Joseph MERDA (1748-1811), douanier entre deux siècles

Je vais maintenant vous raconter le parcours de Joseph MERDA : originaire de Lavaqueresse (02), il sera employé des Fermes du Roy puis des douanes nationales, d’abord dans l’Aisne, puis dans le Nord, et enfin en Allemagne, où il sera assez grièvement blessé suite à une altercation avec des contrebandiers. A sa retraite, il s’installe à Harchies (Belgique) et finit sa vie à Condé-sur-l’Escaut (59).

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Les grandes étapes du parcours de Joseph MERDA – Google Maps

Un jeune orphelin à Lavaqueresse (02)

Joseph MERDA naît le 9 juillet 1748 à Lavaqueresse (02). Il est le deuxième fils de Pierre MERDA (1715-1750) et de Marie Madeleine HAVET. Son père Pierre MERDA exerce la profession de rosier : il fabrique des ros, c’est-à-dire des peignes de machines à tisser.

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Naissance de Joseph MERDA à Lavaqueresse – 1748 – vue 14/204 – AD02

Sa mère Marie Madeleine HAVET décède le 20 novembre 1749 alors qu’il n’a que 16 mois. Son père décède un an plus tard, le 1er octobre 1750. Joseph MERDA se retrouve donc orphelin à l’âge de 2 ans.

Son mariage avec Marie Marguerite LALOUETTE

On retrouve Joseph MERDA le 14 octobre 1776 à Lavaqueresse, lorsqu’il épouse Marie Marguerite LALOUETTE à l’âge de 28 ans. Cette dernière a 18 ans, elle est fille de Jean LALOUETTE, mulquinier, et de Marie Marguerite LORENT.

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Mariage MERDA-LALOUETTE à Lavaqueresse – 1776 – vues 63-64/216 – AD02

Le mariage est célébré en présence de son oncle paternel, Antoine MERDA, et de son cousin germain Jean MERDA, tous les deux mulquiniers. Peut-être que ce sont eux qui ont recueilli Joseph après la mort de son père ?

Joseph MERDA est alors employé dans les Fermes du Roy (les ancêtres des douanes) à Grougis.

Une première fille, Marie Catherine Célestine, naît le 16 août 1777 à Grougis. Une seconde, Marie François Céline MERDA naît le 1er août 1782 à Noyales (02). Joseph est alors « employé » ; il est absent au moment de l’accouchement.

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Joseph MERDA autour de Guise (02) – Carte Cassini – Géoportail

Sa carrière au sein des Fermes du Roy puis des Douanes Nationales

J’ai eu la chance de pouvoir me procurer le dossier de retraite de Joseph MERDA aux Archives Nationales (cote F/12/2020), dans lequel se trouvent détaillés ses états de service.

Joseph MERDA mesure 1m73, il a les cheveux, sourcils et yeux bruns, un nez médiocre, une bouche moyenne et le visage maigre. Il est surnommé « Rosier », sans doute à cause du métier de son père.

Il est entré aux Fermes du Roy le 1er avril 1774 au poste de Saint-Simon (02), direction de Saint-Quentin, où il est resté 4 ans.

Il est ensuite nommé sous-brigadier au poste de Vadencourt (02) le 9 septembre 1778, où il reste également 4 ans. Il semble cependant que Joseph MERDA soit arrivé à Vadencourt dès 1776, étant donné qu’il réside à Grougis (commune limitrophe de Vadencourt) lors de son mariage. Cette information est confirmée par les relevés des procès-verbaux de faux-saunage effectués par Généalogie Aisne (direction de Guise – cote B3897). Joseph MERDA, employé à Grougis, prête serment à plusieurs reprises :

  • le 13/08/1777, arrestation de BOURE Charles François, 14 ans, fils de Jean Louis et de LAPLACE Marie Marguerite ; LEFRANC Louis Victor, 12 ans, fils de Charles et de ?? Marie Anne; ?? Médard, 10 ans, orphelin, tous domiciliés à Séboncourt. Saisie de quatre sachets de sel blanc.
  • le 19/11/1777, arrestation de NICOLAS Marie Madeleine, 22 ans, demeurant à Séboncourt. Abandon par ladite NICOLAS d’un ballot de sel blanc acheté au village de Merva (?) en Cambrésis.
  • le 06/12/1777, arrestation de LEROY Pierre, 70 ans ; MAQUAINE Jacques Joseph,  venant de Busigny (59) tous les deux. Saisie de quatre chevaux chargés chacun de deux ballots de sel blanc conduits par les deux sieurs.

