G comme Grand Bard : la vie de Jean PERRIER

Le thème de ce challengeAZ 2018 est ma branche morvandelle. Pour cette lettre G, je vais vous parler de mon ancêtre surnommé Grand Bard.

Il semble que tout le monde connaissait mon ancêtre Jean PERRIER sous l’appellation « Grand Bard », qui apparaît à plusieurs reprises dans les actes d’état civil mais aussi dans les tables du cadastre ! Si vous avez une idée de ce que pouvait signifier ce surnom, je vous laisse proposer.

Premier mariage

Jean PERRIER est né le 7 juillet 1783 à Montliffé, paroisse de Cervon. Il est fils de Philibert et Reine FICHOT, laboureurs et propriétaires.

Il épouse Claudine PREVOTAT le 26 avril 1808 à La Collancelle, après avoir établi un contrat de mariage le 29 février 1808 chez Me HARAND, notaire à Corbigny :

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Contrat de mariage PERRIER-PREVOTAT à Corbigny – 1808 – AD58

Les futurs époux iront faire leur demeure en la communauté de Philibert PERRIER et Reine FICHOT ; la communauté sera composée de cinq têtes, les père et mère, les futurs époux, et Etienne PERRIER frère du futur. Jean PERRIER se constitue en dot tous les droits mobiliers et immobiliers qui lui écheront par succession. Il en va de même pour Claudine PREVOTAT. Ses père et mère promettent de payer à la communauté en avance de succession la somme de 300F, avec un trousseau composé d’un lit et traversin de plume, une couverture en laine, rideaux en boige, une paillasse, six draps et une armoire à deux volets, estimé 200F [NDLR: Jean PERRIER n’en donnera quittance à son beau-père Jean PREVOTAT que le 23 octobre 1816]. Il entrera en la communauté mobilière 500F de chaque côté, le surplus tenant lieu de propre à chacun des époux.

[Boige : étoffe de laine et de coton fort grossière employée pour les rideaux de lit et les jupons de femme]

Jean et Claudine auront ensemble une fille, Marie (1810-1824). Malheureusement Claudine décède dès le 11 mai 1811, à l’âge de 25 ans.

Inventaire après décès

Le père de Jean, Philibert PERRIER, décède peu après, le 30 mars 1814, à l’âge de 66 ans. Suite à ces deux décès, un inventaire des biens de la communauté est réalisé le 22 octobre 1816 par Me HARAND, notaire à Corbigny (je vous préviens, même résumé, c’est un peu long, et certains objets « oubliés » sont difficiles à identifier… mais je trouve les inventaires après décès tellement passionnants que je ne peux résister !).

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Inventaire après décès PERRIER-PREVOTAT à Corbigny – 1816 – AD58

Sont inventoriés :

