ne sommes plus dans les années 90 : je peux jongler entre les tables et registres en ligne sur le site des Archives de Paris, et les indexations de Filae (qui sont précieuses dans ce genre de circonstances). Ce qui me permet de confirmer que Marie Joséphine JUNG et Nicolas Théophile DALLEMAGNE ont bien eu ensemble plusieurs enfants (sans jamais se marier) :

  • Paul Théophile DALLEMAGNE naît le 17 février 1873 au 49 rue du Couëdic (Paris 14e), tandis que ses parents résident au 33 place Saint-Jean. Paul Théophile décède en nourrice le 16 mars 1873 à Champcevrais (89).
  • Louise DALLEMAGNE naît le 24 juillet 1879 à leur domicile au 125 rue Vieille du Temple (Paris 3e), où elle décède un mois plus tard, le 25 août 1879.
  • Théophile DALLEMAGNE naît le 25 mai 1882, aussi au 125 rue Vieille du Temple. Il décède en nourrice le 25 septembre 1882, à Bérou-la-Mulotière (28).
  • Paul DALLEMAGNE naît le 29 juin 1883 à la même adresse ; il y décède quatre jours plus tard, le 3 juillet 1883.

Je n’ai pas encore trouvé la trace du premier enfant du couple, dont je ne connais pas le prénom, mais dont on sait qu’il est décédé en nourrice avant 1874. Je ne perds pas espoir, même s’il y a un risque que les documents correspondants aient disparu avec la Commune…

Ainsi tous les enfants du couple ont porté le nom de leur père, DALLEMAGNE, qui les a reconnus. Seul « mon » Paul Théophile, né en 1874, a porté (un temps) le nom de JUNG : Marie Joséphine ayant dû se résoudre à l’abandonner (sans doute à cause de la situation précaire engendrée par la maladie de son compagnon, alité et donc incapable de travailler), elle a préféré ne pas dévoiler le nom du père lors de son accouchement. Il porte par contre le prénom de son papa.

Plus tragique : tous les enfants du couple sont morts en bas âge. Peut-être que c’est finalement son abandon qui a sauvé la vie de mon arrière-arrière-grand-père, et que les conditions qu’il a connues dans le Morvan en tant que « Petit Paris », aussi dures qu’elles aient pu être, étaient préférables à celles qu’auraient pu lui offrir ses parents…

Une petite digression sur les adresses

Le couple DALLEMAGNE – JUNG a donc résidé aux adresses suivantes :

  • 33 place Saint-Jean en 1873
  • 5 rue Bourtibourg en 1874 (à la naissance de Paul Théophile)
  • 125 rue Vieille du Temple de 1879 à 1883 (au moins jusqu’au décès de Marie Joséphine)

La première adresse m’intrigue : à quoi peut correspondre le 33 place Saint-Jean ? Mon hypothèse est qu’il s’agit en fait de l’ancien « 33 place du Marché Saint-Jean », qui correspondrait donc déjà au 5 rue du Bourg-Tibourg. C’est un peu étonnant étant donné que la place a disparu lors du percement de la rue de Rivoli au milieu du XIXe siècle, donc elle n’existait déjà plus en 1873. Mais il n’est pas non plus impossible que l’ancienne appellation ait persisté quelque temps auprès des riverains.

1810-1836
Le 33, place du Marché Saint Jean sur le cadastre de Paris par îlot, dit Atlas Vasserot (1810-1836) – Archives de Paris
fin XIXe
Le 5, rue du Bourg Tibourg sur le plan parcellaire municipal de Paris (fin du XIXe siècle) – Archives de Paris

Le décès de Nicolas Théophile DALLEMAGNE

Revenons à notre sujet : j’ai donc contre toute attente réussi à confirmer l’identité du père de Théophile PAUL ! Mais en l’absence d’un acte de mariage, il me manque encore quelques informations pour pouvoir débloquer son ascendance.

N’ayant pas trouvé trace du décès de Nicolas Théophile DALLEMAGNE à Paris, je fais appel à Google, qui avec la recherche « Théophile Nicolas DALLEMAGNE » me renvoie au fonds des « Faire-part de décès de Paris et ses environs, France, 1860 à 1902 » proposé par Ancestry. Une personne de ce nom serait décédée à Nanterre en 1898.

Je retrouve bien l’acte de décès d’un Théophile Nicolas DALLEMAGNE en date du 18 juillet 1898 :

1898-07-18 décès Dallemagne Théophile Nicolas
Décès de Théophile Nicolas DALLEMAGNE à Nanterre – 1898 – AD92

Il est âgé de 54 ans (ça colle), il est né à Paris (pourquoi pas), il est célibataire et fondeur (ça continue de coller !), il réside au 75 avenue de la République à Nanterre et il est fils de Nicolas DALLEMAGNE et Rose LUCAS.

La naissance de Nicolas Théophile DALLEMAGNE

Les fiches de l’état civil reconstitué de Paris font bien mention d’un Nicolas Théophile DALLEMAGNE né le 10 août 1843. Un petit tour sur FamilySearch me permet de récupérer l’acte correspondant :

1843-08-10 naissance Dallemagne Nicolas Théophile (2)
Naissance de Nicolas Théophile JUNG à Paris – 1843 – Etat civil reconstitué – FamilySearch

Il s’agit bien du même homme, fils de Jean Nicolas DALLEMAGNE et Marie Marguerite Rose LUCAS. Et il s’agit bien de « mon » homme, qui a demandé le rétablissement de son acte de naissance le 29 mai 1875 alors qu’il habitait… au n°5 rue Bourtibourg ! C’est bien l’adresse déclarée par Marie Joséphine JUNG lors de la naissance de Théophile PAUL en 1874 ! La boucle est bouclée.