Le 5 octobre 1782, Joseph MERDA est nommé brigadier au poste de Saint-Quentin (02), pour une durée de 9 ans.

Il passe lieutenant à Rumegies (59), direction de Valenciennes, le 15 octobre 1791, où il restera pendant 4 ans, jusqu’au reculement des frontières lors des conquêtes napoléoniennes. Il semble qu’il ait à cette période exercé au bureau de Bonsecours, commune de Condé-sur-l’Escaut, comme on l’apprend sur l’acte de mariage de sa fille Célestine en 1796.

Il est alors muté à Gransdorf, direction de Luxembourg (ancien département des Forêts), le 1er nivôse an IV. Il y restera 2 ans.

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Les 130 départements de l’Empire, dont les Forêts et la Roër – Gallica

Il part ensuite à Niederlörick, ancien département de la Roër (à côté de Düsseldorf) le 15 messidor an VI, où il restera presque 2 ans.

Les journées éprouvantes des 7 et 8 frimaire an VIII

C’est dans le cadre de ses fonctions à Niederlörick que Joseph MERDA sera blessé, lors d’une altercation avec des contrebandiers, le 7 frimaire an VIII. Le procès-verbal détaillé de cette journée est disponible dans son dossier de retraite :

« Le 7 frimaire an VIII vers 9h30 du matin, nous Jean Baptiste TARGET, Pierre ANCEAU, Jean LEDUC et Henry HERTEMANS, lieutenant et préposés des Douanes aux postes de Langst et Gellep, étant de service près du hameau de Kierst situé sur les derrières de Langst, et dépendant de la commune de Lank, nous avons vu sortir du hameau de Langst, deux charettes tirées chacune par deux chevaux, et conduites par trois hommes à nous inconnus ; nous les avons rejoints, leur déclarant nos qualités et les sommant de nous dire d’où ils venaient où ils allaient en quoi consistait leur chargement, et s’ils avaient une expédition de douane à nous représenter pour en assurer la destination ; ils nous firent réponse, que leur chargement consistait en planches, qu’ils venaient de la rive droite, qu’ils en avaient payé les droits d’entrée au bureau de Langst et que le porteur de l’expédition était encore derrière, parce qu’ils avaient continué de marcher tandis qu’on les expédiait après que le receveur en avait fait la visite. En effet est arrivé presque aussitôt un quatrième inconnu qui a fait les mêmes réponses, et nous a représenté un acquit du bureau de Langst, portant en substance que le citoyen PEVENCHE a acquitté deux voitures de bois sciés d’une valeur de 100F, et a payé 11F 8c. Nous avons ensuite sommé les quatre inconnus de nous permettre la visite de leurs deux voitures de planches, y procédant nous avons reconnu que des bouts de planches artistement arrangés servaient à masquer un coffre sur les voitures, renfermant chacun 8 ballots de marchandises ; ouverture faite de quelques uns nous avons reconnu qu’ils renfermaient des étoffes de laine, nommément prohibées, et nous leur avons déclaré la saisie des 16 ballots de marchandises, ainsi que des chevaux et voitures servant au transport, leur déclarant que nous faisions arrêt de leur personne, que nous allions retourner au Bureau des Douanes à Langst, où nous voulions procéder à une ample vérification de ce que renfermaient les 16 ballots, et qu’ensuite nous les traduirions devant le Juge de Paix du Canton d’Urdingen, pour décerner contre eux mandat d’arrêt, et les traduire en la maison de police correctionnelle de Crevelt. Pendant que nous opérions la reconnaissance des caches et des marchandises, un des quatre inconnus a rebroussé chemin à toutes jambes, sans que ceux de nous qui se sont mis à sa suite n’aient pu le rejoindre. Arrivés au Bureau avec les trois autres inconnus, le citoyen ANCEAU s’est détaché pour aller chercher du renfort près de nos confrères de Niederlörick, du secours de qui le départ du quatrième inconnu nous a fait apercevoir que nous aurions