F comme FICHOT : une famille de meuniers en 1777

Le thème de ce challengeAZ 2018 est ma branche morvandelle. Pour cette lettre F, je vais vous parler de la famille FICHOT, en me focalisant sur l’année 1777.

Sébastien FICHOT et son père Dominique étaient meuniers au moulin de Vellerot, commune de Cervon (58), aujourd’hui disparu. Ils semblaient assez aisés au vu des transactions immobilières passées devant le notaire de Corbigny rien qu’au cours de l’année 1777.

Vellerot
Cervon, cadastre ancien – Village de Vellerot – AD58

Mais commençons par présenter la famille !

Dominique FICHOT (1710-1778)

Dominique FICHOT naît le 1er octobre 1710 à Lormes (58), de Jean FICHOT et Léonarde CHOUARD.

En 1727, la famille habite en l’Haut, commune de Magny-Lormes (58), où Jean FICHOT est vigneron. Le 17 novembre, Dominique FICHOT épouse Reine GROS ; née le 2 septembre 1709 à Valentinges (commune de Cervon), elle est fille de Léonard GROS, meunier au moulin de Gémigny (commune limitrophe de Magny-Lormes), et de Léonarde BERNACHE.

Dominique et Reine auront un premier enfant à Magny-Lormes, Léonard (1729-1766), avant de s’installer sur la commune de Cervon, où ils auront six autres enfants : Claude (1732), Pierre (1736-1788), Sébastien (1739-1807), Jean (1742), Jeanne (1744-1746) et Philibert (1748-1748).

C’est donc entre 1729 et 1732 que Dominique FICHOT arrive à Vellerot, sur la commune de Cervon. Il y sera d’abord manouvrier, mais dès 1739 il y exercera le métier de meunier.

carte Fichot
Carte de Cassini – le village de Vellerot et les différents lieux évoqués dans cet article – Gallica

Sébastien FICHOT (1739-1807)

Le petit Sébastien FICHOT naît le 6 janvier 1739 à Vellerot. Le 26 novembre 1759, il épouse à Cervon Françoise PERNIER ; née le 29 décembre 1733 à Viry (également commune de Cervon), elle est fille de Louis PERNIER, manouvrier, et de Edmée RATEAU.

Sébastien et Françoise auront ensemble sept enfants : Reine (1760-1826), Jean (1763), Jeanne (1765-1841), Marie (1768-1833), Pierre (1771-1825), François (1774) et Reine (1779).

Il est d’abord manouvrier, puis charpentier, avant de rejoindre son père comme meunier au moulin de Vellerot.

L’année 1777

Voilà pour ce qui est des présentations. Concentrons-nous maintenant sur l’année 1777, pendant laquelle Sébastien et Dominique FICHOT ont eu l’occasion de se rendre à plusieurs reprises chez le notaire à Corbigny. Vous trouverez ci-dessous un résumé sommaire des différents actes retrouvés aux Archives Départementales de la Nièvre. Il y a beaucoup de termes spécifiques, j’ai donc essayé de donner à la fin de chaque acte la définition des termes les moins courants.

9 février : affermage d’immeubles pour 33 livres par an

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Accense FICHOT-ROUMIER à Corbigny – 1777 – AD58

Le 9 février, Sébastien accense pour six ans à Philippe ROUMIER, marchand à Viry (commune de Cervon), tous les droits immobiliers qu’il a à cause de son épouse Françoise PERNIER à Viry (sans plus ample description), à l’exception de :

  • une hâte de pré appelée Dans le Bougnon,
  • une autre dans le Guetil avec une pièce de vigne,
  • et la moitié des fruits qui proviendront chaque année tels que pommes, poires et noix.

ROUMIER devra pendant cette durée râper et plesser les haies, fumer et cultiver les terres ; il paiera les tailles ; il donnera chaque année huit gerbes de gluy qui seront employées sur les bâtiments dépendant de l’accense ; il ne tiendra de bestiaux à titre de cheptel que pour ledit FICHOT, le prix comme le bénéfice en seront divisés par moitié entre eux. Le tout moyennant la somme de 33 livres par an.

[Affermage et accense sont synonymes : c’est l’action de donner ou prendre un bien rural moyennant fermage ou cens]
[Hâte : mesure de terre qui répond à la longueur d’une pique ordinaire, mais dont la largeur est indéterminée]

[Plesser : entrelacer les branches des haies vives, de façon à obtenir une clôture impénétrable pour le bétail]
[Gluy : grosse paille de seigle dont on couvre les granges et les maisons]

16 février : achat de bois pour 67 livres

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Vente SERMENTIN-FICHOT à Corbigny – 1777 – AD58

Le 16 février, Jean SERMENTIN, manœuvre à Auxoy, vend à Dominique FICHOT la coupe, tonture et superficie d’un canton de bois taillis de l’âge de vingt ans, appelé Triboux, situé à Vellerot, contenant environ un quart d’arpent. Dominique FICHOT en fera la coupe à ses frais quand il le jugera à propos. Le tout moyennant la somme de 67 livres. Le vendeur se réserve deux cordes de rames.