Les origines et l’enfance de Nicolas Théophile DALLEMAGNE

Je retrouve sans difficulté le mariage des parents DALLEMAGNE le 26 avril 1838 à Conflans-Sainte-Honorine (78). Les recherches à ce stade deviennent plus classiques (entre l’état civil et les actes notariés de Paris et Conflans), mais me réservent encore quelques surprises que je vais vous résumer, car cela donne un éclairage intéressant sur toute cette histoire.

Jean Nicolas DALLEMAGNE exerce le métier de fruitier à Paris, plus exactement au 6 rue des Deux Portes Saint Sauveur (aujourd’hui rue Dussoubs dans le 2e arrondissement). Il décède le 18 mai 1849 à l’âge de 30 ans, laissant deux enfants mineurs : Paul (1840-1868) et Nicolas Théophile (1843-1898).

Sa veuve Marie Marguerite Rose LUCAS se remet en couple avec Jean Baptiste Antoine Eugène JOLY, gantier originaire de Grenoble. Elle accouche (hors mariage) d’un petit garçon en 1853, puis part pour Grenoble avec son compagnon, en laissant ses deux fils aînés à Paris. Rose LUCAS épousera finalement son concubin le 12 février 1862 à Grenoble et y décédera le 23 octobre 1876 à l’âge de 56 ans.

Les deux garçons, orphelins de père et abandonnés par leur mère, sont laissés à la garde de leur oncle, Nicolas Vincent CLAIRBAUT, comme on l’apprend dans le compte de tutelle passé devant Me BESNUS, notaire à Conflans-Sainte-Honorine, le 11 août 1864 :

tutelle
Compte de tutelle présenté par M. CLAIRBAUT à Conflans-Sainte-Honorine – 1864 – AD78

« Par délibération du conseil de famille des deux mineurs Dallemagne prise sous la présidence de monsieur le juge de paix de l’ancien cinquième arrondissement de Paris le seize avril mil huit cent cinquante cinq, M. Clairbaut comparant a été nommé leur tuteur, en remplacement de madame V[euv]e Dallemagne leur mère, qui avait donné par le même procès-verbal sa démission de tutrice légale de ses enfans.

[…]

M. Clairbaut ajoute que mad[ame] veuve Dallemagne ayant abandonné ses enfans, il a employé à leur entretien lesd[its] arrérages qui n’étaient que bien justes suffisants pour y subvenir ainsi qu’il résulte du compte qui va être établi. »

Voilà donc le modèle familial dans lequel a grandi Nicolas Théophile DALLEMAGNE. Quelques années plus tard, il rencontrait Marie Joséphine JUNG, jeune alsacienne tout juste débarquée à Paris… Et tout se qui s’ensuit.

La morale de cette trilogie

Peut-être que si je devais refaire ces recherches aujourd’hui, j’irais beaucoup plus vite, au vu des nombreuses ressources qui sont maintenant disponibles en ligne, et l’expérience aidant… mais le fait est que Marie Joséphine JUNG m’accompagne depuis mes débuts en généalogie. J’irais même jusqu’à dire qu’elle m’a hantée pendant des années ! Aujourd’hui je l’ai retrouvée, je connais son histoire, et je suis en paix avec elle : je ne lui en veux pas d’avoir abandonné son enfant, je la plains plutôt.

Je n’espérais pas dans mes rêves les plus fous retrouver un jour le père de Théophile, mais la généalogie est capable de petits miracles : il ne faut jamais désespérer, mais toujours persévérer !

Les recherches que j’ai menées pour résoudre cette « épine » ont été passionnantes et pleines de rebondissements, et lorsque quelqu’un me demande de lui parler de généalogie, c’est toujours cette histoire que je raconte.

Et j’ai ainsi pu apprendre à ma grand-mère que son nom de famille « PAUL » a été inventé en 1903, et qu’elle aurait dû s’appeler « JUNG », voire même « DALLEMAGNE » !

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12 réflexions sur “Mon enquête sur les origines de Théophile PAUL – Episode 3/3

  1. Longue et passionnante recherche, la patience et la persévérance, deux qualités essentielles pour tout généalogiste qui se respecte !
    L’histoire de ton ancêtre me rappelle celle de mon arrière-arrière-grand-père : né dans le Loiret d’une fille mère, confié à l’assistance après le décès de ses grands père, un nom qu’il nous a transmis sans pour autant que ça soit celui qu’il aurait du avoir…je ne perds pas espoir dans mes recherches et je vais continuer en suivant tes raisonnements
    ! Merci

    Aimé par 1 personne

  2. BRAVO !!! FELICITATIONS !!!
    Cette chère Marie-Joséphine JUNG t’en aura fait voir de toutes les couleurs.
    Je me souviens quand nous sommes allées aux archives à Paris dans le 19ème.
    Tu sais que tu as fait un travail remarquable, c’est impressionnant ! Je suis bluffée !!!
    Te lire a été passionnant, quel cadeau tu me fais là, tu ne pouvais me faire plus plaisir.
    Je suis vraiment fière de toi, tu as été vraiment persévérante! 👏😍😃👍👨‍👩‍👦

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Tata ! Et oui j’en ai passé des années à résoudre cette énigme ! C’est toi qui avais récupéré l’acte de mariage de Théophile et Julia à Malesherbes si je me souviens bien à l’époque… Et c’est avec toi que j’ai galéré pour la première fois sur des lecteurs de microfilm à Paris ! Et donc voilà enfin le résultat ! 😀

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