besoin ; il est revenu avec les citoyens Joseph MERDA, Antoine BOULANGER, Olivier CONSTANT et Joseph MAUSS, lieutenant, sous-lieutenant et préposés des douanes du poste de Niederlörick. Tandis que nous étions occupés à la vérification en gros des 16 ballots de marchandises, desquels ouverture faite nous avons reconnus qu’ils renfermaient des étoffes de laine de différentes couleurs et qualités, nous avons été obligés de suspendre nos opérations par l’inquiétude que nous donnait l’arrivée d’un grand nombre d’étrangers venant du côté du Rhin, presque tous armés de grands et gros bâtons, et qui annonçaient par leurs allées et venues en divers rassemblements avoir des mauvaises intentions ; nous crûmes que le parti le plus prudent était de transporter l’objet de notre saisie au Bureau des douanes à Neuss, où nous serions plus en sûreté pour la suite de nos opérations et le dépôt des marchandises, c’est pourquoi nous avons requis l’agent de Langst de nous prêter main forte pour opérer sans danger le transport de notre saisie. Au moment où nous nous mettions en devoir de prendre la route de Neuss, nous avons été cernés de toutes parts par une soixantaine d’hommes environ, dont nous reconnaîtrions quelques uns d’entre eux s’ils nous étaient représentés, la plupart d’entre eux mâchurés et armés de grands et gros bâtons, qui fondant sur nous à coups redoublés nous séparèrent et nous mutilèrent, sans que nous ayons eu le temps de nous mettre en défense ni de leur faire aucune représentation ; nous avons vu tomber presque aussitôt sous leurs coups, les citoyens BOULANGER, ANCEAU et HERTEMANS, tandis que nous nous trouvions encore assaillis chacun par une huitaine d’hommes qui continuaient à nous frapper, et semblaient être déterminés à nous ôter la vie, c’est ce qui nous a contraint de faire usage de nos armes pour nous sauver de leur fureur ; moi MERDA, après avoir reçu un coup de bâton sur le pouce de la main gauche, qui m’a entièrement ôté l’usage de cette main, je me suis vu obligé de tirer mon coup de fusil, que reçut dans le corps un des deux hommes qui s’étaient saisis de mon fusil et qui cherchaient à me l’enlever de vive force, il tomba mort à la renverse, ce qui a intimidé les autres desquels nous parvinrent ensuite à nous dégager. Pendant tout ce temps les trois voituriers inconnus conduisirent les deux voitures du coté du Rhin, nous nous en sommes de suite ressaisis sans que nous sachions ce qu’étaient devenus les trois inconnus. A l’instant est intervenu le Jean BERNARD lieutenant principal accompagné de Jean François LAMBERT et Jean Baptiste JANNET, préposés des postes de Kerds et Niederlörick ; à l’aide de deux voituriers que l’agent de Langst nous a procurés, nous avons chargé le cadavre sur l’une des voitures, et dans la crainte de renouveler une scène tragique, nous avons ensemble pris la route de Neuss, où nous sommes arrivés au Bureau pricipal vers 19h30, nous avons déposé tous les objets dans la cour du Bureau, lesquels sont restés sous notre surveillance ; nous avons de suite invité Joseph FIBUS, chirurgien à Neuss, à venir faire le pansement des plaies et contusions de ceux d’entre nous blessés [1° Jean MAUSS est blessé d’une forte contusion au bras gauche, 2° le citoyen ANCIAUX est blessé d’une forte contusion à l’œil droit, de manière que le blanc de l’œil est mêlé de sang et le pouce du bras gauche blessé, 3° Antoine BOULANGER blessé d’une grande contusion d’un pouce sur la partie gauche de la tête, 4° Henri HARTEMAN a une grande blessure à la partie derrière de la tête, de deux pouces, avec contusion, 5° Joseph MERDA a une forte contusion au bras droit et au pouce gauche, 6° Jean Baptiste FARSA a une forte contusion à la main gauche], et vu l’heure tardive nous avons remis la suite de nos opérations à demain.