[Tonture : branches et feuilles sectionnées au niveau des bordures]
[Canton : portion déterminée dans une forêt en vue d’une certaine destination]
[Bois taillis : bois crû sur souches et par rejetons, que l’on coupe régulièrement]
[Arpent : ancienne mesure agraire valant environ 51 ares]

[Rame : branche, branchage, ramée]

8 mars : achat d’un bois pour 96 livres

Le 8 mars, Jean SERMENTIN vend finalement à Dominique FICHOT le fond de ce petit canton de bois, appelé Treboux, situé à Vellerot et contenant environ un quart d’arpent. La coupe et tonture sont exclues de la vente (au vu de la transaction du 16 février). Le tout moyennant la somme de 96 livres.

15 mai : achat d’immeubles pour 13 livres

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Traité BERNARDON-FICHOT à Corbigny – 1777 – AD58

Le 15 mai, Claude BERNARDON, compagnon maréchal à Autun, en sa qualité d’héritier de Claudine PAINCHEAU sa mère, étant sur le point de former action en partage et désistement pour sa part, dans les biens immeubles acquis par Dominique FICHOT au défunt Jacques BERNARDON son père (par un acte du 9 novembre 1766), et voulant éviter les frais d’une pareille action, vend audit FICHOT sa part moyennant la somme de 13 livres.

25 septembre : achat d’une terre pour 90 livres

Le 25 septembre, Emiland BONGARD, marchand à Nevers, vend à Dominique et Sébastien FICHOT une pièce de terre appelée le petit Champ, de la contenance de deux boisselées mesure de Lormes, située au Pontot, entourée de haie vive de toute part, moyennant la somme de 90 livres. Ne feront pas partie de la vente deux arbres (un chêne et un griottier) étant dans les haies, que le vendeur prendra incessamment.

[Boisselée : mesure agraire correspondant à la surface de terre pouvant être ensemencée avec un boisseau de grains. L’ordre de grandeur est 6 à 9 ares (je ne connais malheureusement pas la valeur précise selon la mesure de Lormes)]

28 septembre : achat d’un pré et d’une terre pour 240 livres

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Vente COLLAS-FICHOT à Corbigny – 1777 – AD58

Le 28 septembre, Jean COLLAS manœuvre à Cervon et Edmée COLLINOT sa femme, vendent à Dominique et Sébastien FICHOT leur part (moitié) dans une pièce de pré appelée Ritorin, indivise pour l’autre moitié avec les acquéreurs, de la contenance de deux chariots de foin ou environ située au Pontot, ainsi qu’une boisselée de terre du même nom et au même lieu, moyennant la somme de 240 livres en principal et 12 livres d’épingles.

[Épingles : gratifications pécuniaires que l’on accorde aux femmes lorsqu’on a conclu quelque marché avec le mari]

19 octobre : contrat de mariage (dot de 120 livres et trousseau de 98 livres)

Le 19 octobre, Sébastien FICHOT signe le contrat de mariage de sa fille aînée Reine avec Philibert PERRIER. Il lui constitue en dot la somme de 120 livres, avec un trousseau composé d’un lit de plume, couette et traversin, rideaux de toile, deux couvertures dont une de bourras et une de tiretaine, six draps de chacun quatre aunes, deux nappes de chacune une aune et demie, six serviettes de chacune une demie aune, une nappe propre à offrir le pain béni, et un coffre garni de ses serrures et ferrures, le tout estimé 98 livres. Par cette constitution, Reine FICHOT renonce aux successions mobilières de ses père et mère en faveur de ses frères et sœurs ; elle ne pourra revenir qu’à leur succession immobilière. Dominique FICHOT, père et commun, ne demande ni ne prétend rien dans cette constitution, attendu que les deniers et meubles promis proviennent du revenu des biens immeubles de Françoise PERNIER.

[Bourras : toile grise très grossière en étoupe de chanvre]
[Tiretaine : tissu de drap grossier, moitié laine, moitié fil]
[Aune : mesure linéaire, l’étalon de l’aune de Nevers faisait 1 m 19]

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Signatures de Dominique et Sébastien FICHOT – contrat de mariage PERRIER-FICHOT – 1777 – AD58

Voici une année bien chargée, n’est-ce pas ?

Epilogue

Dominique FICHOT décède à Vellerot l’année suivante, le 5 avril 1778, à l’âge de 67 ans. Son épouse Reine GROS y décédera un an et demi plus tard, le 24 septembre 1779, à l’âge de 70 ans.

Sébastien FICHOT passera le reste de sa vie entre les villages voisins de Vellerot et de Valentinges (commune de Cervon). En reprenant depuis le début, il aura été :

  • manouvrier à Valentinges en 1759
  • charpentier à Valentinges en 1763-1765
  • meunier à Vellerot de 1768 à 1789
  • propriétaire cultivateur à Vellerot en 1794
  • à Valentinges en 1799-1802
  • propriétaire à Vellerot en 1807

Françoise PERNIER décède le 4 fructidor an XIII à Vellerot, à l’âge de 71 ans. Sébastien FICHOT y décède le 22 août 1807 à l’âge de 68 ans.

3 réflexions sur “F comme FICHOT : une famille de meuniers en 1777

  1. Très bel article très bien documenté ! Je suis ravi de lire pas mal de textes sur les meuniers, à droite et à gauche, au nord et au sud, dans ce challengeAZ. Je ne l’avais pas envisagé. Des vies en parallèle à celles de nos ancêtres meuniers du Poitou (à Sylvie et à moi) que nous évoquons tout au long du mois de novembre.

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