  • Dans la maison d’habitation :
    • divers ustensiles pour la cuisine et la maison pour 72F85: un foyer, deux chenets en fer, une pelle, une pincette, une crémaillère, deux seaux à puiser eau, un bassin en potin, une marmite en fonte avec son couvercle, trois chaudières en fonte de différentes grandeurs toutes les trois cassées, deux chaudrons en étain, trois plats en étain, un chaudron en cuivre, deux chandeliers en potin, une grande cuillère à pot en fer, une baudinoire en fer blanc, deux nappes et deux bazasses, un ?llon en fer battu et un soufflet, six corbeilles en osier et un dévidoir, une huche à pétrir le pain, une tourtière en fonte avec son couvercle, sept bouteilles en verre, quatre verres un entonnoir en fer blanc, et un egrujoir en bois avec son pillon et un petit oreiller, dix pièces de poterie de différentes grandeurs, treize cuillères en étain et dix fourchettes en fer ;
    • des outils et du matériel pour 52F50 : dix faucilles, deux sas à passer la farine, deux serpes, une cognée, deux pioches, une pimentoise, deux hoyers, un sardot, deux bêches dont une bie, une scie, et un peson, une lanterne en fer blanc et une lampe en étain, pot à cambouis, un fourchon à lever les gerbes, deux haches, deux faux, une mauvaise, deux brosses, un tor?, une plaisse, une paire de tr?ises, deux f? un glumeau de charrue et une mauvaise serpe, trois sacs à mettre grain et semoir avec une crémaillère ;
    • des meubles pour 407F : quatre chaises et un fauteuil empaillés avec un gril et un réchaud, un lit (composé de son châlit à quatre quenouilles, lit et traversin emplumés, un second traversin et un oreiller, deux draps, une couverture en bourras et les rideaux en toile de ménage), un autre lit (consistant en un châlit à quatre quenouilles, une paillasse, deux traversins et un lit emplumés, deux draps, une ? en laine et les rideaux en boige jaune), un autre lit (composé de son châlit, lit et traversin emplumé, deux draps, une couverture en bourras et rideaux en toile rayée), une grande table enfoncée et un banc, trois coffres, un coffre usé, une armoire à deux volets, un buffet à quatre volets et deux tiroirs, une armoire à deux volets ;
    • du linge de maison et du tissu pour 96F50 : quatre livres de fil étoupe, une taie d’oreiller, un sac à mettre grain, 11m 30cm (9 aunes 1/2) de toile plain et étoupe, cinq draps et une taie de lit en toile de ménage, 3kg 425g (7 livres) filasse moitié plain et étoupes, 5 daL (1 quarte 1/2) de ch? avec un mauvais sac, quatre draps et une taie de lit en toile de ménage, et 1m 1/4 de toile ;
    • des vêtements : les linges et hardes de Reine FICHOT (non inventoriés) ; les linges et hardes de Claudine PREVOTAT pour 237F : huit chemises dont six bonnes et deux usées, trois paires de bas dont deux en fil et un en coton, quatre paires de bas en laine, trois habits complets en boige de différentes couleurs et rayés ? (deux sont en toile de coton bleu et blanc et la troisième en toile de ménage rayé), un jupon et un corset en coton de ménage rayé rouge, bleu et blanc et un tablier ?, un autre jupon et corset en fil et coton rayés bleu, blanc et rouge et un tablier en cotonne à grandes raies, un jupon, et un corset en coton de ménage rayé bleu et blanc, un tablier de mousseline, un jupon et un corset en toile ? et le tablier même étoffe, un jupon et un corset en toile de coton blanc, un corset et un jupon en indienne à fleur, un jupon et un corset en coton rayés rouge, bleu et blanc, un autre corset et un jupon en boige rayé, un corset en siamoise rayé et un jupon en flanelle rayée, deux jupons en toile de ménage rayée un corset en toile des indes, un tablier en mousseline à raie, une tête de cape, huit mouchoirs de col de différentes couleurs, cinq coiffes fines et cinq en grosse toile, et deux coiffes en indienne, un capuchin en boige ;
    • Un coffre contenant les linges et hardes des domestiques de la maison.
  • Dans une petite grange à côté de la maison il ne s’est rien trouvé, sinon du foin sur le chaffaux, grenier et plancher de l’écurie attenante
  • Dans une ancienne maison joignant la grange de PERRIER dit le Jardinier :
    • des matériaux pour 12F : 45m (23 toises) de sciage en planches et membrures ;
    • des outils et ustensiles pour 29F : deux grands et vieux coffres à mettre du grain, cinq poinçons, deux feuillets et un couteau, un cuvier à faire lessive, un van à vanner et un demi boisseau ;
    • des récoltes pour 56F : 8daL (2 boisseaux) de sarrasin, 190daL (50 boisseaux) de pommes de terre, du froment et du seigle.
  • Sur le grenier de la maison il ne s’est rien trouvé
  • Dans une grange et une écurie, venue de Jean BONGARD et sur les fenils :
    • des outils et ustensiles pour 5F : six liens de bœufs, deux tires f? et une pelle en bois, avec une cheviere ;
    • des récoltes pour 473F50 : 65daL en gerbes en froment (17 boisseaux), 118 daL en gerbes seigle (31 boisseaux), 30daL d’orge en gerbes (8 boisseaux).
  • Dans une maison, grange et écurie venue de THEPENIER du moulin du Renard, et sur les fenils :
    • des outils et ustensiles pour 26F : une petite cuve et une corde à poulie, sept liens avec une mauvaise pelle et une étrille ;
    • des récoltes pour 309F : 9783kg en foin (22 milliers), 68daL d’avoine en gerbes (18 boisseaux).
  • Devant de la maison d’habitation, dans la cour et aisances :
    • des animaux pour 1749F50 : six bœufs de l’âge de cinq ans sous différents poils, trois vaches garnies, de taureaux de deux ans, deux autres d’un an, une taure d’un an, deux porcs et dix sept chefs de brebis, huit poules, un poulet et six canes ;
    • du matériel pour 224F : trois charrettes garnies de leurs jougs, deux charrues garnies, un train de devant de chariot, deux jougs, trois paires de courroies, et deux ?illieres, et une erse ;
    • des matériaux pour 70F : 1 décastère de bois de moule, 3 décastères 1/2 de rame, trois cent de fagots ;
    • en terre pour 425F : 190daL (50 boisseaux) de blé seigle.

Suivent les dettes actives :

  • Pour charrois de bois de moule de la présente année 270F, dont restent dus 50F ;
  • Par divers particuliers pour 167F : LAURE de Bailly, Etienne FICHOT de Montliffé, Jean BELLEVAULT du Petit-Meuré.