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Le théâtre des journées des 7 et 8 frimaire an VIII autour de Düsseldorf – Google Maps

Le 8 frimaire an VIII à 8h du matin, nous nous sommes mis en devoir de reprendre la continuation de nos opérations d’hier, mais à l’instant est survenu Joseph FIBUS chirurgien, qui avant tout a pansé les blessures des citoyens dénommés ; un instant après que le pansement fut achevé, s’est rendu près de nous le citoyen PELTZER, Juge de Paix de Canton de Neuss, accompagné du citoyen SCHERER son greffier, que deux de nous avaient invités de venir pour opérer la reconnaissance du cadavre, il fut épaulé pour cette opération des citoyens FIBUS et BECKER tous deux chirurgiens à Neuss, avec qui il a dressé procès verbal [le cadavre était habillé d’une veste bleue à manche, une veste en fond bleu, une culotte noire à fleurs, des bas blancs en laine et une paire de bottes ; les chirurgiens, après une ample visite et obduction, nous ont déclaré que le cadavre se trouve passé d’un coup de feu, la balle est entrée entre la 6e et 7e côte gauche, laquelle a blessé et percé le foie et la partie ultérieure du cœur, et a pénétré le corps, sortant par derrière, ce qui fait présumer, que la mort était absolue, et que le coup entré par devant annonce que le mort a été tué en faisant le combat contre les employés, ils observent que d’après leurs observations faites, il paraît être âgé de quarante et quelques années]; ensuite nous avons passé à l’ouvrage des étoffes de laine renfermées dans les 16 ballots saisis hier, et encore pour le moment sur les voitures qui ont servi à leur transport.  S’y sont trouvées 48 pièces d’étoffes de laine tirant en tout 1047 aunes (laine de couleur brune, de couleurs mélangées, mouchetée en blanc et noir, blanche, rouge ; bêche de couleur verte et de couleurs différentes ; flanelle blanche ; molleton blanc), lesquelles marchandises nous avons remises en leur état primitif et nous avons laissées en dépôt aux mains du receveur principal, aussi bien que les deux charrettes et les quatre chevaux servant à leur transport, nous réservant de remettre le présent immédiatement après sa rédaction entre les mains du directeur de jury d’accusation à Crevelt, Département de la Roër, pour y statuer à ce que de droit, aucun réclamateur ne s’étant présenté. »

Sa retraite à Harchies et Condé

Joseph MERDA finira sa carrière comme lieutenant à Cologne où il arrive le 9 prairial an VIII et où il reste un peu plus d’un an.

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Dossier de demande de retraite de Joseph MERDA – cote F/12/2020 – CARAN

Joseph MERDA dit « Rosier » est proposé pour la retraite le 25 fructidor an IX. Il a alors 52 ans et 27 ans de service, et est dans l’incapacité de continuer ses fonctions, « ayant beaucoup de difficultés à respirer, et la vue presque éteinte par suite d’une blessure reçue dans l’exercice de son emploi le 7 frimaire an 8 ». Ses appointements étaient de 600F en l’an VII, et 900F en l’an VIII et IX ; sa pension de retraite est donc fixée à 365F 55c (soit la moitié de son salaire moyen sur les trois dernières années). Il déclare vouloir se retirer à Bonsecours près de Nord-Libre (nom révolutionnaire de Condé-sur-l’Escaut).

En 1806, année du mariage de leur fille Marie François Céline MERDA, devenue couturière, avec Herman Joseph CORDIER, Joseph et son épouse sont domiciliés à Harchies.

Joseph MERDA décède le 14 mars 1811 à Condé-sur-l’Escaut (59), à l’âge de 62 ans. Il est alors domicilié en la banlieue de la commune de Condé.

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Décès de Joseph MERDA à Condé-sur-l’Escaut – 1811 – vue 500/1227 – AD59

Son épouse Marie Marguerite LALOUETTE, lingère, décède le 2 mars 1815 à Harchies, à l’âge de 56 ans. Il semble qu’elle soit retournée vivre chez sa fille et son gendre après la mort de son mari.

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