Suivent les dettes passives :

  • A leurs moissonneurs pour 127F : en seigle 51daL (13 boisseaux 1/2), 13daL (3 boisseaux 1/2) d’orge ;
  • A leurs salariés pour 252F : à PICARD, LAGNEUX fils, Louise LOUAPT, Catherine BONNE ;
  • A divers particuliers pour 3202F : la demoiselle GROSJEAN de Cervon, Etienne PERRIER et son épouse de Montliffé, BENOIST de Corbigny, Jean BERTRAND de Montliffé, François ALGRAIN de Prix, Philippe TARTERAT et Jean Vincent BRANCHEREAU, LAMOUREUX de Chassy, Philippe PETIT-IMBERT de Vauprange, François BRANCHEREAU de Montliffé.

L’actif de la communauté s’élève ainsi à la somme de 4224F50, tandis que le passif s’élève à 3581F.

A noter que la reconstitution du « corset de paysanne » proposée sur le blog Costumes historiques me paraît assez conforme à la description qui est faite des vêtements de Claudine PREVOTAT :

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Corset de paysanne au XVIIIe siècle – http://costumeshistoriques.over-blog.com

Second mariage

Toutes ces formalités ayant été accomplies, Jean PERRIER épouse en secondes noces Françoise PETITIMBERT le 18 novembre 1816 à Mhère. Née le 21 mai 1791 à Domont, paroisse de Mhère, elle est fille de Philippe et Pierrette PETITGUILLAUME. Ils ont auparavant établi un contrat de mariage le 8 octobre 1816 chez Me HARAND, notaire à Corbigny :

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Contrat de mariage PERRIER-PETITIMBERT à Corbigny – 1816 – AD58

Il y aura communauté de biens entre les futurs époux. Jean PERRIER s’est constitué en dot tous les droits mobiliers et immobiliers à lui échus par succession. Françoise PETITIMBERT s’est constituée en dot tous les droits mobiliers et immobiliers qui lui écheront par succession ; en acompte desquels ses père et mère lui ont payé la somme de 200F, plus un trousseau consistant en un lit et traversin emplumés, six draps, une couverture en laine, deux couettes, deux traversins et une armoire à deux volets, le tout estimé à 120F. Il entrera en la communauté mobilière 320F de chaque côté, le surplus tenant lieu de propre.

Jean et Françoise auront ensemble six enfants : Etienne (1817), Philippe (1819-1887), Jacques Vincent (1821-1829), Jean Grégoire (1823-1849), Marie (1825), Edmé (1828-1864).

Biens immobiliers

L’état de section du cadastre ancien permet de connaître les biens immobiliers de Jean PERRIER dit « Grand Barre » en 1830 : 9ha 3a 4ca de terre, 2ha 28a de bois, 68a 20ca de pré, 14a 50ca de chènevière, 4a 20ca de jardin, 97a 50ca inculte, soit un total de 13ha 15a 8ca, pour un revenu de 162F41.

Montliffé couleurs
Les possessions immobilières de Jean PERRIER dit Grand Bard autour de Montliffé en 1830 : terres (marron), bois (vert foncé), prés (vert clair), chènevières (bleu), jardin (orange), inculte (gris)

Le cadastre permet également de situer la maison PERRIER à Montliffé :

montliffé
Localisation de la maison de Jean PERRIER dit Grand Bard à Montliffé : à gauche, cadastre ancien de la commune de Cervon – AD58 ; à droite, vue aérienne Google Maps

Fin de vie

Jean PERRIER dit « Grand Bart » décède à Montliffé le 20 novembre 1850, à l’âge de 67 ans. Françoise PETITIMBERT y décède le 29 avril 1858 à l’âge de 66 ans.

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Décès de Jean PERRIER dit Grand Bard à Cervon – 1850 – vue 1164/1167 – AD58

3 réflexions sur “G comme Grand Bard : la vie de Jean PERRIER

  1. Bonjour,
    Je trouve aussi les inventaires après décès fascinants : on a véritablement l’impression de rentrer chez nos ancêtres. Mais ce n’est pas toujours facile à comprendre ! A force d’écumer les actes notariés, je me suis heurtée moi aussi à un certain vocabulaire (ancien ou régional) inconnu. Après de patientes recherches, j’ai regroupé ces définitions dans une page lexique de mon blog (régulièrement mise à jour avec les nouvelles trouvailles) : peut-être que cela pourra t’aider à identifier tes inconnus…
    https://murmuresdancetres.blogspot.com/p/blog-page.html
    Mélanie – Murmures d’ancêtres

    Aimé par 1 personne

    1. C’est une très bonne idée ce lexique, bravo ! J’en ai profité pour faire un tour sur ton blog, et je vois que nous avons des lieux et des patronymes en commun (Guerard, Tigeaux, TESTARD… ça me parle beaucoup !). A creuser lorsque le temps me le permettra !

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  2. Je rejoins le commentaire de Mélanie. Les inventaires après décès sont une source passionnante qui nous permettent de rentrer dans l’intimité de nos ancêtres.
    J’ai beaucoup aimé cet article. J’imagine le travail de fourmis nécessaire à sa rédaction (en travaillant également de la sorte, je sais tout le travail qu’il fait réaliser!).

    Aimé par 1 personne

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